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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2501897

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2501897

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2501897
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... et de son fils, ressortissants ukrainiens, qui demandaient un hébergement d'urgence adapté. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ayant refusé un contrat d'hébergement proposé en 2023 et ne justifiant pas d'une situation de détresse immédiate et imprévisible. En conséquence, l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, notamment au droit à l'hébergement d'urgence garanti par les articles L. 345-2 et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, n'a pas été caractérisée. La requête a donc été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner le bien-fondé des autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2025, Mme B... A..., agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de M. C... A..., demande au juge des référés saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à l’autorité compétente de désigner sans délai un lieu d’hébergement sûr et décent, adapté aux besoins médicaux et sociaux, susceptible de les accueillir, dans l’attente d’un logement social adapté ;

2°) en tout état de cause, de prononcer une astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.


Ils soutiennent que :
la condition d’urgence est remplie dès lors que l’exécution de la décision attaquée a pour effet de les priver de tout soutien alors qu’ils sont tenus de quitter leur hébergement hôtelier le 29 septembre 2025 ;
depuis leur entrée sur le territoire français, ils sont victimes de violations répétées et persistantes de droits fondamentaux tels que le droit au logement, à l’éducation et à la santé ; les droits assortis à la protection subsidiaire et les obligations positives pesant sur les Etats membres aux conventions internationales engendrant une dépendance financière et un isolement social ;
ces violations constituent une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit au logement et au droit à un hébergement d’urgence, aux intérêts de son enfant mineur protégés par l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ainsi qu’à leur droit à la dignité et intégrité humaine protégés par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


La requête a été communiquée à la préfecture de la Corrèze qui n’a pas présenté d’observations en défense.



La requête a été communiquée à la commune de Brive-la-Gaillarde qui n’a pas présenté d’observations en défense.

La requête a été communiquée à l’Office public de l’habitat Brive habitat qui n’a pas présenté d’observations en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béalé, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus, au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 29 septembre 2025 :
- le rapport de Mme Béalé ;

- les observations de la requérante qui reprend son parcours depuis son entrée sur le territoire national et fait état de l’absence de prise en charge sociale depuis son refus du contrat d’hébergement proposé en 2023.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Mme A... a produit six pièces en délibéré, enregistrées le 30 septembre 2025 et non communiquées.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A... et M. C... A..., ressortissants ukrainiens nés respectivement les 13 janvier 1974 et 12 novembre 2013 demandent au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, que les autorités compétentes les prennent en charge dans le cadre de l’hébergement d’urgence, dans un lieu adapté à leur situation puis de leur assurer un hébergement sûr et pérenne.

2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». L’article L. 522-3 du même code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ». Les dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative subordonnent la possibilité pour le juge des référés de faire usage des pouvoirs qu’elles lui confèrent, à la double condition, d’une part, qu’une autorité administrative ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, d’autre part, qu’une urgence particulière rende nécessaire l’intervention du juge des référés dans de très brefs délais.

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet « un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ». Aux termes de l'article L. 345-2-2 de ce code : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / (…) ». Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : « Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. (...) ». Aux termes de l’article L. 121-7 de ce code : « Sont à la charge de l’Etat au titre de l’aide sociale : (…) 8° Les mesures d’aide sociale en matière de logement, d’hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 (…) ».

4. Il appartient aux autorités de l’État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d’apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. D’une part, la requérante ne justifie pas de la réalité de sa situation et notamment de difficulté d’accès aux soins et à l’éducation, les circonstances dont il est fait état ne peuvent suffire à démontrer à ce jour, un état de vulnérabilité et de précarité avérée alors que l’administration est notoirement confrontée à un afflux considérable de demandes similaires dans un contexte de saturation des dispositifs d’accueil d’urgence, une carence caractérisée des services de l’Etat dans la mise en œuvre des dispositions précitées du code de l’action sociale et des familles qui serait constitutive d’une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. D’autre part, il résulte de l’instruction et particulièrement des écritures de Mme A... que les requérants déclarent résider en France depuis l’année 2022 et être bénéficiaires de la protection subsidiaire. Si les intéressés évoquent leur situation vis-à-vis de leur hébergement, ils se bornent toutefois à produire des courriers à destination de la préfecture de Corrèze, de la commune de Brive-la-Gaillarde, du centre communal d’action sociale et de l’office public de l’habitat Brive habitat ainsi qu’un courriel de Mme D..., personnel du SIAO de Corrèze, indiquant que l’hébergement par le 115 prenait fin le 29 septembre 2025 sans que puisse être mis en exergue un quelconque refus de prise en charge par ces autorités. Si Mme A... allègue que l’absence d’hébergement cause un impact sur la santé de son fils et son éducation, cela ne ressort d’aucune pièce du dossier. Enfin, il ressort des propres écritures de la requérante qu’un contrat d’hébergement lui a été proposé au cours de l’année 2023 et qu’elle a refusé cette proposition sans motif légitime prétextant un problème lié à la localisation du logement. Dans ces conditions, la situation de Mme A... et de son fils n’est pas caractérisée par une détresse médicale, psychique ou sociale telle que ceux-ci doivent être regardés comme prioritaires par rapport aux autres familles en attente d’un hébergement. Dès lors, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que l’Etat aurait fait preuve d’une carence caractérisée à leur endroit et porterait une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales dont ils se prévalent.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, qu’eu égard à l’absence de précisions apportées par la requérante quant à l’évolution de sa situation ainsi que celle de son fils au cours des derniers mois, ainsi qu’au peu d’éléments et de pièces contenus dans la requête, que Mme A... ne justifie de l’existence d’aucune carence caractérisée de la part de l’Etat dans l’accomplissement de sa mission relative au droit à l’hébergement d’urgence. Il s’ensuit que leurs conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction.





O R D O N N E :




Article 1er
:
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2
:
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A..., agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de M. C... A..., au préfet de la Corrèze, à la commune de Brive-la-Gaillarde et à l’Office public de l’habitat Brive habitat.


Rendu publique par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.

Le juge des référés,

La greffière,





J. BEALE


A. BLANCHON



La République mande et ordonne
au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière


BLANCHON




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