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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1913470

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1913470

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1913470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELURL GUILLON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 3 décembre 2019 et le 13 janvier 2020 sous le n° 1913470, M. A D, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite en date du 5 octobre 2018 par laquelle le président de l'établissement public territorial F a rejeté sa demande tendant à son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 30 mars au 14 décembre 2017, à son placement en congé de longue maladie à compter du 15 décembre 2017, au versement d'une allocation temporaire d'invalidité correspondant à un taux de 20% et à son reclassement sur un poste adapté à son état de santé ;

2°) d'annuler la décision en date du 11 octobre 2019 par lequel le président de l'établissement public territorial a fixé la date de guérison de l'accident de service dont il a été victime le 30 mars 2017 au 12 avril 2017 et a qualifié au titre de la maladie ordinaire les arrêts de travail postérieurs à cette date ;

3°) d'annuler les arrêtés du 13 novembre 2019 par lesquels le président de l'établissement public territorial l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020 ;

4°) d'enjoindre à l'établissement public territorial de le placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service, de saisir la caisse des dépôts et consignations d'une demande de versement d'une allocation temporaire d'invalidité correspondant à un taux de 20% et d'examiner les possibilités de reclassement sur un poste adapté à son état de santé, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision implicite en date du 5 octobre 2018 :

- l'établissement public territorial a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions prévues par les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 pour bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

- il a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions prévues par le 3° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 pour bénéficier d'un congé de longue maladie ;

- il a méconnu les dispositions des articles 1 et 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité, dès lors que l'accident de service dont il a été victime a entraîné une incapacité permanente de 20 % ;

- il a méconnu l'obligation de reclassement prévue par les dispositions des articles 81 et 82 de la loi du 26 janvier 1984, en l'absence de toute recherche de poste adapté à son état de santé.

Sur la décision en date du 12 octobre 2019 fixant la date de guérison :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle fixe cette date au 12 juin 2017, dès lors qu'eu égard aux conclusions de l'expertise du 24 juillet 2018 et à la poursuite de ses arrêts de travail, elle doit être fixée au 14 décembre 2017.

Sur les arrêtés du 13 novembre 2019 le plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé :

- ils sont illégaux, dès lors que l'établissement public territorial a méconnu l'obligation de reclassement qui lui incombait.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2020, l'établissement public territorial F, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, d'une part, les conclusions dirigées contre la décision implicite du

5 octobre 2018 sont tardives et d'autre part, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre des décisions qui ne présentent pas entre elles un lien suffisant ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 avril 2021 à 12h par une ordonnance du

31 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier et notamment les pièces complémentaires enregistrées pour M. D le 8 mars 2021.

II. Par une requête enregistrée le 18 mars 2020 sous le n° 2003459, M. A D, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'établissement public territorial F à lui verser la somme de 44 190 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision implicite du 5 octobre 2018 par laquelle le président de l'établissement public territorial F a rejeté sa demande tendant à son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 30 mars au 14 décembre 2017, à son placement en congé de longue maladie à compter du 15 décembre 2017, au versement d'une allocation temporaire d'invalidité correspondant à un taux de 20% et à son reclassement sur un poste adapté à son état de santé ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 15 janvier 2020 avec capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la responsabilité :

- l'établissement public territorial a méconnu les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 relative à l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, du 3° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 concernant le congé de longue maladie, des articles 1 et 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité ainsi que l'obligation de reclassement prévue par les dispositions des articles 81 et 82 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- ces fautes sont de nature à engager sa responsabilité.

Sur les préjudices :

- il a subi un préjudice financier, dès lors qu'il n'a perçu que la moitié de son traitement depuis le 12 juillet 2017, alors qu'il aurait dû être maintenu à plein traitement au titre de l'accident de service jusqu'au 14 décembre 2017 puis être placé en congé pour invalidité temporaire, soit un montant de 18 450 euros ;

- il a subi des troubles dans les conditions d'existence, ayant en outre la charge de cinq enfants, d'un montant de 10 000 euros ;

- il aurait dû également percevoir la somme mensuelle de 229,60 euros correspondant à l'allocation temporaire d'invalidité, soit la somme totale de 5 740 euros ;

- il a, en outre, subi un préjudice moral pour un montant de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2020, l'établissement public territorial F, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, d'une part, les conclusions dirigées contre la décision implicite du

5 octobre 2018 sont tardives et d'autre part, la requête est irrecevable, dès lors l'illégalité de la décision du 5 octobre 2018 ne peut pas être soulevée par voie de l'exception ;

- à titre subsidiaire, la requête doit être rejetée, dès lors que l'administration n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité ;

- à titre très subsidiaire, les préjudices invoqués ne présentent pas de caractère réel, direct et certain.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2021 à 12h par une ordonnance du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier et notamment les pièces complémentaires enregistrées pour M. D le 8 mars 2021.

III. Par une requête enregistrée le 20 juillet 2020 sous le n° 2006996, M. A D, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'établissement public territorial F à lui verser la somme de 44 190 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision implicite du 5 octobre 2018 par laquelle le président de l'établissement public territorial F a rejeté sa demande tendant à son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 30 mars au 14 décembre 2017, à son placement en congé de longue maladie à compter du 15 décembre 2017, au versement d'une allocation temporaire d'invalidité correspondant à un taux de 20% et à son reclassement sur un poste adapté à son état de santé ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 15 janvier 2020 avec capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2003459, l'établissement public territorial a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dont il est fondé à demander réparation du préjudice financier, moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2020, l'établissement public territorial F, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, d'une part, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tout d'abord dirigée contre une décision confirmative, qu'elle est ensuite sans objet eu égard à une requête similaire déjà enregistrée et qu'enfin elle est tardive en ce qu'elle tend à voir constater l'illégalité de la décision du 5 octobre 2018 devenue définitive ;

- à titre subsidiaire, la requête doit être rejetée, dès lors que l'administration n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité ;

- à titre très subsidiaire, les préjudices invoqués ne présentent pas de caractère réel, direct et certain.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 décembre 2021 à 12h par une ordonnance du 17 novembre 2021.

IV. Par une requête enregistrée le 15 décembre 2020 sous le n° 2014143, M. A D, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 30 octobre 2020 par lesquels le président de l'établissement public territorial F l'a placé en congé de maladie ordinaire pour la période du 4 avril au 17 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'établissement public territorial de le placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 30 mars 2017 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'établissement public territorial a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service et ne pouvait ainsi être placé en congé de maladie ordinaire pour la période du 4 avril au 17 novembre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2021, l'établissement public territorial F, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier et notamment les pièces complémentaires enregistrées pour M. D le 8 mars 2021.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, qui est titulaire du grade , exerce les fonctions relevant des attributions de l'établissement public territorial (EPT) F. Il a été victime le 2017 d'un accident, qui a été reconnu imputable au service, justifiant ainsi son placement en congé de maladie à compter de cette date. L'EPT a fixé, après expertise médicale, la date de guérison au 12 avril 2017. Par un courrier du 5 août 2018, M. D, qui fait état, en raison de lombalgies persistantes d'une date de guérison au 14 décembre 2017, demande à l'EPT son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) du au 14 décembre 2017, puis, en raison de la prolongation de ses arrêts de travail, son placement en congé de longue maladie à compter du 15 décembre 2017, au versement d'une allocation temporaire d'invalidité correspondant à un taux d'invalidité de 20% et à son reclassement sur un poste adapté à son état de santé.

2. A la suite des demandes de M. D, l'EPT a saisi en premier lieu pour avis la commission de réforme, qui a, lors de sa séance du 8 juillet 2019, retenu à l'unanimité une date de guérison de l'accident de service au 12 avril 2017. Par une décision en date du 11 octobre 2019, le président de l'EPT a retenu cette date avec un taux d'incapacité permanente de 0% et qualifié au titre de la maladie ordinaire les arrêts de travail postérieurs au 12 avril 2017. Concernant la demande de congé de longue maladie, le comité médical a, dans son avis du

7 novembre 2019, à l'unanimité refusé l'octroi de ce congé, a considéré les arrêts de travail justifiés en maladie ordinaire à compter du 5 avril 2017, a placé l'intéressé en mise en disponibilité d'office à compter du 5 avril 2018 pour une période de 6 mois, renouvelé à deux reprises, puis trois mois et a estimé le requérant apte à une reprise anticipée de ses fonctions à compter de la notification de son avis. Par des arrêtés en date du 13 novembre 2019, l'EPT s'appropriant cet avis, a placé en conséquence M. D en disponibilité d'office pour raison de santé du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020, date à laquelle il a été déclaré apte à la reprise anticipée de ses fonctions.

3. Par une première requête enregistrée le 3 décembre 2019 sous le n° 1913470,

M. D demande l'annulation de la décision implicite du 5 octobre 2018 opposée à sa demande du 5 août 2018, l'annulation de la décision en date du 11 octobre 2019 fixant la date de guérison de son accident de service au 12 avril 2017 avec un taux d'IPP de 0 % et le plaçant en congé de maladie ordinaire à compter de cette date ainsi que celles des arrêtés du 13 novembre 2019, par lesquelles il a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020, révélant ainsi implicitement mais nécessairement le refus de placement en congé de longue maladie. Les conclusions doivent être regardées comme étant seulement dirigées contre les décisions expresses du 11 octobre 2019 et du 13 novembre 2019 de l'EPT, qui prises à l'issue de la saisine pour avis des commissions compétentes, se sont substituées à la décision implicite contestée du 5 octobre 2018. Par deux requêtes enregistrées sous les n° 2003459 et 2006996, qui présentent un objet indemnitaire identique, M. D demande la condamnation de l'EPT à lui verser la somme de 44 190 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de ces décisions.

4. Enfin, par une dernière requête enregistrée le 15 décembre 2020, M. D demande l'annulation des arrêtés en date du 30 octobre 2020 par lesquels le président de l'établissement public territorial F l'a placé en congé de maladie ordinaire pour la période du 4 avril 2020 au 17 novembre 2020.

Sur la jonction :

5. Les requêtes susvisées n° 1913470, n° 2003459, n° 206996, n° 2014143 présentées par M. D portent sur la même situation et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 11 octobre 2019 fixant la date de guérison de l'accident de service au 12 avril 2017 et qualifiant les arrêts de travail postérieurs à cette date en congé de maladie ordinaire :

6. En premier lieu, les dispositions du l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires relatives au congé pour invalidité temporaire imputable au service et aux accidents de service, dont M. D se prévaut, sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le

13 avril 2019, du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale. Il en résulte que les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

7. En outre, les dispositions transitoires de ce décret prévoient que les conditions de forme et de délai prévu par ce décret sont uniquement applicables, d'une part, aux demandes de prolongation d'un congé pour accident de service ou pour maladie imputable au service pour une période débutant après le 13 avril 2019 et, d'autre part, aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après cette date.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D, qui a fait l'objet d'un accident de service le 2017, ne peut ainsi se prévaloir des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitées pour contester la date de guérison retenue par l'administration.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date de la déclaration de l'accident de service : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. (). / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. ()". Doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les arrêts de travail et les frais médicaux présentant un lien direct et certain avec l'accident initial.

10. Si M. D conteste la date de guérison de l'accident de service dont il a été victime le 2017 fixée au 12 avril 2017, en raison de lombalgies persistantes, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment des expertises du 9 juin 2017 confiée par l'EPT à un médecin rhumatologue, ainsi que la contre-expertise diligentée à la demande du requérant le 28 décembre 2017, que les deux experts ont estimé que l'état de santé du requérant était guéri à cette date. Ils ont également relevé l'absence de séquelles avec un retour à l'état antérieur et un taux d'incapacité permanente de 0 %. Il ressort en outre de l'expertise du 28 mai 2018 diligentée par l'administration que M. D présentait " un état antérieur important, qui est habituellement d'origine constitutionnelle " sans qu'il puisse être établi de lien entre ses lombalgies et les fonctions de l'intéressé. L'expertise du 24 juillet 2018 effectuée à l'initiative du requérant indique que les lésions constatées sur les vertèbres lombaires n'ont pas été provoquées par l'accident dont il a été victime et relève également que l'intéressé souffrait déjà avant l'accident en cause d'un état antérieur avec des lombalgies chroniques dont l'origine est due à la pathologie évoluant pour son propre compte. Dans ces conditions, les lombalgies dont l'intéressé continue de souffrir ne peuvent être regardées comme étant en lien certain et direct avec l'accident de service dont il a été victime le 2017. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'EPT a commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en retenant une date de guérison au 12 avril 2017. En l'absence de séquelles en raison d'un retour à un état antérieur, avec un taux d'incapacité permanente de 0%, M. D n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui verser une allocation temporaire d'invalidité.

11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'EPT, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 octobre 2019 par laquelle le président de l'EPT a fixé au 12 avril 2017 la date de guérison de son accident de service sans séquelle et a pris en charge les arrêts de travail postérieurs à cette date au titre de la maladie ordinaire.

En ce qui concerne le refus de placement en congé de longue maladie :

12. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ;(). ".

13. Si M. D soutient qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un congé de longue maladie à compter du 15 décembre 2017, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'ainsi qu'il a été dit au point 2, le comité médical saisit pour avis a estimé le 7 novembre 2019 que " les éléments cliniques actuels et présents au dossier ne permettent pas l'ouverture des droits à CLM ". Le requérant n'apporte pas d'éléments permettant de remettre en cause cette appréciation, notamment par la production de pièces établissant l'existence d'un traitement et de soins prolongés ainsi que l'impossibilité d'exercer toutes fonctions. En outre, l'expertise du

24 juillet 2018, dont se prévaut le requérant, indique qu'il peut exercer ses fonctions sur un poste aménagé sans port de charges lourdes et de mouvement d'antéflexion du tronc, rejoignant ainsi les conclusions de l'expertise du 28 mai 2018 diligentée par l'administration et concluant à une aptitude à exercer ses fonctions sur un poste sans port de charges lourdes. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'EPT a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en rejetant sa demande d'octroi d'un congé de longue maladie, révélée par le placement en disponibilité d'office pour raisons médicales pour la période du 5 avril 2018 au

4 janvier 2020.

14. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'EPT que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le président de l'EPT a refusé de lui accorder un congé de longue maladie.

En ce qui concerne la légalité des arrêtés du 13 novembre 2019 plaçant M. D en disponibilité d'office du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020 :

15. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3°et 4°de l'article 57 ()". Aux termes de l'article 81 de la même loi : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ".

16. En premier lieu, si M. D soutient que l'EPT a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en le plaçant en disponibilité d'office pour la période du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la suite de l'accident de service dont il a été victime le 2017, le requérant a été placé en congé de maladie imputable au service jusqu'à la date du 12 avril 2017. Ainsi qu'il a été dit aux points 10 et 11, l'EPT n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant cette date et en prenant, en conséquence, les arrêts de travail postérieurs à cette date au titre de la maladie ordinaire. Il n'est pas contesté que ses droits à congés de maladie ordinaire d'une durée maximale d'un an, sont arrivés à expiration le 4 avril 2018. Ainsi qu'il a été dit aux points 13 et 14, M. D ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un congé de longue maladie. Il résulte de ce qui précède que l'EPT n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation en plaçant l'intéressé en disponibilité d'office pour la période du 5 avril 2018, date d'expiration de ses congés de maladie ordinaire jusqu'au 4 janvier 2020, date à laquelle il a été reconnu apte à reprendre ses fonctions.

17. En second lieu, l'administration doit, après avis du comité médical, inviter le fonctionnaire qui a été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état physique et dont le poste de travail ne peut être adapté, à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. En revanche, lorsque le fonctionnaire a été déclaré apte à reprendre ses fonctions et que le placement en disponibilité d'office n'intervient, comme en l'espèce, qu'à titre rétroactif pour régulariser la situation du fonctionnaire, l'administration ne saurait être tenue de l'inviter à présenter une demande de reclassement.

18. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le comité médical saisi sur la situation de M. D a, lors de sa séance du 7 novembre 2019, estimé à l'unanimité que le requérant était apte à une reprise anticipée de ses fonctions sur un poste aménagé (limitant les efforts physiques et de soulèvement de charges) à compter de la notification de son avis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de reclassement doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 13 novembre 2019 le plaçant à titre rétroactif en disponibilité d'office pour raisons de santé du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020.

En ce qui concerne les arrêtés du 30 octobre 2020 de placement en congés de maladie ordinaire du 4 avril 2020 au 17 novembre 2020 :

20. Si M. D soutient que l'EPT ne pouvait le placer en congé de maladie ordinaire, dès lors que ses arrêts de travail sont imputables à l'accident de service dont il a été victime le 30 avril 2017, toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 11, la date de guérison de son accident de service a été retenu, sans erreur de droit ou d'appréciation, au 12 avril 2017. Il n'apporte pas davantage d'élément établissant que ses nouveaux arrêts de travail, intervenus après la déclaration d'aptitude à ses fonctions, seraient en lien avec l'accident dont il a été victime le 30 avril 2017. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'EPT aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en le plaçant en congés de maladie ordinaire pour la période du 4 avril 2020 au 17 novembre 2020.

Sur les conclusions indemnitaires :

21. Par voie de conséquence du rejet des conclusions en annulation dirigées contre la décision du 11 octobre fixant la date de guérison sans versement d'allocation temporaire d'invalidité et les arrêtés du 13 novembre 2019 refusant implicitement l'octroi d'un congé de longue maladie et le plaçant en conséquence en disponibilité d'office du 5 avril 2018 au 4 janvier 2020, les conclusions indemnitaires de M. D doivent être, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'EPT, rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. Par voie de conséquence du rejet de l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public territorial F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme totale de 300 euros au titre des frais exposés par l'établissement public territorial et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 1913470, n° 2003459, n° 2006996, n° 2014143 de M. D sont rejetées.

Article 2 : M. D versera une somme totale de 300 euros à l'établissement public territorial F au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à l'établissement public territorial F.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

Mme Renault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,La présidente,Signé Signé Mme de BouttemontMme ELa greffière,Signé Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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