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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2003421

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2003421

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2003421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantBONNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2020, M. C D, représenté par Me Bonnin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 octobre 2019 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre le refus de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis de lui octroyer le bénéfice du revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active, avec intérêts au taux légal, pour les périodes du 8 février 2018 au 9 juillet 2018 et du 1er novembre 2018 au 10 juin 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit : il est ressortissant d'un Etat de l'Union européenne et que le 2° de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles ne lui est pas applicable.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Par une décision du 27 décembre 2019, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant polonais, est entré en France en novembre 2014 et a bénéficié d'une ouverture de droits au titre de l'allocation de retour à l'emploi. Après examen de sa situation au regard du droit au séjour, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 30 mars 2018, rejeté sa demande à bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active. Le recours administratif formé par M. D le 3 mai 2018 a été rejeté par une décision expresse du 31 octobre 2019. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur le droit au revenu de solidarité active :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées est inopérant et ne peut qu'être rejeté.

3. Aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; 2° Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". Aux termes de l'article L. 262-6 du même code : " Par exception au 2° de l'article L. 262-4, le ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doit remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et avoir résidé en France durant les trois mois précédant la demande. () ".

4. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au jour du présent jugement : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

5. Il résulte des articles L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, A 121-1, L. 122-1, L. 122-2 et R. 121-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Au-delà de trois mois, un tel droit au séjour est notamment ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France et, au-delà de cinq ans de résidence légale et ininterrompue, il est acquis à titre permanent. Enfin, le droit au séjour supérieur à trois mois au titre de l'exercice d'une activité professionnelle est maintenu, pendant six mois, au ressortissant qui se trouve en chômage involontaire dûment constaté à la fin d'un contrat de travail à durée déterminée inférieure à un an et, sans limitation de durée, au ressortissant qui se trouve dans une telle situation après avoir été employé pendant plus d'un an et s'est fait enregistrer en qualité de demandeur d'emploi auprès du service de l'emploi compétent.

6. En outre, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

7. Il résulte de l'instruction que M. D, qui réside en France depuis novembre 2014, a exercé une activité professionnelle au moins du 10 juillet 2018 au 31 octobre 2018 et du 11 juin 2019 au 31 décembre 2019. Dans ces conditions, M. D établit qu'il remplit au moins l'une des conditions fixées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un droit au séjour pour une durée supérieure à trois mois. Par suite, en lui refusant le bénéfice du revenu de solidarité active au seul motif qu'il ne justifiait pas d'un droit au séjour au sens des dispositions de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles le directeur de la caisse d'allocations familiales a entaché sa décision d'erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision en litige doit être annulée, le motif de cette annulation impliquant seulement qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de réexaminer la demande de l'intéressé dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Le tribunal n'étant pas en mesure de fixer les droits de l'intéressé pour les périodes en cours, il y a lieu de renvoyer M. D devant la caisse d'allocations familiales afin qu'elle procède à la fixation de ses droits pour la période en litige sur la base des motifs du jugement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis du 31 octobre 2019 est annulée.

Article 2 : M. D est renvoyé devant la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis afin qu'elle procède à la fixation de ses droits pour la période en litige sur la base des motifs du jugement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au département de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

H. Marias

La greffière,

Signé

T. Chonville

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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