vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2001525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 février 2020 et le 22 mars 2021,
Mme E A, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2019 par laquelle le directeur du Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de révocation ;
2°) de mettre à la charge du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences la somme de 3 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la légalité externe :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière devant le conseil de discipline dès lors que sa composition est irrégulière au regard de l'article 20 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, que son conseil n'a pas été invitée à présenter d'ultimes observations avant que le conseil de discipline ne commence à délibérer, que le sens de l'avis émis est entaché d'un défaut de motivation.
En ce qui concerne la légalité interne :
- la sanction est entachée de disproportion par rapport aux faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, le GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante la somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations ente le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le décret n° 2003-655 du 18 juillet 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- les observations de Me Gorse représentant le GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée le par l'établissement public de santé Maison blanche aux droits duquel vient le Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences et titularisée en qualité d'aide-soignante à l'issue de son stage effectué à compter du . Elle a été affectée à l'unité de soins de longue durée à la C à F au service de nuit. Le , après la découverte matinale d'un patient âgé attaché durant la nuit avec un drap noué aux pieds et dans le dos, sans prescription médicale, une enquête administrative a été ouverte. Le 19 août 2019, Mme A a été suspendue de ses fonctions à titre conservatoire compte tenu des suspicions de maltraitances sur ce patient et, après réunion du conseil de discipline, tenue le 12 novembre 2019, par une décision du 21 novembre 2019, le directeur GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences a prononcé sa révocation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations ente le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / - infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211- 3 de ce même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
3. En premier lieu, la décision de révocation contestée, qui vise les textes applicables, précise, en faisant référence au rapport du établi par la cadre de santé de l'unité de soins de longue durée que l'intéressée, aide-soignante, a attaché un résident avec un drap (3 nœuds), sans décision médicale, sur une durée supérieure à 6 heures durant la nuit du . Cette décision prend en compte la fiche d'événement indésirable grave du de l'équipe paramédicale de jour relatant les faits et les conséquences physiques et psychiques sur le patient. Elle prend en compte également un rapport du de la directrice des soins faisant état d'un comportement maltraitant de Mme A envers un résident âgé. Elle reproche à l'intéressée une atteinte à l'intégrité physique et morale d'une personne âgée vulnérable. La décision en litige expose ainsi les griefs retenus à l'encontre de Mme A de manière suffisamment circonstanciée pour la mettre à même de déterminer les faits que l'autorité disciplinaire entend lui reprocher. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision serait insuffisamment motivée en fait.
4. Aux termes de l'article 54 de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " A compter du premier renouvellement de l'instance postérieur au 31 décembre 2013, les membres représentant l'administration ou l'autorité territoriale au sein des commissions administratives paritaires instituées au titre de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière sont désignés en respectant une proportion minimale de 40 % de personnes de chaque sexe ". Ces dispositions ont été reprises, s'agissant de l'application de ce principe d'une proportion minimale de 40 % à l'article 20 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière qui, dans sa rédaction applicable à l'espèce, dispose : " Afin de concourir à une représentation équilibrée entre les femmes et les hommes, les membres représentant l'administration sont choisis en respectant une proportion minimale de 40 % de femmes et d'hommes. Toutefois, lorsque le nombre de sièges est égal à trois, l'écart entre le nombre de femmes et d'hommes ne peut être supérieur à un ".
5. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal du compte rendu de la séance du conseil de discipline que siégeaient, sur les dix membres composant le conseil de discipline, cinq représentants de l'administration dont trois femmes et deux hommes, de sorte que l'objectif de représentation équilibré a été pris en compte. Par suite, la première branche du moyen tiré du vice de procédure doit être écartée.
6. Aux termes de l'article 6 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires de la fonction publique hospitalière : " () Le fonctionnaire et, le cas échéant, son ou ses défenseurs ainsi que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peuvent, à tout moment de la procédure devant le conseil de discipline, demander au président l'autorisation d'intervenir afin de présenter des observations orales. Ils doivent être invités à présenter d'ultimes observations avant que le conseil ne commence à délibérer ". La règle ainsi posée participe de la garantie selon laquelle le fonctionnaire doit être mis à même de répondre à chaque imputation soulevée à son encontre.
7. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes du procès-verbal du conseil de discipline que " suite aux débats, Mme A formule ses dernières observations ". Par ailleurs, il n'est pas allégué ni établi que son conseil aurait été empêché de s'exprimer avant le délibéré. Dans ces conditions, la deuxième branche du moyen tiré du vice de procédure doit être écartée.
8. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " (). / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'État, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / () ".
9. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'exigence de motivation de l'avis de la commission administrative paritaire compétente siégeant en conseil de discipline qu'elles prévoient constitue une garantie et, d'autre part, que cette motivation peut être attestée par la production, sinon de l'avis motivé lui-même, du moins du procès-verbal de la réunion de cette commission comportant des mentions suffisantes.
10. En quatrième lieu, il ressort du procès-verbal du conseil de discipline réuni pour se prononcer sur les faits reprochés à Mme A que celui-ci rend compte des propos tenus par les différents participants à la réunion du conseil de discipline avant son délibéré, puis énonce qu'à l'issue du délibéré après rappel des arguments débattus en séance, pour les représentants de l'administration notamment, l'acte de maltraitance commis doit être très sévèrement puni au regard du préjudice subi par le patient. Le procès-verbal précise également la répartition des voix sur le vote de la sanction proposée. Par suite, les griefs sur lesquels le conseil de discipline s'est appuyé pour adopter son avis sont suffisamment exposés. La requérante n'est pas fondée à soutenir que le sens de l'avis du conseil de discipline ne serait pas motivé. La troisième branche du moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
11. Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : L'avertissement, le blâme. Deuxième groupe : La radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; Troisième groupe : La rétrogradation, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans ; Quatrième groupe : La mise à la retraite d'office, la révocation. ().
12. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, aide-soignante à l'unité de soins de longue durée, a enroulé, dans la nuit du , un patient âgé, dans un drap et l'a attaché avec des nœuds serrés, au nombre de trois au niveau du dos et des jambes, afin que celui-ci se trouve empêché de défaire ses protections urinaires, sans aucune prescription médicale et sans avoir fait appel au médecin et aux infirmiers de garde présents. Elle reconnaît également avoir demandé l'aide d'un jeune collègue pour l'aider à contraindre le patient en pleurs. Il ressort des pièces du dossier que le résident est resté plus de six heures étroitement entravé avant d'être découvert par l'infirmier de jour vers sept heures du matin en état de souffrance physique et psychologique. Si la requérante déclare avoir changé le patient durant la nuit avant de le serrer à nouveau dans des draps, elle ne l'établit pas. Il ressort des pièces du dossier et notamment des témoignages précis et circonstanciés versés au dossier que l'intéressée a admis user de ce procédé habituellement, sans les nœuds, et n'a pas semblé remettre en cause son comportement. Les faits reprochés à Mme A, dont la matérialité n'est pas contestée, consistent en un acte de violence physique et psychologique envers une personne âgée souffrant de troubles psychiatriques et par conséquent particulièrement vulnérable et constituent de la part d'une aide-soignante un manquement à ses obligations en matière de prise en charge des usagers de l'établissement d'une particulière gravité. Les circonstances que Mme A aurait mal à l'épaule, serait exaspérée par le comportement du patient, qu'il n'a pas été donné suite à sa demande de grenouillère et que ses conversations au téléphone durant son service sont liées à ses problème familiaux ne sont pas de nature, eu égard à la nature des fonctions qu'elle exerce au service de personnes âgées et fragiles, et alors qu'elle est expérimentée et a bénéficié d'une formation sur la bientraitance, de nature à retirer à la faute commise son caractère de gravité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la sanction de révocation prononcée à son encontre serait disproportionnée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à la mise à la charge du Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais que Mme A a exposés au titre des frais d'instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris Psychiatrie et Neurosciences.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme de Bouttemont, première conseillère,
- M. L'hôte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La présidente rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,M. D M. de BouttemontLa greffière,A. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026