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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2000391

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2000391

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2000391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantHERTSLET WOLFER & HEINTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2020, complétée par un mémoire enregistré le 4 juin 2020, M. A B, représenté par Me Jeanclos, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite en date du 17 novembre 2019, née du silence gardé pendant plus de deux mois à compter de la date de saisine de la commission d'accès aux documents administratifs, par laquelle la directrice de l'établissement public de santé de Ville-Evrard a rejeté sa demande tendant à la communication de documents portant sur la justification des conditions d'attribution des tickets restaurants ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'établissement public de santé de Ville-Evrard de lui communiquer les documents demandés à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé de Ville-Evrard une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle ne lui a pas été notifiée sous une forme écrite motivée comportant l'indication des voies et délais de recours ;

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 300-1, L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2020, l'établissement public de santé de Ville-Evrard conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que les documents retrouvés ont été adressés au requérant par courrier recommandé le 12 mars 2020.

Par une ordonnance du 9 juillet 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

-le rapport de Mme Jimenez, magistrate désignée,

- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 janvier 2023, a été présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 4 juillet 2019, M. B a demandé à l'établissement public de santé de Ville-Evrard de lui communiquer la copie de listes d'émargement de chèques déjeuner, la copie de la liste des journées ayant donné lieu à attribution de chèques déjeuner, la copie du document fixant les règles d'attribution des tickets restaurant au sein de l'établissement ou tout autre document permettant d'en comprendre de façon intelligible les critères de délivrance, ainsi que la copie de l'organigramme hiérarchique ou fonctionnel lié à cette procédure. L'établissement n'ayant pas communiqué les documents, M. B a alors saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA), le 17 septembre 2019. La CADA n'a pas notifié son avis à M. B à l'issue d'un délai d'un mois suivant sa saisine. Le silence gardé par l'autorité mise en cause pendant plus de deux mois à compter de la saisine de la CADA valant confirmation de la décision de refus, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 17 novembre 2019 par laquelle l'établissement public de santé a refusé de faire droit à sa demande de communication.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'établissement public de santé de Ville-Evrard a transmis à M. B, par un courrier recommandé en date du 11 mars 2020, les règles d'attribution des tickets-restaurant pour le personnel médical et non médical, la note relative à la dématérialisation des titre restaurant à partir de mai 2019, le tableau de service prévisionnel pour l'année 2018 signé ainsi que les bons de commandes mensuels anonymisés du 1er juin 2017 au 1er avril 2019. Les conclusions tendant à la communication de ces documents sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. En revanche, la copie de listes d'émargement de chèques déjeuner, la copie de la liste des journées ayant donné lieu à attribution de chèques déjeuner et la copie de l'organigramme hiérarchique ou fonctionnel lié à cette procédure n'ont pas été communiquées, de sorte qu'il y a lieu de se prononcer sur les conclusions tendant à leur communication.

Sur les conclusions à fin de communication restant en litige :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ". En vertu des dispositions des articles R. 311-12 et R. 311-13 du même code, le silence gardé pendant plus d'un mois par l'autorité compétente, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1 de ce code, vaut décision de refus. Aux termes de l'article R. 311-15 dudit code : " () l'intéressé dispose d'un délai de deux mois à compter du refus d'accès aux documents administratifs qui lui est opposé pour saisir la commission d'accès aux documents administratifs ". L'article R. 343-3 de ce code dispose : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'autorité mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette autorité informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande. ". En vertu des articles R. 343-4 et R. 343-5, le silence gardé par l'autorité mise en cause pendant plus de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la CADA vaut confirmation de la décision de refus.

4. D'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite en litige, qui n'est donc pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas motivée. D'autre part, le requérant ne peut utilement invoquer le défaut de mention des voies et délais de recours, lequel est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. "

6. Il résulte des dispositions du code des relations entre le public et l'administration que les documents doivent être existants pour pouvoir être communiqués. Par conséquent, l'administration n'est tenue de communiquer que les documents qu'elle détient. Il appartient, à ce titre, au juge administratif de tenir compte des allégations des parties pour apprécier si le document dont la communication est demandée existe bien et s'il est toujours aux mains de l'administration. Enfin, il revient à l'administration de démontrer qu'elle est dans l'impossibilité matérielle de produire les documents en cause.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'en dépit des différentes démarches engagées auprès des services, l'établissement public de santé de Ville-Evrard n'a pas été en mesure de retrouver l'ensemble des documents demandés et notamment la copie de listes d'émargement de chèques déjeuner, la copie de la liste des journées ayant donné lieu à attribution de chèques déjeuner et la copie de l'organigramme hiérarchique ou fonctionnel lié à cette procédure. Compte tenu de cette impossibilité matérielle, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle l'établissement public de santé de Ville-Evrard a refusé de lui communiquer l'ensemble des documents sollicités.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision implicite de refus du 17 novembre 2019 de la directrice de l'établissement public de santé de Ville-Evrard doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la communication des documents communiqués en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'établissement public de santé de Ville-Evrard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La magistrate désignée,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000391

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