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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2000132

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2000132

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2000132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCAPSTAN LMS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 janvier 2020, 22 avril 2021, 20 avril 2022, 30 août 2022 et 26 avril 2023 la société Generali Vie, représentée par Me Serizay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2019 par laquelle la ministre du travail a rapporté sa décision implicite née le 4 août 2019, annulé la décision de l'inspecteur du travail de l'unité départementale de Seine-Saint-Denis du 8 février 2019 et refusé d'autoriser le licenciement de M. A B ;

2°) de mettre à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner M. B aux dépens.

Elle soutient que cette décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été méconnu et que la procédure de licenciement est régulière.

Par des mémoires en intervention, enregistrés les 1er décembre 2020, 28 mars et 29 juillet 2022 et 17 avril 2023, M. B, représenté par Me Guimaraes, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis à la charge de la société Generali Vie la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la condamnation de la société Generali Vie aux dépens.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias,

- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique,

- les observations de Me Dupirlea, représentant la société Generali Vie,

- les observations de Me Guimaraes, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté, le 2 mai 1979, par la société Generali Vie et occupait en dernier lieu le poste de technicien d'opérations d'assurance au sein de l'établissement DMSMO de l'unité économique et sociale Generali. Il est détenteur des mandats de délégué syndical, défenseur syndical, membre du comité d'établissement et du comité central d'entreprise et de conseiller prud'homme. Par courrier du 17 décembre 2018, la société Generali Vie a sollicité l'autorisation de licencier M. B pour motif personnel auprès de l'inspectrice du travail de l'unité départementale de Seine-Saint-Denis. Par une décision du 8 février 2019, l'inspectrice du travail a accordé cette autorisation. Le recours hiérarchique formé par M. B le 2 avril 2019, et reçu le même jour, a été rejeté par la ministre du travail, par une décision implicite née le 4 août 2019. Par décision expresse du 5 novembre 2019, la ministre du travail a rapporté cette décision, annulé la décision de l'inspectrice du travail et refusé le licenciement de M. B. Par la présente requête, la société Generali Vie demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.

3. Il ressort des termes de la requête introductive d'instance, enregistrée le 6 janvier 2020, que cette requête ne contenait que des moyens relatifs à la légalité interne de la décision attaquée. Le moyen de légalité externe, tiré du vice de procédure résultant de la méconnaissance par le ministre du caractère contradictoire de la procédure lors de l'instruction du recours hiérarchique, a été présenté à l'appui du mémoire complémentaire enregistré le 22 avril 2021, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui expirait le 6 mars 2020. Par suite, ce moyen qui n'était pas d'ordre public et se rattachait à une cause juridique distincte de celle invoquée dans le délai de recours, a été présenté tardivement. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté comme irrecevable.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article L. 1232-2 du code du travail : " L'employeur qui envisage de licencier un salarié le convoque, avant toute décision, à un entretien préalable. La convocation est effectuée par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation. ". En application de l'article L. 1232-3 du même code : " Au cours de l'entretien préalable, l'employeur indique les motifs de la décision envisagée et recueille les explications du salarié. ". Enfin, en vertu de l'article R. 1232-1 de ce code : " La lettre de convocation prévue à l'article L. 1232-2 indique l'objet de l'entretien entre le salarié et l'employeur. Elle précise la date, l'heure et le lieu de cet entretien. Elle rappelle que le salarié peut se faire assister pour cet entretien par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise ou, en l'absence d'institutions représentatives dans l'entreprise, par un conseiller du salarié ". Le respect de ce délai constitue une formalité substantielle dont la méconnaissance vicie la procédure de licenciement et est de nature à fonder un refus d'autorisation de licencier un salarié protégé. Il résulte en outre de ces dispositions que le salarié doit disposer d'un délai de cinq jours pleins pour préparer sa défense, de sorte que le jour de la remise de la lettre ne compte pas dans ce délai, non plus que le dimanche qui n'est pas un jour ouvrable. Par ailleurs, en cas de report à la demande du salarié de l'entretien préalable, ce délai court à compter de la remise de la lettre initiale de convocation. Il résulte également de ces dispositions que tout salarié faisant l'objet d'un licenciement a le droit de se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise lors de l'entretien préalable au licenciement. De plus, dans l'hypothèse où l'entreprise est dépourvue d'institution représentative du personnel, la lettre de convocation à l'entretien préalable doit mentionner la possibilité pour l'intéressé de se faire assister par un conseiller du salarié de son choix, inscrit sur une liste dressée par le représentant de l'Etat dans le département. Cette information constitue une formalité substantielle. Lorsque le salarié concerné est le seul représentant du personnel dans l'entreprise, sa situation doit être assimilée à celle dans laquelle se trouve tout salarié dont l'entreprise est dépourvue d'institution représentative du personnel. Dans cette hypothèse, l'omission, dans la lettre de convocation adressée par l'employeur, de l'indication de la faculté de se faire assister par un conseiller du salarié entache d'irrégularité la procédure de licenciement même si le salarié s'est effectivement fait assister par un conseiller du salarié au cours de l'entretien, sauf s'il est établi qu'il a été pleinement informé, en temps utile, des modalités d'assistance auxquelles il avait droit, en fonction de la situation de l'entreprise, pour son entretien préalable.

5. Il ressort des pièces du dossier que la première lettre de convocation, datée du 15 octobre 2018, de M. B à l'entretien préalable fixé au 24 octobre 2018, a été présentée par les services postaux à une adresse erronée à Guingamp (Côtes d'Armor) le 18 octobre 2018. Cette lettre a été redirigée, par La Poste, à l'adresse de M. B en Loire-Atlantique et lui a alors été distribuée le 23 octobre 2018. Si M. B a cependant eu connaissance de cette convocation dès le 19 octobre, ce qui ressort de l'envoi d'un courriel transmis à la direction de l'entreprise le 19 octobre à 16 h 28, par lequel il sollicitait le report de l'entretien au 26 octobre 2018, il n'apparaît pas qu'il ait été, lors de cet entretien téléphonique avec le responsable des ressources humaines de l'établissement, ou par une autre voie et en temps utile, pleinement informé des modalités d'assistance auxquelles il avait droit, en fonction de la situation de l'entreprise, pour son entretien préalable ainsi reporté au 26 octobre 2018. Il suit de là que la société Generali Vie n'est pas fondée à soutenir que le ministre aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que la procédure de licenciement interne à l'entreprise était, de ce fait, entachée d'une irrégularité substantielle faisant obstacle à l'autorisation de licenciement demandée et imposant à la fois l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail et le rejet de la demande d'autorisation de licenciement.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de l'irrégularité l'enquête contradictoire de l'inspecteur du travail, que la société Generali Vie n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du ministre du travail en litige.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Generali Vie au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Generali Vie, partie perdante, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

Sur les dépens :

8. La présente affaire n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Generali Vie est rejetée.

Article 2 : La société Generali Vie versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Generali Vie, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à M. A B.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

H. Marias

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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