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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2003017

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2003017

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2003017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantS.E.L.A.F.A CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 6 mars 2020 et 15 décembre 2021, Mme A C, représentée par la SELAFA (société d'exercice libéral à forme anonyme) Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 18 septembre 2019, révélée par un courriel du même jour, par laquelle le département de F a refusé de la nommer en qualité de rédacteur stagiaire, ainsi que la décision implicite de refus née du silence gardé par cette autorité sur son recours gracieux, réceptionnée le 6 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de la nommer rédacteur stagiaire à compter du

9 septembre 2019 et de procéder à sa reconstitution de carrière, à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département de F une somme de

2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision du 18 septembre 2019 attaquée est entachée d'incompétence ;

- les deux décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2021, le département de F conclut au rejet de la requête.

Le département de F fait valoir que la requête est irrecevable car tardive et qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par un courrier en date du 17 janvier 2023, le département de F, a été invité, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire une pièce complémentaire. Il a produit cette pièce le 25 janvier 2023, laquelle a été communiquée à la requérante le lendemain, sur le fondement des mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012 ;

- le décret n° 2013-593 du 5 juillet 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, recrutée comme contractuelle par le département de F en 2005, titularisée comme adjointe administrative le 2008, inscrite sur la liste d'aptitude au concours interne de rédacteur territorial le 2014, suspendue le 2014, révoquée le 2017, puis réintégrée à compter du 2017 à la suite de la suspension puis de l'annulation de cette révocation par le tribunal administratif de Montreuil, demande l'annulation de la décision, révélée par un courriel en date du 18 septembre 2019, par laquelle le directeur du département de F a refusé de la nommer rédacteur stagiaire, ainsi que l'annulation de la décision implicite de refus née du silence gardé par cette autorité sur sa demande, réceptionnée le 6 novembre 2019, de réexamen de sa situation. Elle demande également qu'il soit enjoint au département de F de la nommer rédacteur stagiaire à compter du 9 septembre 2019 et de procéder à la reconstitution de sa carrière.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A- En ce qui concerne la légalité externe :

2. Le département de F a produit un arrêté en date du 15 février 2018, devenu exécutoire le 20 février 2018, par lequel le président du conseil départemental donne délégation à M. E, signataire de la décision du 18 septembre 2019 contestée, pour signer notamment l'ensemble des actes liés à la carrière des agents de toutes les catégories. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

I.B- En ce qui concerne la légalité interne :

3. Aux termes de l'article 39 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration ou à une organisation internationale intergouvernementale, non seulement par voie de concours, selon les modalités définies au 2° de l'article 36, mais aussi par la nomination de fonctionnaires ou de fonctionnaires internationaux, suivant l'une des modalités ci-après : / 1° Inscription sur une liste d'aptitude après examen professionnel ;/ 2° Inscription sur une liste d'aptitude établie par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. () / Chaque statut particulier peut prévoir l'application des deux modalités ci-dessus, sous réserve qu'elles bénéficient à des agents placés dans des situations différentes () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 44 de cette même loi: " Chaque concours donne lieu à l'établissement d'une liste d'aptitude classant par ordre alphabétique les candidats déclarés aptes par le jury. Lorsque les statuts particuliers le prévoient, les concours peuvent être organisés par spécialité et, le cas échéant, par discipline./L'inscription sur une liste d'aptitude ne vaut pas recrutement./() / Toute personne déclarée apte depuis moins de quatre ans ou, si celui-ci est intervenu au-delà de ce délai, depuis le dernier concours, peut être nommée dans un des emplois auxquels le concours correspondant donne accès ; la personne déclarée apte ne bénéficie de ce droit la troisième et la quatrième années qu'à la condition d'avoir demandé par écrit à être maintenue sur ces listes au terme des deux premières années suivant son inscription initiale et au terme de la troisième. Le décompte de cette période de quatre ans est suspendu pendant la durée des congés parental, de maternité, d'adoption, de présence parentale et d'accompagnement d'une personne en fin de vie, ainsi que du congé de longue durée et de celle de l'accomplissement des obligations du service national. Il est également suspendu pour les élus locaux jusqu'au terme de leur mandat. Il est également suspendu lorsqu'un agent contractuel est recruté pour pourvoir un emploi permanent sur le fondement de l'article 3-1 de la présente loi alors qu'il est inscrit sur une liste d'aptitude d'accès à un cadre d'emplois dont les missions correspondent à l'emploi qu'il occupe./Le décompte de cette période de quatre ans est également suspendu pour la personne qui a conclu un engagement de service civique prévu à l'article L. 120-1 du code du service national, à la demande de cette personne, jusqu'à la fin de cet engagement./() ". En outre, aux termes de l'article 8 du décret du 30 juillet 2012 portant statut particulier du cadre d'emplois des rédacteurs territoriaux : " Peuvent être inscrits sur la liste d'aptitude prévue au 2° de l'article 39 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : / I. - Les fonctionnaires relevant du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux, titulaires du grade d'adjoint administratif principal de 1re classe et comptant au moins dix ans de services publics effectifs, dont cinq années dans ce cadre d'emplois en position d'activité ou de détachement. / II. - Les fonctionnaires relevant du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux comptant au moins huit ans de services publics effectifs, dont quatre années au titre de l'exercice des fonctions de secrétaire de mairie d'une commune de moins de 2 000 habitants, et titulaires de l'un des grades suivants :/ 1° Adjoint administratif principal de 1re classe ; / 2° Adjoint administratif principal de 2e classe () ". Enfin aux termes de l'article 24 du décret du 5 juillet 2013 relatif aux conditions générales de recrutement et d'avancement de grade applicables aux fonctionnaires de la fonction publique territoriale : " Toute personne, inscrite sur une liste d'aptitude, qui n'est pas nommée au terme d'un délai de deux ans après cette inscription est réinscrite sur la même liste dans les conditions prévues au quatrième alinéa de l'article 44 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée après que l'autorité compétente a reçu confirmation par écrit de sa candidature dans un délai d'un mois avant ce terme ".

4. Il résulte des dispositions précitées des articles 44 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et 24 du décret du 5 juillet 2013 relatif aux conditions générales de recrutement et d'avancement de grade applicables aux fonctionnaires de la fonction publique territoriale que le lauréat d'un concours de la fonction publique territorial est inscrit sur la liste d'aptitude du grade à l'accès duquel ouvre droit ce concours pour une durée de deux ans qui peut être prolongée sous certaines conditions pour une nouvelle durée de deux ans et suspendue pour certains motifs. Mme C, qui, après avoir réussi le concours interne de rédacteur territorial, était inscrite sur la liste d'aptitude à compter du 2014, a perdu le bénéfice de ce concours le 2018. La circonstance qu'elle ait été révoquée à tort par l'administration puis réintégrée, ne fait pas partie des cas de figure listés par l'article 44 de la loi du 26 janvier 1984 permettant de suspendre le délai maximal de quatre ans d'inscription sur la liste d'aptitude. Par conséquent elle ne remplissait plus, à la date de la décision attaquée, les conditions prévues par ces dispositions pour pouvoir être nommée au grade de rédacteur par la voie du concours. En outre, elle ne saurait utilement se prévaloir de ce que l'administration a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en ne l'inscrivant pas sur la liste d'aptitude au choix dès lors que, n'étant pas adjointe administrative principale, elle ne remplissait pas les conditions fixées par l'article 8 du décret du 30 juillet 2012 portant statut particulier du cadre d'emplois des rédacteurs territoriaux pour pouvoir être inscrite sur cette liste. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme C doit être rejetée.

II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

III- Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C réclame au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département de F.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. DLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de F, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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