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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1904949

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1904949

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1904949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBIJAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juillet 2019 et 4 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Bijaoui, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 243 020 euros en réparation du préjudice subi à l'occasion de l'accident de la circulation dont il a été victime le 4 novembre 2013 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

Il soutient que :

- son véhicule a été percuté par une barrière de sécurité autoroutière non cadenassée, lui occasionnant une grave blessure à la main gauche ;

- le préjudice résultant de la nécessité de l'aide d'une tierce-personne avant consolidation s'élève à 2 520 euros ;

- le préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire s'élève à 8 000 euros ;

- le préjudice résultant du déficit fonctionnel permanent s'élève à 37 500 euros ;

- le préjudice résultant de la perte de revenus s'élève à 150 000 euros ;

- le préjudice résultant des incidences périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle s'élève à 30 000 euros ;

- le préjudice sexuel s'élève à 15 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la responsabilité de l'administration puisse être engagée, dès lors qu'un unique document prouve la matérialité des faits ;

- la réparation des dommages matériels occasionnés n'a fait l'objet d'aucune demande de remboursement et aucune plainte n'a été enregistrée ;

- le requérant aurait dû voir la barrière, dès lors que celle-ci est fluorescente, de couleur rouge et blanche ;

- aucun défaut d'entretien normal ne peut être invoqué, dès lors que l'équipe d'astreinte de la DIRIF s'était rendue sur les lieux quelques heures avant l'accident et n'avait rien repéré d'anormal ;

- le requérant ne donne aucune indication sur les circonstances exactes de l'accident, notamment concernant la vitesse à laquelle il conduisait ;

- les sommes demandées au titre des préjudices résultant des souffrances endurées, du déficit fonctionnel permanent et de l'atteinte sexuelle sont excessives ;

- les sommes demandées au titre des préjudices résultant des pertes de revenus et des incidences professionnelles doivent être rejetées.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés le 30 septembre 2019 et le 29 octobre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de la recevoir en son intervention et la dire bien fondée ;

2°) de condamner l'Etat à lui rembourser ses débours pour un montant de 179 135,91 euros, et ce, sous réserve d'autres prestations en relation avec les faits et non connues à ce jour ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2016-1480 du 2 novembre 2016 ;

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Lons, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Dans la nuit du 3 au 4 novembre 2013, M. C B a été victime d'un accident sur la bretelle située entre les autoroutes A1 et A3 à Aulnay-sous-Bois, lui occasionnant une blessure à la main gauche. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 243 020 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Pour obtenir la réparation par le maître de l'ouvrage des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer devant le juge, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage invoqué. Pour s'exonérer de sa responsabilité, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction que M. B a été victime d'un accident dans la nuit du 3 au 4 novembre 2013 sur la bretelle située entre les autoroutes A1 et A3. Le requérant soutient qu'il a percuté une barrière de sécurité mal cadenassée qui aurait pénétré à l'intérieur de son véhicule. Toutefois, à l'appui de cette assertion, le requérant se borne à produire la fiche d'intervention et de renseignement de la CRS autoroutière établie le 4 novembre 2013 à 1h30, qui mentionne seulement, au titre de la synthèse des faits, lesquels présentent un caractère déclaratif, que " le conducteur du véhicule percute la barre de sécurité pour fermeture ". Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment de cette fiche, que, contrairement à ce que soutient le requérant, outre le pare-brise, la fenêtre arrière du côté droit du véhicule a été brisée, dégâts difficilement compatibles avec les circonstances invoquées par le requérant. Enfin, il est constant que le désordre dans le fonctionnement de la barrière de fermeture de l'autoroute, qui n'a fait l'objet d'aucun signalement ni d'aucune plainte de la part de M. B, n'a pas été constaté par les équipes de la DiRIF de Saint-Denis qui sont intervenus sur les lieux le dimanche 3 novembre 2013 à 8h du matin. Par suite, M. B ne peut être regardé comme rapportant la preuve, dont la charge lui incombe, de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et les dommages qu'il a subis.

4. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité de l'Etat formées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis :

5. Les conclusions de M. B étant rejetées, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis tendant au remboursement des frais engagés suite à l'accident de M. B, ainsi que celles tendant à la condamnation du défendeur à lui verser la somme de 1 091 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, les sommes que demande M. B au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

K. Weidenfeld

La première assesseure,

Signé

I. Jasmin-Sverdlin La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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