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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1911732

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1911732

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1911732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantSELARL MINIER-MAUGENDRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 23 octobre 2019 et le

30 juillet 2021, M. A B, représenté par la selarl Minier Maugendre et associées, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 avril 2019 par lequel le maire de la commune de Gagny lui a infligé la sanction de blâme, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux reçu le 27 juin 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité externe :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de précision sur la nature de la sanction envisagée ;

- les droits de la défense ont été méconnus, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un délai suffisant pour préparer sa défense ;

Sur la légalité interne :

- la réalité des faits reprochés n'est pas établie ;

- ils ne sont pas constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire ;

- la sanction est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir en raison de ses activités syndicales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 avril et 4 août 2021, la commune de Gagny conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soit mis à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 septembre 2021 à 12h par une ordonnance du 17 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,

- et les observations de Me Guardiola, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint administratif titulaire en fonction dans la commune de Gagny, demande l'annulation de l'arrêté en date du 16 avril 2019 par lequel le maire de la commune de Gagny lui a infligé la sanction de blâme ainsi que l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux reçu le 27 juin 2019.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ".

3. Le décision du 16 avril 2019 contestée vise les textes applicables et précise qu'il est reproché à l'intéressé " d'avoir manqué à son devoir d'assurer son service en pratiquant des activités syndicales sur son temps de travail ". Ce grief est suffisamment circonstancié pour mettre à même l'intéressé de déterminer les faits que l'autorité disciplinaire entend lui reprocher. Par suite, et alors même que leur date précise, au demeurant mentionnée dans le courrier d'engagement de la procédure disciplinaire, n'aurait pas été reprise dans la décision contestée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit de mentionner lors de l'engagement de la procédure disciplinaire la nature de la sanction susceptible d'être infligée par l'autorité disciplinaire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure du fait de l'absence de mention de la sanction envisagée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix./L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a reçu notification le 15 mars 2019 d'un courrier l'informant de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre et l'invitant à prendre connaissance de son dossier, a disposé, avant la prise de la sanction contestée le 16 avril 2019, d'un délai suffisant pour lui permettre de préparer utilement sa défense. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / avertissement ; / blâme / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / (). ".

8. La commune de Gagny reproche à M. B d'avoir organisé dans l'après-midi du 6 mars 2019 un rendez-vous avec un collègue, secrétaire adjoint de son syndicat dans le hall de l'hôtel de ville, et de s'être rendu ensuite au service municipal de l'enfance et de la jeunesse pour solliciter une décharge d'activité pour un autre membre de son syndicat ainsi que d'avoir reçu le 5 mars 2019 sur son temps de travail un membre de son syndicat dans son bureau.

9. En premier lieu, si M. B soutient que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis, il ressort toutefois des pièces du dossier que le 6 mars 2019, l'intéressé a quitté son bureau à la mairie à 15 heures, sans en informer sa hiérarchie, et se trouvait opportunément devant la porte d'entrée du personnel de la mairie au moment précis pour faire rentrer son collègue. Ce dernier, qui exerce les fonctions d'agent de propreté urbaine, avait quitté lui-même son service et se trouvait sans réel motif devant la porte d'entrée du personnel de la mairie, qu'il ne pouvait franchir en l'absence de badge adapté. Les circonstances mêmes de cette rencontre doivent être regardées, en l'espèce et en l'absence de tout autre élément de vraisemblance sur les raisons de la présence de ces deux agents à cet endroit précis, en dehors de leur lieu de travail et pendant leurs heures de service, comme révélant l'existence d'un rendez-vous informel entre ces deux agents pour des motifs ne pouvant se rattacher au service. Si

M. B fait valoir qu'il s'est borné à saluer son collègue avant de poursuivre son chemin sans qu'il y ait eu d'échange syndical, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la réalité du manquement reproché à l'intéressé, le rendez-vous n'ayant pu se dérouler dans les conditions prévues qu'en raison de la présence fortuite de la directrice générale des services lors de leur rencontre dans le hall de la mairie. Si l'intéressé soutient ensuite s'être rendu au service municipal de l'enfance et de la jeunesse afin de chercher une demande de stage en lien avec ses fonctions, il n'apporte toutefois aucun commencement de preuve sur la réalité de cette demande alors qu'il ressort de l'attestation de la responsable du service concerné, qui est revêtue d'une valeur suffisamment probante, qu'il serait venu lui demander une décharge d'activité pour un membre de son syndicat. Enfin, à supposer même que M. B n'aurait pas eu le 5 mars 2019 un entretien à portée syndicale dans son bureau avec sa collègue, il ressort toutefois de l'instruction que le maire de la commune de Gagny aurait pris la même décision en se fondant sur les faits reprochés le 6 mars, dont la matérialité est établie, et qui sont constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

10. En deuxième lieu, eu égard à la nature des manquements reprochés, survenus en outre après deux rappels de la commune sur les règles d'exercice de l'activité syndicale le

6 février et le 1er mars 2019, l'autorité disciplinaire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de M. B une sanction de blâme.

11. En troisième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gagny, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme que M. B demande à ce titre. Les conclusions de la commune de Gagny présentées au même titre, à les supposer recevables, doivent être rejetées, dès lors qu'elle n'établit pas avoir exposé de tels frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Gagny au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Gagny.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

Mme de BouttemontLa greffière,

Signé

Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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