vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2000785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DELARUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier et le 15 septembre 2020, M. D A, représenté par Me Delarue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Ile-de-France et Outre-mer a rejeté sa demande tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2015 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 692,86 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable, capitalisés à chaque terme échu, sous astreinte de 50 jours par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au versement de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- compte tenu des règles de prescription, il peut prétendre au versement de la somme de 5 692,86 euros, au titre de la période courant du 1er janvier 2015 à décembre 2019 ;
- l'opposition de la prescription quadriennale ne peut qu'être rejetée dès lors qu'il a adressé une demande le 21 octobre 2019 qui a interrompu le cours de la prescription quadriennale et que le premier jour de l'année non prescrite est le 1er janvier 2015 ;
- il remplit les conditions pour obtenir la NBI dès lors qu'il est affecté dans un centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, en tant qu'adjoint administratif, sans qu'il faille rechercher s'il est en contact permanent avec le public en l'absence d'un tel classement dans l'arrêté du 4 décembre 2001 qui prévoit bien le versement de la NBI aux adjoints administratifs et alors qu'il exerce au surplus les fonctions d'accueil et est en contact permanent avec le public ;
- en lui refusant la NBI, le ministre de la justice a méconnu le principe d'égalité de traitement des fonctionnaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2020, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au
3 juin 2021.
Un nouveau mémoire a été enregistré le 29 juin 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 96-1156 du 26 décembre 1996 ;
- le décret n °2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- le décret n° 2006-780 du 3 juillet 2006 ;
- le décret n° 2008-1309 du 11 décembre 2008 ;
- le décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014 ;
- l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,
- et les observations de Me Delarue, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, adjoint administratif de la protection judiciaire de la jeunesse, affecté depuis le 1er janvier 2014 à l'unité éducative en milieu ouvert de Drancy, située dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, a sollicité, par un courrier du 17 octobre 2019, reçu le
21 octobre suivant, le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville. Une décision implicite de rejet de sa demande est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, M. A demande, d'une part, d'annuler la décision implicite par laquelle la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Ile de France et outre-mer a rejeté sa demande tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 692,86 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable, capitalisés à chaque terme échu, sous astreinte de 50 jours par jour de retard et, enfin, d'enjoindre à l'administration de procéder au versement de la NBI à compter du jugement à intervenir.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. - La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires, instituée à compter du 1er août 1990, est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. / II. - Elle est prise en compte pour le calcul de la pension de retraite dans les conditions fixées ci-après, et elle est soumise à une cotisation pour la vieillesse. () ". L'article 1er du décret du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'Etat précise que " la nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit ". L'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice dispose qu'" une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Figurent dans cette annexe les fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse exercées " () 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. () ". Par ailleurs, l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice fixe à 36 le nombre emplois d'adjoint administratif relevant de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. En application de ces dispositions, un arrêté ministériel du
4 décembre 2001 a fixé, pour le département de la Seine-Saint-Denis à 2 le nombre d'emplois concernés et à 20 le nombre de points par emploi pour les adjoint administratif non soumis à une NBI classique.
3. Il résulte des termes mêmes de l'article 27 précité de la loi du 18 janvier 1991 que le bénéfice de la bonification indiciaire est lié aux seules caractéristiques des emplois occupés, au regard des responsabilités qu'ils impliquent ou de la technicité qu'ils requièrent. En outre, il résulte des dispositions précitées du décret du 14 décembre 2001 que les fonctionnaires du service de la protection de la jeunesse exerçant leurs fonctions dans une unité éducative en milieu ouvert (UEMO) ne peuvent bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire que s'ils travaillent dans un quartier prioritaire de la politique de la ville et s'ils y ont donc leur lieu d'affectation.
4. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté par le ministre de la justice que l'unité éducative en milieu ouvert de Drancy, où M. A est affecté depuis le 1er janvier 2014 est située dans le quartier Salengro-Gaston Roulaud-Centre-Ville, qui figure dans la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville annexée au décret du 30 décembre 2014 susmentionné. Pour s'opposer à la demande de M. A tendant à obtenir le versement de la nouvelle bonification indiciaire du fait de l'exercice de ses fonctions au sein d'une unité éducative de milieu ouvert situé dans un quartier prioritaire de la ville, le ministre de la justice fait valoir que les fonctions exercées par l'intéressé étaient étrangères aux critères de responsabilité et de technicité en tant que leur exercice n'imposait pas de contact permanent avec les mineurs accueillis et indique s'être fondé sur un critère de " contact permanent ou non avec les mineurs accueillis ". C, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que l'attribution de la NBI aux agents exerçant " en centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville " soit conditionnée à l'existence d'un contact permanent avec public. Ainsi, en opposant ce motif à M. A pour refuser de lui attribuer la NBI, la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Ile-de-France et Outre-mer a commis une erreur de droit. Par suite, le requérant, remplissant les conditions ouvrant droit au bénéfice de la NBI, est fondé à soutenir que la décision rejetant sa demande tendant à en obtenir le versement rétroactif à compter du 1er janvier 2015 est entachée d'erreur de droit.
5. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du
31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, () sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () ".
6. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle l'agent aurait dû être rémunéré.
7. Si l'administration, dans son mémoire en défense, oppose à M. A la prescription quadriennale pour les créances antérieures au 1er janvier 2016, il résulte des dispositions précitées que pour la créance née en 2015, le délai de prescription ne courrait qu'à compter du
1er janvier 2016 et que l'envoi du courrier le 21 octobre 2019, réceptionné le même jour, par lequel l'intéressé a demandé à l'administration de lui verser les sommes dues au titre de la NBI a interrompu le délai de prescription des créances dues à compter du 1er janvier 2015. Ainsi, l'administration n'est pas fondée à lui opposer la prescription quadriennale pour les créances litigieuses à compter du 1er janvier 2015.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse.
Sur les conclusions pécuniaires :
9. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à
M. A dans la limite de la prescription quadriennale et jusqu'au jour du présent jugement, une NBI de 20 points. M. A est renvoyé devant son administration pour le calcul de cette indemnité.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
10. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. () ". Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".
11. Les intérêts demandés sont dus, à compter du 21 octobre 2019, date de réception de la demande préalable présentée par M. A et de leur capitalisation à compter du
21 octobre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement implique nécessairement d'attribuer 20 points de NBI à M. A, à compter de la notification du jugement à intervenir sous réserve qu'il continue d'occuper les fonctions éligibles.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit à la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. A et de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à M. A.
DECIDE :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Ile-de-France et Outre-mer a rejeté sa demande tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2015 est annulée.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A, à compter du 1er janvier 2015 et jusqu'au jour du présent jugement, une NBI de 20 points. M. A est renvoyé devant son administration pour le calcul de cette indemnité.
Article 3 : Il est enjoint à l'Etat, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, de verser à M. A, à compter du présent jugement, une NBI de 20 points.
Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Lunshof, première conseillère,
Mme Courneil, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. B
La présidente,
Signé
V. Hermann Jager
La greffière,
Signé
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026