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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2003112

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2003112

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2003112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantLAFARGE ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2020, M. C A, représenté par Me Lumbroso, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2020, prise sur recours administratif préalable, par laquelle le directeur Maîtrise des risques de l'agence Pôle emploi de Vitry-sur-Seine a confirmé sa décision de la radier de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de douze mois à compter du 5 novembre 2019, ensemble la décision du 23 décembre 2019 par laquelle le directeur de l'agence l'a mis en demeure de rembourser la somme de 64 485, 14 euros ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du 10 janvier 2020 est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2021, Pôle emploi, représenté par Me Bodin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions dirigées contre la décision du 23 décembre 2019, qui porte sur l'allocation de retour à l'emploi, qui relève des juridictions judiciaires, et que les conclusions dirigées contre la lettre du 10 janvier 2020 sont irrecevables et, en tout état de cause, non fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est inscrit comme demandeur d'emploi depuis le 9 août 2019. D'une part, par décision du 5 novembre 2019, confirmée sur recours préalable obligatoire le 10 janvier 2020, le directeur Maîtrise des risques de l'agence Pôle emploi de Vitry-sur-Seine a prononcé la radiation de M. A de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de douze mois et la suppression définitive de ses allocations. D'autre part, par courrier du 23 décembre 2019, le directeur de cette agence lui a rappelé, qu'il avait été informé, par lettre du 16 octobre 2019, de ce que, durant la période du 12 février 2015 au 30 septembre 2019, 64 485,14 euros au titre de son allocation d'aide au retour à l'emploi lui avaient été versés à tort et l'a mis en demeure de rembourser cette somme avant le 23 janvier 2020. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la décision du 23 décembre 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail : " Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière a pour mission de : () 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et, pour le compte de l'Etat ou du fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24, le service des allocations de solidarité prévues à la section 1 du chapitre III du titre II du livre IV de la présente partie, de la prime de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-1 pour les bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire mentionnée à l'article L. 5425-3, des allocations mentionnées à l'article L. 5424-21 ainsi que de toute autre allocation ou aide dont l'Etat lui confierait le versement par convention () ". Aux termes de l'article L. 5312-12 du même code : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime chômage, de l'Etat ou du Fonds de solidarité prévu à l'article L.5423-24 sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ".

3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a souhaité que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce, reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime conventionnel d'assurance chômage.

4. Les litiges relatifs au paiement des allocations d'assurance chômage relevaient, antérieurement à la création de l'institution nationale " Pôle emploi ", de la compétence du juge judiciaire. Ces allocations, dont l'allocation de retour à l'emploi, étaient alors versées par les associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assédic), organisme de droit privé. La substitution de Pôle Emploi à l'Assédic n'a pas d'incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour en connaître. Par suite, il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de se prononcer sur ces litiges.

Sur la décision du 10 janvier 2020 :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

Sur la compétence du signataire et sur la motivation de la décision :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les moyens tirés de l'incompétence du signataire et du défaut de motivation de la décision attaquée sont, en tout état de cause, inopérants et doivent, par suite, être écartés.

Sur le bien-fondé de la décision :

7. L'article R. 5412-4 du code du travail précise que : " Le retrait du bénéfice du revenu de remplacement pour l'un des motifs énumérés à l'article R. 5426-3 entraîne pour l'intéressé la radiation de la liste des demandeurs d'emploi ". En outre, aux termes de l'article R. 5426-3 du même code : " Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 supprime le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 pour une durée limitée ou définitivement selon les modalités suivantes : () 3° En cas de manquement mentionné à l'article L. 5412-2 et, en application du deuxième alinéa de l'article L. 5426-2, en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, il supprime ce revenu de façon définitive. Toutefois, lorsque ce manquement est lié à une activité non déclarée d'une durée très brève, le revenu de remplacement est supprimé, en cas de premier manquement, pour une durée de deux à six mois et, en cas de manquements répétés, de façon définitive () ".

8. M. A soutient que Pôle emploi avait connaissance de ses activités professionnelles, et qu'il lui transmettait ses bulletins de salaires. Toutefois, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction ou des pièces produites que M. A avait bien déclaré ces emplois. En outre, alors que M. A était indemnisé comme demandeur d'emploi, sur la période du 12 février 2015 au 30 septembre 2019, il poursuivait diverses activités professionnelles non déclarées en tant que président de trois sociétés, depuis le 26 mars 2016, du 21 juin 2017 au 31 juillet 2018 et depuis le 14 septembre 2018, sans que les documents demandés pour ces sociétés n'aient été transmis à Pôle emploi. Par suite, Pôle emploi a pu, en application des dispositions précitées du code du travail, et sans entacher ses décisions d'erreur d'appréciation, prononcer la radiation du requérant de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de douze mois ainsi que son exclusion définitive du revenu de remplacement.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles au titre des dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision du 23 décembre 2019 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A dirigées contre la décision du 10 janvier 2020 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à Pôle emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

H. BLa greffière,

Signé

T. Chonville

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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