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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-1914378

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-1914378

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-1914378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 28 décembre 2019 et 16 juin 2021, Mme C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2019, notifié le 1er octobre suivant, par lequel le maire E a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 2019 ainsi que la décision implicite née le 2019, du silence gardé par cette même autorité sur son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire E, à titre principal de prendre un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du 2019, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service sous la même condition de délai.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la recevabilité de sa requête :

- l'arrêté attaqué du 25 septembre 2019 ne constitue pas une décision confirmative de la décision du 13 juin 2019, dès lors que la commission interdépartementale de réforme a rendu son avis le 7 septembre 2020, ce qui constitue une circonstance de fait nouvelle ;

- en admettant que cet arrêté constitue une décision purement confirmative de la décision du 13 juin 2019, sa requête n'en serait pas moins recevable dès lors que l'administration a induit la requérante en erreur sur les conditions d'exercice de son droit au recours en y indiquant les voies de recours.

En ce qui concerne la légalité externe :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission interdépartementale de réforme n'a pas été saisie, ce qui l'a privée d'une garantie.

En ce qui concerne la légalité interne :

- elle bénéficie de la présomption d'imputabilité résultant des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- l'accident est imputable au service dès lors qu'il s'est produit alors qu'elle se rendait, pendant sa pause méridienne, à un centre commercial pour y déjeuner.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2021, la commune E, représentée par Me Bazin, conclut au rejet de la requête.

La commune E fait valoir que la requête est irrecevable car dirigée contre une décision purement confirmative et qu'aucun des moyens que contient cette requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistante territoriale d' et affectée au de la commune E, a été victime le 2019 d'un accident pendant la pause méridienne alors qu'elle se rendait à un centre commercial pour y déjeuner. Elle a adressé une déclaration d'accident du travail à la commune E le 20 février 2019. Par un courrier en date du 10 avril 2019, cette dernière a refusé une première fois de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident. Mme A a alors formé un recours gracieux le 19 avril 2019, recours gracieux qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 19 juillet 2019. Par un arrêté en date du 25 septembre 2019, notifié le 1er octobre suivant, la commune E a de nouveau refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident. Mme A a alors formé un nouveau recours gracieux le 22 octobre 2019, recours gracieux qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 2019. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2019 ainsi que celle de la décision implicite de rejet née le 2019.

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que le maire E a saisi la commission de réforme interdépartementale le 4 novembre 2019. Cette commission a rendu son avis le

7 septembre 2020, favorable à la requérante. Par un courrier en date du 29 septembre 2020, le maire E a informé Mme A du sens de l'avis de la commission de réforme interdépartementale et lui a indiqué qu'il maintenait sa position, à savoir le refus de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 2019. Ce courrier, qui comportait la mention des voies et délais de recours, doit être regardé comme une décision retirant implicitement mais nécessairement la décision du 10 avril 2019 et l'arrêté du 25 septembre 2019, illégaux dès lors qu'ils ne pouvaient être pris en l'absence d'avis de la commission de réforme. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est du reste pas soutenu par les parties que cette décision du

29 septembre 2020 aurait été contestée et ne serait ainsi pas devenue définitive. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 25 septembre 2019 et la décision implicite de rejet du 2019. Les conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la nouvelle décision du 29 septembre 2020.

I. Sur la fin de non-recevoir opposées en défense :

4. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par la commune E et tirée de ce que l'arrêté du 25 septembre 2019 est une décision purement confirmative de celle du 10 avril 2019 devenue définitive, doit être écartée.

II. Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, applicable au litige dès lors que l'accident est survenu le 2019 : " Le fonctionnaire en activité a droit / () / 2°A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neufs mois suivants. Le fonctionnaire conserve en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite/ Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locale () ". Les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'accident dont a été victime Mme A est intervenu le 2019. Dans ces conditions, sa situation doit être regardée comme entièrement régie par les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, et non par celles énoncées à l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, lesquelles ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique.

6. Un accident dont a été victime un agent public ne peut être regardé comme imputable au service que s'il est survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions ou au cours d'une activité qui constitue le prolongement du service.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'accident dont a été victime Mme A le

2019 a eu lieu pendant sa pause méridienne et sur le trajet entre le conservatoire et un centre commercial implanté à 600 mètres, où elle se rendait pour déjeuner. La commune E fait valoir que la requérante n'établit pas qu'elle déjeunait habituellement à ce centre commercial. Toutefois, eu égard à l'absence de restaurant professionnel auquel pouvait accéder Mme A ainsi qu'elle le soutient sans être contredite en défense, à la proximité du centre commercial établie par une carte sur laquelle il apparaît que le chemin emprunté par l'intéressée était le plus court, au fait que se restaurer dans un tel endroit est à la fois pratique et économique, Mme A doit être considérée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme établissant de façon suffisante qu'elle y déjeunait habituellement, ainsi que l'a au demeurant estimé la commission de réforme interdépartementale dans son avis. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 septembre 2020, par laquelle le maire E a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le 2019.

III. Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le maire du Blanc Mesnil prenne un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du 2019. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'aucun élément n'est de nature à faire obstacle au prononcé d'une injonction en ce sens. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire E de prendre un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du 2019, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du

25 septembre 2019 et la décision implicite de rejet du 2019.

Article 2 : La décision du 29 septembre 2020, par laquelle le maire E a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 2019, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au maire E de prendre un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du 2019, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune E.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. DLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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