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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2003462

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2003462

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2003462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantGOZLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 18 mars 2020, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) INAH, représentée par Me Gozlan, demande au tribunal, à titre principal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 3 septembre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII ) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 200 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros, ensemble, la décision du 3 février 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux ; subsidiairement, de lui accorder les plus larges délais de paiement ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle est de bonne foi : elle a été trompée par les documents transmis par M. A ; celui-ci était à l'essai dans la perspective d'un futur poste de cuisinier ; des circonstances particulières et une situation d'urgence l'ont conduite à confier les clés du restaurant à M. B, son neveu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître de conclusions tendant à l'octroi de délais de paiement des contributions spéciale et forfaitaire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 21 février 2019, les services de police assistés notamment par des inspecteurs de l'URSSAF ont constaté, au sein du restaurant à l'enseigne La Finale, situé à Saint-Denis, exploité par la société INAH, la présence en action de travail de deux ressortissants algériens, dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. Au vu du procès-verbal établi lors de cette opération de contrôle, le directeur général de l'OFII a, par une décision du 3 septembre 2019, infligé à la société INAH la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 200 euros, et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros, pour l'emploi des deux salariés étrangers en cause. La société INAH a formé un recours gracieux le 2 janvier 2020, qui a été rejeté par l'OFII le 3 février 2020. Par sa requête, la société INAH demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " () l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de son article R. 8253-2 : " I. -Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7./ III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 code du travail pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

4. Il ressort des procès-verbaux de police du 21 février 2019, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que deux ressortissants de nationalité algérienne ont été trouvés en action de travail dans la cuisine du restaurant. Le premier a reconnu être employé dans l'établissement depuis le 18 février 2019, de 10 heures à 21 heures, soit dans des conditions régulières d'emploi, afin d'exercer principalement les fonctions de préparateur, ajoutant que n'ont été évoqués avec son employeur ni les repos ni le montant de son salaire. Lors de son embauche, il est constant qu'il n'a montré au gérant que ses anciennes fiches de paie et son ancien contrat de travail. Si la société INAH allègue que l'intéressé était candidat à un poste de cuisinier, il lui appartenait, préalablement à l'emploi, même à l'essai, de vérifier la régularité de sa situation. Le second était revêtu d'un tablier qu'il a retiré à la vue des agents de contrôle pour courir à l'étage et se réfugier dans les toilettes. Ce dernier a reconnu lors de son audition qu'il avait pris la fuite, sachant qu'il n'était pas autorisé à travailler en France, étant demandeur d'asile, qu'il lavait des assiettes et qu'il venait de temps en temps pour aider dans le restaurant de son oncle. Ces déclarations viennent ainsi contredire les allégations du gérant, selon lesquelles l'assistance à sa femme victime d'un malaise sur la route l'aurait, dans cette situation d'urgence, contraint à confier les clés du restaurant à son neveu. Par suite, et sans que la société INAH puisse utilement invoquer sa bonne foi, l'OFII était fondé à mettre à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire.

5. Il résulte de ce qui précède que la société INAH n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige.

Sur les conclusions tendant à obtenir des délais de paiement :

6. Il n'appartient pas au juge administratif de connaître de conclusions tendant à l'octroi de délais de paiement des contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par la société requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SARL INAH au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Sarl INAH est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme à responsabilité limitée INAH, et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président,

Signé

SignéH. MariasA. MyaraLa greffière,

Signé

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003462

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