lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2001202 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CHEVRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2020, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Stains Auto, représentée par Me Chevrier, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux contre la décision du 6 novembre 2019 ayant mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 162 900 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 19 936 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de la décharger du paiement des contributions spéciale et forfaitaire à hauteur de 147 900 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de droit sur le principe de la sanction dès lors qu'elle n'a jamais employé les neuf salariés en cause ; qu'il appartient à la juridiction répressive de se prononcer sur l'existence ou non d'un lien de subordination, l'existence ou non d'un contrat de travail ou d'un contrat de sous-location et de mise à disposition du matériel ;
- elle est entachée d'erreur de droit sur le quantum de la sanction ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 18 juin 2019, les services de police ont constaté, au sein d'un garage automobile situé 27 rue Babeuf à Pierrefitte-sur-Seine, la présence en action de travail de six ressortissants ivoiriens, de deux pakistanais et d'un congolais, dépourvus de titres les autorisant à travailler en France et non déclarés. Au vu des procès-verbaux établis lors de cette opération de contrôle, le directeur général de l'OFII a, par une décision du 6 novembre 2019, mis à la charge de la société Stains Auto la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 162 900 euros, et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 19 936 euros, pour l'emploi des neuf salariés étrangers en cause. La société Stains a formé un recours gracieux le 4 décembre 2019, qui a été rejeté par l'OFII le 15 janvier 2020. Par sa requête, la société Stains Auto demande au tribunal d'annuler ces décisions et de la décharger du paiement des contributions, subsidiairement de la décharger à hauteur de 147 900 euros.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, la décision du 6 novembre 2019 mentionne les dispositions applicables du code du travail, le relevé des infractions par référence au procès-verbal établi à la suite du contrôle effectué le 18 juin 2019, ainsi que le montant de la somme due et précise en annexe le nom des salariés concernés. Il ressort également de cette annexe, que la sanction a été infligée à la société Stains Auto pour l'emploi irrégulier de neuf travailleurs, au motif que ces derniers étaient démunis de titre les autorisant à travailler en France. Par suite, la décision du 6 novembre 2019 est régulièrement motivée.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " () l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de son article R. 8253-2 : " I. -Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7./ III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".
4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
5. Il ressort des procès-verbaux de police, notamment ceux du 18 juin 2019, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que MM. Locina Karamoko, Babar Ali, Saindou Karamoko, Abou Karamoko, Daniel N'Kasi, Losseni Fofana, Naz Nadeem, Abdoulaye Coulibaly et Abou Fofana travaillaient dans l'entreprise de réparation automobile Stains Auto, dont M. C A est le gérant, sans être en possession d'un titre de travail et sans avoir fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche. La société requérante soutient qu'elle se bornait à louer à ces mécaniciens une partie de ses locaux et de ses outillages sans qu'elle ait de contact avec leur clientèle et que les mécaniciens n'avaient eux-mêmes aucun contact avec la clientèle du garage. Toutefois, la société requérante ne verse au dossier aucun contrat de location ou de prestation. Il résulte en outre de l'instruction que, si les personnes trouvées en action de travail versent entre dix et vingt euros par jour à M. A en échange de la mise à disposition par celui-ci d'un emplacement au sein du garage, le gérant lui-même ne faisait pas de mécanique, avait besoin des mécaniciens pour faire tourner son garage, étant seul à procéder à son ouverture et à sa fermeture, se bornant à accueillir des clients de temps en temps et à demander aux mécaniciens de s'en occuper. Il ressort en outre de ces auditions que, loin de se borner à mettre à la disposition de tiers des emplacements au sein de son garage, le gérant décrit comme " une sorte de chef ", se comportait en véritable donneur d'ordre, pouvant fournir aux mécaniciens, ainsi qu'il l'a d'ailleurs admis, des outils de travail. L'intéressé a enfin reconnu lors de son audition avoir eu recours à du travail dissimulé, relevant simplement que " les autres font la même chose autour de (lui) ". Dans ces conditions, l'existence d'une relation de travail entre la société Stains Auto et les personnes occupées à des travaux de mécanique au sein du garage est établie. Il s'ensuit que l'OFII, qui n'a ainsi entaché sa décision ni d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation était fondé à mettre à la charge de cette société les contributions spéciale et forfaitaire dont elle conteste le bien-fondé, sans que cette dernière puisse utilement se prévaloir de l'existence de poursuites pénales en cours à propos des mêmes faits, dès lors que les contributions en litige sont indépendantes des poursuites pénales auxquelles peuvent donner lieu les mêmes faits.
6. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre ". L'article L. 8256-7 du code du travail dispose que " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; () ". L'article 131-38 du code pénal prévoit que " Le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction ". Il résulte de ces dispositions que le cumul des contributions, s'agissant des personnes morales, ne peut excéder la somme de 75 000 euros par étranger employé sans titre l'autorisant à travailler. Par suite, le moyen tiré de ce que le montant total des sanctions pécuniaires ne pourrait excéder le seuil de 15 000 euros doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Stains Auto n'est fondée à demander ni l'annulation des décisions en litige, ni la décharge partielle du paiement des sommes dues.
Sur frais d'instance :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société Stains Auto au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Stains Auto est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme à responsabilité limitée Stains Auto et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Myara, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- Mme Parent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le rapporteur,Le président,
Signé Signé
H. BA. MyaraLa greffière,
Signé
A. Macaronus
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026