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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2001571

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2001571

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2001571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantTORREGROZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 7 février 2020 sous le numéro 2001571, Mme A, représentée par Me Torregroza, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 2019 par lesquels le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des troubles oculaires persistants dont elle a été atteinte ainsi que des soins rendus nécessaires à compter du 15 mai 2018 ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, dans un délai de deux mois, de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ou, à défaut, de réexaminer sa situation ; à défaut, de diligenter une expertise avant dire-droit ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 14 février 2020, le syndicat " force syndicale hospitalière ", représenté par Me Torregroza, demande au tribunal d'admettre son intervention et de faire droit aux conclusions de la requête de Mme A.

Il fait valoir qu'eu égard à son objet, il justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête de Mme A et indique s'associer entièrement aux moyens développés par la requérante.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2020, l'Assistance publique Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés. Elle déclare ne pas s'opposer le cas échéant à une expertise avant dire droit.

Par un courrier du 2 décembre 2022, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 17 juillet 2019.

II - Par une requête enregistrée le 3 mai 2021 sous le numéro 2105884 et un mémoire enregistré le 28 octobre 2022, Mme A, représentée par Me Torregroza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2021 par lequel le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des troubles oculaires persistants dont elle a été atteinte ainsi que des soins rendus nécessaires pour la période du 2020 au 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, dans un délai de deux mois, de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ou, à défaut, de réexaminer sa situation ; à défaut, de diligenter une expertise avant dire-droit ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris le versement de la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en intervention enregistré le 4 mai 2021, le syndicat " force syndicale hospitalière ", représenté par Me Torregroza, demande au tribunal d'admettre son intervention et de faire droit aux conclusions de la requête de Mme A.

Il fait valoir qu'eu égard à son objet il justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête de Mme A et indique s'associer entièrement aux moyens développés par la requérante.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés. Elle déclare ne pas s'opposer le cas échéant à une expertise avant dire droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, , titulaire, exerce ses fonctions à l'hôpital F relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Elle a été victime, le 2012, d'une projection dans son œil gauche d'un produit corrosif. Cet accident a été reconnu imputable au service, par une décision du 2013, après avis favorable de la commission de réforme réunie le 2013 indiquant une date de guérison au 2012. Souffrant de troubles oculaires, Mme A a demandé le 15 mai 1918 qu'ils soient reconnus imputables au service au titre de l'accident du 2012 et que les soins nécessités à compter du 15 mai 2018 soient en conséquence pris en charge. Après une première décision négative du 2019, contre laquelle Mme A a formé un recours gracieux, l'établissement hospitalier a saisi la commission de réforme qui a émis, le 2019, un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service. Par une décision du 2019, la directrice générale de l'AP-HP a rejeté la demande de l'intéressée tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service et à la prise en charge à ce titre de ses soins médicaux à compter du 15 mai 2018. Par une décision du 2021, l'autorité hospitalière a également rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service et à la prise en charge à ce titre de ses soins médicaux à compter du 2020. Par une première requête, Mme A demande l'annulation des décisions des 2019. Par une seconde requête, elle demande l'annulation de la décision du 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2001571 et 2105884 ont été présentées par la même requérante et présentent à juger des questions similaires. Par suite, il y a lieu de joindre ces affaires pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'intervention volontaire :

3. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. Le président de la formation de jugement ou, au Conseil d'Etat, le président de la sous-section chargée de l'instruction ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention ".

4. Il résulte de l'article 2 des statuts du syndicat " force syndicale hospitalière ", versés aux débats, que son objet est notamment " de représenter ses membres adhérents et les salariés devant () toutes les juridictions administratives " et de défendre les intérêts individuels des travailleurs. Au regard de cet objet, l'association intervenante a intérêt à agir dans la présente instance. Par suite, son intervention à l'appui des requêtes numéros 2001571 et 2105884 est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des conclusions dirigées contre la décision du 2019 :

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du recours gracieux exercé par Mme A contre la décision du 2019 de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, cette dernière, après avis de la commission de réforme, a pris une nouvelle décision rendue le 2019 venue implicitement mais nécessairement remplacer la décision initiale. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 2019 sont irrecevables et doivent être rejetées.

S'agissant des conclusions dirigées contre la décision du (/PSEUDO)(/ANO) 2019 :

6. Aux termes de l'article 41 de la loi du 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° À des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entrainés par la maladie ou l'accident () ".

7. Aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". En vertu des dispositions de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend " 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

9. En premier lieu, Mme A soutient que la composition de la commission de réforme réunie le 2019, préalablement à la décision du 2019, était irrégulière en l'absence de médecin spécialiste en ophtalmologie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme disposait lors de sa séance d'une note précise rédigée le 2019 à l'attention de la commission par un médecin généraliste exerçant à l'hôpital B au service de la médecine statutaire, que cette note a conclu à l'absence de lien direct et certain entre l'existence de la sécheresse oculaire bilatérale et la projection d'un réactif dans l'œil gauche uniquement, et a fait référence au certificat médical circonstancié rendu le 2018 par un médecin du service d'ophtalmologie de l'hôpital C lequel, s'il a relevé de l'urticaire et des rougeurs discrètes de l'œil gauche absentes à l'œil droit, a conclu à l'absence de syndrome sec, a noté des symptômes bilatéraux de sécheresse au quotidien, l'absence de kératite photo sensible, ainsi qu'un test de Schirmer négatif. Ainsi, dès lors que la commission de réforme a eu connaissance des résultats de l'examen médical effectué par un médecin du service d'ophtalmologie, les éléments dont elle disposait étaient suffisants pour l'éclairer et il n'était dès lors pas manifeste que la participation d'un médecin spécialiste en ophtalmologie fût nécessaire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la décision exige à tort que soit établie une preuve certaine et exclusive du lien entre l'accident de service et sa pathologie, il ressort des termes mêmes de la décision qui retient dans son dispositif que " la rechute du 2018 n'est pas médicalement en rapport direct avec l'accident de service dont il est fait état dans la déclaration du 2012 " que la décision attaquée n'a pas exigé que soit apportée la preuve d'un lien exclusif entre l'accident et la pathologie mais bien un lien direct avec l'accident de service, conformément aux dispositions de l'article 41 de la loi du 1986 précité. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit manque en fait et doit être écarté.

11. En troisième lieu, la requérante soutient que l'AP-HP se serait fondée sur la seule circonstance que son état de santé avait été considéré comme consolidé depuis de nombreuses années sans qu'il y ait eu, dans l'intervalle des six années en cause, de prise en charge des troubles oculaires de la même nature. Si la décision du 2019 énonce " qu'il n'existe pas de preuve certaine d'un lien de causalité entre la sécheresse oculaire bilatérale déclarée et l'accident de service du 2012, en l'absence de prise en charge pendant 6 ans après l'accident ", il ne se fonde pas exclusivement sur cette circonstance dès lors qu'il vise en outre notamment le certificat médical du 2018 présenté par Mme A et l'avis rendu par la commission de réforme lors de sa séance du 2019. En tout état de cause, aucun texte ni aucun principe ne fait obstacle à la prise en compte à titre exclusif d'un tel élément pour apprécier le lien de causalité entre un accident et les troubles invoqués de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En quatrième et dernier lieu, Mme A soutient qu'à la suite de son accident survenu le 2012, reconnu imputable au service par une décision du 2013, lors duquel elle a reçu à l'œil gauche une projection d'un produit corrosif ayant entraîné une ulcération cornéenne, elle aurait subi une rechute déclarée le 2018. Si un certificat médical établi avant la " déclaration de rechute ", le 2017, par un médecin ophtalmologue de l'hôpital C, indique que Mme A présente un syndrome sec sévère avec un test de schirmer altéré et un " break up time " diminué et qu'elle est très photophobe, sans préciser si ces pathologies concernent uniquement l'œil gauche touché par l'accident dont Mme A a été victime en 2012, les examens ophtalmologiques postérieurs, établis le 2018, le 2019 et le 2019 concluent soit à des sécheresses oculaires non évidentes soit à des sécheresses bilatérales, de sorte que le lien avec l'accident du 2012 survenu à l'œil gauche ne peut être établi. Par ailleurs, la note rédigée le 2019 à l'attention de la commission par un médecin généraliste exerçant à l'hôpital B au service médecine statutaire conclut qu'il n'y a aucun lien direct et certain entre l'existence de la sécheresse oculaire bilatérale et la projection d'un réactif dans l'œil gauche uniquement, et la commission de réforme a rendu un avis défavorable en sa séance du 2019, en écartant le lien de causalité entre la sécheresse oculaire bilatérale déclarée et l'accident de service du 2012. En conséquence, le moyen tiré de ce que l'AP-HP aurait entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

S'agissant des conclusions dirigées contre la décision du 2021:

13. L'article 16 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière prévoit que lorsque le fonctionnaire sollicite un congé de maladie ou son renouvellement, la commission de réforme " () est obligatoirement consultée si la maladie provient de l'une des causes prévues au deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 1986. () La commission de réforme n'est pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration ". Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice de ces dispositions est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.

14. Il ressort des pièces du dossier qu'antérieurement à la décision attaquée, l'AP-HP a pris, le 2019, une décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A, qui avait été précédée d'une saisine de la commission de réforme, réunie le 2019. Ainsi, la décision du 2021 refusant la prise en charge des soins au titre de l'accident de service ou de la maladie professionnelle, qui découle de la première décision, n'avait pas à être précédée de l'avis de la commission de réforme. Par suite le moyen tiré du vice de procédure n'est pas fondé et doit être écarté.

15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12 du jugement, en l'absence de lien direct entre l'accident de service et les troubles oculaires présentés par l'intéressée, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que sans qu'il soit besoin de recourir à une expertise avant dire-droit, dès lors que l'existence d'un lien direct des troubles oculaires avec l'accident de service de 2012 recherchée par l'intéressée, n'est pas avérée, les conclusions de Mme A aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : L'intervention du syndicat " force syndicale hospitalière " est admise.

Article 2 : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023 .

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienneSignéSigné

M. DM. de Bouttemont

Le greffier,

Signé

T. Népost

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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