Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 26 novembre, 12 décembre et 13 décembre 2025, la SCI Holding Eglantines, la SCI Le Ravin et la SARL Pouquet BTP, représentées par Me Vendé, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du 9 juillet 2025, par laquelle le maire de la commune de Tulle a accordé à la société « Padel By Self » une autorisation de travaux pour la création de trois terrains de padel dans un entrepôt existant, ensemble la décision du 23 septembre 2025, rejetant leur recours gracieux.
2°) de mettre à la charge de la commune de Tulle une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le présent référé est recevable dès lors que les sociétés requérantes justifient d’un intérêt suffisant leur donnant qualité pour attaquer la décision en litige ;
- la condition d’urgence est remplie en ce que l’ouverture de cet établissement génère un risque fort pour la sécurité des pratiquants de padel ainsi que pour celle du voisinage et que la décision en litige leur fait grief ;
- sont propres à créer un doute quant à la légalité de la décision en litige les moyens tirés : du vice de procédure en ce que les travaux envisagés ont fait l’objet d’un permis de construire et d’une autorisation d’aménager distinctes alors qu’ils auraient dû faire l’objet d’une décision unique au sens des disposition de l’article L. 425-3 du code de l’urbanisme, de l’erreur d’appréciation en ce que, d’une part, les travaux entrepris sont de nature à compromettre gravement la santé, l’hygiène et la sécurité du public de l’établissement en méconnaissance des dispositions de l’article L. 322-2 du code du sport et des article R. 122-8, R. 143-3 et R. 143-5 du code de la construction et de l’habitation et, d’autre part, en ce que l’accès au bâtiment par digicode et l’absence de personnel ou responsable sur site, entrainent un risque majeur d’incendie non maîtrisé, de non-prise en charge pertinente d’arrêt cardiaque et de traumatisme liés aux collisions fréquentes entre les joueurs et la structure vitrée entourant le terrain en méconnaissance des articles PE 27 et X2 de l’arrêté du 25 juin 1980 ainsi que de l’article R. 123-19 du code de la construction et de l’habitation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2025, le maire de la commune de Tulle, représenté par Me Bouyssou, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en ce que les requérants ne disposent pas d’un intérêt suffisant leur donnant qualité pour demander la suspension de l’exécution de la décision litigieuse, que la décision portant autorisation de travaux est insusceptible de faire l’objet d’un recours contentieux et que la société Holding Eglantines ne s’est pas acquittée des formalités prévues par l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme ;
- à titre subsidiaire, la condition d’urgence n’est pas remplie et aucun des moyens soulevés par le requérant n’est, en l’état de l’instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
La requête et les mémoires en défense de la commune ont été régulièrement communiqués à la société Padel by Self qui n’a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance.
Vu :
- la requête au fond enregistrée le 5 novembre 2025 sous le n° 2502174 tendant à l’annulation de la décision dont la suspension de l’exécution est demandée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. François-Joseph Revel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- les observations de Me Vendé, représentant les sociétés requérantes, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures ;
- les observations de Bouyssou, représentant la commune de Tulle, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un premier arrêté du 9 juillet 2025 et un second du 4 août suivant, le maire de la commune de Tulle a délivré à la société Padel by Self une autorisation de travaux et un permis de construire pour l’aménagement d’un entrepôt existant et la création de trois terrains de padel au 1, rue Résonance sur le territoire de la commune de Tulle. Les sociétés Holding Eglantines, Le Ravin et Pouquet ont, le 5 septembre 2025, saisi le maire de la commune de Tulle d’un recours gracieux contre ces deux décisions, qui a été rejeté le 23 septembre suivant. Par la présente requête, les sociétés requérantes demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 9 juillet 2025 portant autorisation de travaux au bénéfice de la société Padel by Self.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
3. Si en règle générale, l’urgence s’apprécie compte tenu des justifications fournies par le demandeur quant au caractère suffisamment grave et immédiat de l’atteinte que porterait un acte administratif à sa situation ou aux intérêts qu’il entend défendre, il en va différemment de la demande de suspension d’une autorisation d’urbanisme pour laquelle, eu égard au caractère difficilement réversible de la construction d’un bâtiment, la condition d’urgence doit en principe être constatée lorsque les travaux vont commencer ou ont déjà commencé sans être pour autant achevés.
4. Il ressort des pièces versées au dossier et des débats qui ont eu lieu lors de l’audience publique, qu’à la date de la présente ordonnance, les travaux litigieux étaient achevés dès lors que l’établissement est déjà ouvert au public et que la société Padel by Self propose aux joueurs, par l’intermédiaire son site internet et d’une application mobile, de réserver leur séance en ligne. Dans ces circonstances, la condition d’urgence posée par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Par suite, sans qu’il soit besoin de ne se prononcer ni sur la recevabilité de la requête ni sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des sociétés requérantes une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à verser à la commune de Tulle au titre des frais exposés dans la présente instance. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge la commune de Tulle, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er
: La présente requête est rejetée.
Article 2
: Les sociétés Holding Eglantines, Le Ravin et Pouquet BTP verseront à la commune de Tulle une somme de 1 200 euros (mille deux cents) en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3
: La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Holding Eglantines, la SCI Le Ravin, la SARL Pouquet BTP, à la SAS Padel by Self et à la commune de Tulle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.
Le juge des référés,
La greffière en chef,
F-J. A...
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON