lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2002015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2020, et un mémoire complémentaire enregistré le 6 octobre 2020, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la délibération de l'Établissement public territorial Est Ensemble
du 4 février 2020 n° CT 2020-02-04-7 portant fixation du taux de la TEOM pour l'année 2020 ;
2°) d'enjoindre l'établissement public à produire les documents administratifs portant sur l'organigramme détaillé de la direction et des services du sièges et des deux unités territoriales sud et nord comprenant la masse salariale brute de chaque service central et UT, nombre d'agents par catégorie et par service/activité ; pour chaque UT, sud et nord : description de l'organisation et des missions, nombre d'agents par catégorie et par service, surface des locaux affectée ou utilisée par service, détail des moyens matériels employés et affectation par service (véhicules de tous types, engins de voirie, matériel de bureau), coûts relatifs aux fluides, carburants et consommables divers par service, les factures ou avis de redevance 2019 et 2020 : Syctom et prestataires de collecte des OM, le détail des dépenses réelles d'investissement 2019 et 2020 : factures des investissements réalisés et détail des provisions pour amortissement, les notes d'organisation en vigueur de chaque service/UT, les budgets 2019 et 2020 détaillés de la DPVD par service/UT ;
3°) la condamnation de l'établissement public territorial Est Ensemble à lui verser une somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable en sa qualité de contribuable local assujetti à la TEOM ;
- les dispositions relatives à l'information des élus à savoir les articles L. 2121-12 (note de synthèse), L. 2312-1 (information contenues dans le ROB) et L. 2121-13 (information complète et loyale sur les délibérations de la part du maire) du code général des collectivités territoriales ont été méconnues ;
- la délibération est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la TEOM n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes fiscales et au moins 27% du produit de la TEOM n'est pas justifié par des dépenses réelles de fonctionnement et d'investissement imputables directement au service de collecte de traitement des ordures ménagères.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 juin 2020 et le 17 janvier 2021, l'EPT Est Ensemble, représenté par Me Gauch, conclut au rejet de la requête, ou à titre subsidiaire de constater le non-lieu à statuer sur la demande de communication d'informations avant dire droit, et de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable faute pour le requérant de justifier d'un intérêt pour agir suffisant, et à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thébault, conseiller rapporteur ;
- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A et de Me Millard représentant l'Etablissement public territorial Est Ensemble.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération en date du 4 février 2020 n° CT 2020-02-04-7, l'Etablissement public territorial (EPT) Est Ensemble a voté le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) de cet exercice. M. B A demande au tribunal l'annulation de cette délibération.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de M. A :
2. L'EPT Est Ensemble soutient que M. A n'a pas d'intérêt à agir dans la présente instance, ni en sa qualité de membre du conseil municipal de Noisy-le-Sec dès lors que les délibérations litigieuses relèvent de la seule compétence de l'EPT et qu'elles n'ont aucune conséquence pour la commune, ni en sa qualité de contribuable local, qualité dont il ne justifie du reste pas au titre de l'année en litige, faute d'établir que les délibérations auraient des conséquences d'une importance suffisante sur les finances locales. Toutefois, et alors que le requérant justifie bien dans l'instance être assujetti à la TEOM votée par l'EPT au titre des années 2019 et 2020, il a en cette qualité nécessairement intérêt à agir contre la délibération, de nature fiscale, par laquelle a été adopté le taux de cette taxe. La fin de non-recevoir soulevée par l'EPT Est Ensemble ne peut donc qu'être écartée.
Sur la légalité de la délibération du 4 février 2020 n° CT 2020-02-04-7 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2020 :
3. Au titre de la légalité interne, M. A soutient que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères voté par l'EPT Est Ensemble pour l'année 2020 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. Aux termes de l'article 1520 du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale, dans sa rédaction applicable à l'imposition en cause : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ".
5. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires de la collectivité mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la collectivité pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Il en résulte que le produit de cette taxe, et par voie de conséquence son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date de la délibération du vote des taux.
6. Il résulte du budget primitif de l'année 2020 que les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement global des déchets s'élèvent à la somme de 47 151 963,85 euros. Les recettes non fiscales résultent pour leur part de l'addition des comptes 74 " dotations, subventions et participations " (364 734,36 euros) et des comptes de classe 70, produits tirés de prestations de service, d'opérations domaniales et de ventes diverses (475 000 euros), soit un montant de 839 734,36 euros. Si les dépenses du service non couvertes par les recettes non fiscales s'élèvent ainsi, selon la prévision budgétaire de l'EPT, à la somme de 46 312 229,49 euros, le requérant conteste toutefois la sincérité de l'affectation de dépenses dites indirectes, constituées de charges à caractère général et de charges de personnels et frais assimilés.
7. En premier lieu, s'agissant du chapitre 65 relatif aux dépenses de fonctionnement, l'EPT fait valoir que les sommes correspondent au versement de la collectivité au SYCTOM, délégataire du traitement et de la valorisation des déchets, et aux versements effectués au titre du Contrat d'Objectifs Déchets et Economie Circulaire (CODEC), lequel consiste en des subventions à des associations et à d'autres organismes. Aucune disposition légale ou réglementaire ne faisant obstacle à ce que, au titre de ses actions de prévention dans le cadre de l'économie circulaire, la collectivité subventionne, à des fins d'incitation notamment, des organismes de droit privé s'inscrivant dans le cadre de cette politique, la contestation du principe de cette imputation budgétaire ne peut qu'être écartée. Toutefois, si M. A ne conteste pas sérieusement le principe de l'imputation des sommes versées au SYCTOM, lesquelles peuvent être prises en compte pour le calcul du budget annexe relatif à la taxe d'enlèvement sur les ordures ménagères, l'établissement public ne justifie en revanche pas les versements d'un montant de 360 000 euros effectués au titre du contrat d'objectifs déchets et économie circulaire, lesquels font l'objet d'une contestation sérieuse de la part du requérant.
8. En second lieu, toutefois, si l'EPT soutient que les charges indirectes de personnel correspondent à une partie des personnels de la Direction de la Prévention et Valorisation des Déchets-DPVD (2 522 003,92 euros), il ne conteste pas que les effectifs de la DPVD regroupent à la fois les services de gestion des déchets (fonction 812) et ceux de la propreté urbaine (fonction 813), ces derniers ne pouvant, en vertu des dispositions de l'article 1520 du code général des impôts, être financés par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Le requérant, qui conteste expressément l'affectation des dépenses indirectes comptabilisées par l'EPT, démontre également l'importance des effectifs dédiés à la propreté urbaine au sein de la DPVD, en produisant une note de service du mois de décembre 2018 établissant qu'au sein de l'une des deux composantes de l'Unité Territoriale Sud, qui constitue elle-même l'une des deux composantes de la direction, 55 postes sont exclusivement affectés à la fonction 813. Dès lors, en se bornant à affirmer que le périmètre financier de la masse salariale affectée à la fonction 812 était programmatiquement fixé à la somme de 2 511 003,92 euros, propos étayés par le biais d'un tableau peu probant retraçant le volume d'activité de l'une et de l'autre activité par une évaluation à la tonne de déchets traités, sans apporter davantage de justificatifs d'une telle imputation alors que les personnels sont également affectés à l'exercice d'une autre compétence, l'EPT Est Ensemble ne justifie pas, alors que la charge de la preuve lui incombe au vu de la contestation sérieuse des affectations budgétaires qu'il a adoptées, que les dépenses indirectes comptabilisées dans l'état annexe du budget primitif 2020 seraient justifiées pour au moins la somme de 2 522 003,92 euros. Par ailleurs, à supposer même que certains frais de structure et d'encadrement inclus dans cette estimation concernent nécessairement l'activité de traitement des ordures ménagères, l'établissement public n'apporte aucun élément permettant de les évaluer ni qu'ils seraient de nature à contenir l'excédent de recettes de TEOM à 15% au plus des dépenses prévisionnelles non couvertes par des recettes non fiscales engagées pour le service de la collecte et du traitement des déchets. Il résulte de tout ce qui précède que les dépenses du service non couvertes par des recettes non fiscales s'élèvent à la somme de 43 430 225,5 euros (47 151 963,85 - 2 522 003.93 - 839 734,36 - 360 000). Le produit de la TEOM résultant du taux voté s'élève quant à lui au montant de 52 652 667 euros, ce dont il résulte donc un excédent de 9 222 441,5 euros, soit un dépassement de 17,6% qui est de nature à faire regarder le taux voté comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre elle, il y a lieu d'annuler la délibération du 4 février 2020 n° CT 2020-02-04-7 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2020 comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, au vu de ce qui précède et en tout état de cause, de statuer sur les conclusions à fin de productions des différents documents administratifs sollicités par le requérant.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme que lui réclame l'EPT Est Ensemble sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etablissement public territorial Est Ensemble une somme de 300 euros à verser à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 4 février 2020 n° CT 2020-02-04-7 par laquelle l'EPT Est Ensemble a voté le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères 2020 est annulée.
Article 2 : L'EPT Est Ensemble versera une somme de 300 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et à l'Etablissement Public territorial Est Ensemble.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
M. Laforêt, premier conseiller,
M. Thébault, conseiller,
Rendu public par mise au disposition au greffe le 17 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. Thébault
Le président,
Signé
J. Charret
La greffière,
Signé
I. Serveaux
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026