mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1901146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DUBOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er février 2019 et 8 septembre 2023, M. C, représenté par Me Dubois, demande au président du tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;
3°) de sursoir à statuer dans l'attente de la décision portant sur sa nationalité ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soulève les moyens suivants :
à l'encontre de l'ensemble des décisions :
- il est de nationalité française ;
à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :
- incompétence du signataire ;
- défaut de motivation ;
- défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaissance de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- défaut de motivation ;
- elle est illégale comme étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- méconnaissance de l'article L. 511-1 III, 8e alinéa du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- erreur manifeste d'appréciation ;
à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale comme étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- il ne peut être éloigné vers le Mali car il est Français.
La requête a été transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté de mémoire.
Par une décision du 12 mars 2019, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le jugement avant-dire droit du tribunal administratif de Montreuil du 19 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Marias pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Marias.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 30 janvier 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. C, né le 30 octobre 1999, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.M. C demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
I. Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président " ; aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué " ; l'article 81 dudit décret dispose que "L'avocat ou l'officier public ou ministériel commis ou désigné d'office, en matière pénale ou en application des articles 1186,1209 et 1261 du code de procédure civile, des articles L. 222-1 à L. 222-6, L. 511-1, L. 511-3-1, L. 512-1 à L. 512-4, L. 552-1 à L. 552-10 et L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle si la personne pour le compte de laquelle il intervient bénéficie de l'aide juridictionnelle. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II. Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'exception de nationalité
3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité ". Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant légitime ou naturel dont l'un au moins des parents est français ". Aux termes de l'article 20-1 de ce code : " La filiation de l'enfant n'a d'effet sur la nationalité de celui-ci que si elle est établie durant sa minorité ". Il résulte des dispositions de l'article 30 du code civil que la charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française. Enfin, en vertu de l'article 29 du même code, l'exception de nationalité constitue une question préjudicielle si elle présente une difficulté sérieuse.
4. M. C fait valoir qu'il aurait la nationalité française par filiation maternelle. Il a produit un certificat de nationalité française de Mme B C établi le 22 novembre 2001 par le greffier en chef du tribunal d'instance de Saint-Denis, un acte de naissance du 21 décembre 2018 signé par l'officier d'état-civil de Niaréla (Mali), établissant la filiation avec Mme B C, et un acte de reconnaissance du 6 décembre 2005 par lequel Mme B C a déclaré reconnaître pour son fils F C, le prénom " F " ayant été rectifié en " F " par décision du procureur de la République de Bobigny du 29 décembre 2014. Dans ces conditions, compte tenu des pièces versées au dossier, la question de savoir si M. F C a la nationalité française soulevait une difficulté sérieuse, qu'il n'appartenait qu'à l'autorité judiciaire de trancher. Par un jugement avant dire droit du 19 avril 2019, le magistrat désigné du tribunal administratif de Montreuil a, par suite, sursis à statuer sur la requête de M. C, qui devait justifier, dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, de sa diligence à saisir la juridiction compétente. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait justifié d'une telle démarche. Dès lors, le moyen tiré de la nationalité française de l'intéressé, qui n'est pas établie, doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens de la requête
5. Par la combinaison des deux arrêtés n° 2018-2182 du 17 septembre 2018 et n° 2018-2385 du 1er octobre 2018, régulièrement publiés aux bulletins d'informations administratives respectivement des 17 septembre et 2 octobre 2018, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme Juliette Le Bras, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation de signature aux fins de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées. En particulier, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet - qui a relevé le séjour irrégulier et en tout état de cause non justifié de M. C en France depuis l'année 2 000, l'absence d'intensité et de stabilité de ses liens personnels et familiaux, et les faits pour lesquels il a estimé que son comportement constituait une menace pour l'ordre public - s'est ainsi fondé sur la durée de sa présence sur le territoire français, sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, et sur la menace pour l'ordre public. Le préfet n'avait pas à mentionner le dernier critère tiré de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement, inexistante en l'espèce. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation, ni au regard du code des relations entre le public et l'administration ni aux termes des 1er et 8e alinéas de l'article L. 511-1, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ". Il résulte de ces dispositions, qui ont remplacé sur ce point l'article L. 511-4 du même code, que le législateur a entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire.
9. Par les seules pièces versées au dossier, desquelles il ne ressort pas que M. C ait été présent en France durant l'année scolaire 2014-2015, M. C ne peut être regardé comme justifiant résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
11. En soutenant seulement, sans autres précisions, que " sa présence en France ne représente aucune menace pour l'ordre public avérée ni même alléguée ", alors qu'il ressort des termes de l'arrêté que le préfet s'est fondé sur des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité supérieure à 8 jours, de rébellion et tentative de vol en réunion avec dégradations, M. C n'établit pas que l'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'erreur d'appréciation, ni en son principe, ni dans sa durée, ou d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.
12. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
13. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 4, M. C ne justifie pas de sa nationalité française. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne peut pas faire l'objet d'une décision fixant un autre pays de destination que la France ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, hormis celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Dubois.
Lu en audience publique le 27 septembre 2023.
Le magistrat désigné par le président du tribunal,
H. Marias La greffière,
D. Coulibaly
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1901146
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026