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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1910989

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1910989

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1910989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDE FROMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 7 octobre 2019 et 3 août 2020, Mme A C, représentée par Me de Froment, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté 6 août 2019, par lequel le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 20 décembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de

3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité interne :

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2020, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Le département de la Seine-Saint-Denis fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- les observations de Me Hass, substituant Me de Froment, représentant Mme C.

Après avoir pris connaissance de la note en délibéré, enregistrée le 24 juin 2022 et présentée pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, assistante socio-éducatif principale titulaire, demande l'annulation de l'arrêté en date du 6 août 2019, par lequel le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 20 décembre 2017.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A- En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () /; (); 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Par ailleurs, aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. L'arrêté attaqué, après avoir visé la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ainsi que l'avis de la commission de réforme interdépartementale en date du 19 novembre 2018, mentionne que " () la preuve du lien direct entre les lésions constatées sur le certificat médical initial et l'exercice des fonctions de l'agent n'est pas apportée ". Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.

I.B- En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants.() / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

5. Ainsi qu'il a été dit, l'accident dont la requérante a demandé l'imputation au service est survenu le 20 décembre 2017. Par suite, et dès lors que les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée, sa demande était entièrement régie par les dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 visée ci-dessus portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans leur version applicable à la date du 7 septembre 2015.

6. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.

7. En premier lieu, si une présomption d'imputabilité au service est caractérisée lorsqu'un accident est survenu sur le lieu et dans le temps du service, elle ne présente pas pour autant un caractère irréfragable et tombe lorsque l'agent public a commis une faute ou lorsqu'une circonstance particulière détache l'événement du service. Dès lors, en recherchant s'il existe un lien direct entre les lésions constatées sur le certificat médical initial communiqué par la requérante et l'exercice de ses fonctions, le département de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

8. En second et dernier lieu, Mme C soutient que l'accident du 20 décembre 2017 est survenu alors qu'elle a croisé sur son lieu de travail un collègue qui l'avait agressée physiquement en juin 2008, ce qui lui a occasionné une crise de panique caractérisée par des vertiges, un vif sentiment d'insécurité et une anxiété aigüe et l'a obligée à se rendre aux urgences. Or, il ressort de ses propres écritures qu'après avoir croisé ce collègue, Mme C a averti son supérieur hiérarchique qu'elle quittait le service en raison du danger encouru, qu'elle s'est ensuite rendue à la direction puis au cabinet du président du conseil départemental où elle a attendu pour obtenir un entretien et que, pendant cette attente, elle a été prise d'un malaise nécessitant son évacuation aux urgences. Ce faisant, Mme C avait exercé son droit de retrait lorsque le malaise est survenu et dès lors cet accident, qui n'a pas eu lieu pendant le temps et sur le lieu de travail, ne saurait être considéré comme imputable à son employeur. En tout état de cause, à supposer même que l'accident soit survenu sur le lieu et pendant le temps de travail lors de la rencontre avec le collègue qui avait agressée la requérante, l'imputabilité au service ne serait pas pour autant caractérisée. En effet, le département de la Seine-Saint-Denis, pour refuser cette imputabilité, s'est appuyé sur une expertise réalisée le 27 mars 2018 par un psychiatre agréé et expert auprès de la Cour d'Appel de Paris, qui après une analyse détaillée et circonstanciée de l'état psychologique de la requérante, conclut à l'absence de symptômes de stress post-traumatique consécutifs à l'accident du 20 décembre 2017. Par ailleurs, l'avis de la commission de réforme interdépartementale en date du 19 novembre 2018 conclut à l'unanimité à l'absence d'imputabilité au service. De son côté, la requérante se borne à produire un rapport réalisé le 6 mars 2014 par un médecin-psychologue de l'unité de victimologie du centre départemental de dépistage et de prévention sanitaire du département de la Seine-Saint-Denis aux termes duquel " d'après ses dires, elle aurait été violentée physiquement par un collègue le 13 juin 2018 ", le compte-rendu de son passage aux urgences le 20 décembre 2017 qui mentionne comme diagnostic principal une " réaction aiguë à un facteur de stress " et un certificat rédigé le 25 janvier 2019 par un médecin de l'unité hospitalo-universitaire de santé professionnelle de l'hôpital Raymond Poincaré relevant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, qui après avoir rapporté les propos tenus par la requérante, conclut que " la symptomatologie rapportée est évocatrice d'un état de stress post traumatique ". En conséquence, le moyen tiré de ce que le département de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

II- Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Seine-Saint-Denis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C réclame au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. DLa greffière,SignéA. Espeisses

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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