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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2003749

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2003749

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2003749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantINGELAERE BENJAMIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 25 mars 2020 sous le n° 2003749, M. G E, représenté par Me Ingelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 février 2020 par lequel la maire de la ville de B a prononcé à son encontre la sanction de mise à la retraite d'office à compter du 1er avril 2020 ;

2°) d'enjoindre à la ville de B de le réintégrer dans ses fonctions ;

3°) de mettre à la charge de la ville de B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- ils ne sont pas constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire ;

- la sanction est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés le 2 juillet 2020 et le 4 février 2021, la ville de B conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2021 à 12h par une ordonnance du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête enregistrée le 4 juin 2020 sous le n° 2005198, M. G E, représenté par Me Ingelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2020 par lequel la maire de la ville de B a reporté la date d'effet de la sanction de mise à la retraite d'office prononcée à son encontre le 26 février 2020 au 15 juin 2020 ;

2°) d'enjoindre à la ville de B de le réintégrer dans ses fonctions à compter de la présente décision ;

3°) de mettre à la charge de la ville de B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté du 26 février 2020 prononçant la sanction de mise à la retraite d'office.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2021, la ville de B conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2021 à 12h par une ordonnance du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a été recruté par la ville de B le en qualité d' de 2ième catégorie contractuel, puis a été titularisé le . Il a accédé au grade des adjoints techniques le . Il exerce des fonctions de . Par une première requête n° 2003749 enregistrée le 25 mars 2020, il demande l'annulation de l'arrêté du 26 février 2020 par lequel la maire de la ville de B a prononcé à son encontre la sanction de mise à la retraite d'office à compter du 1er avril 2020. Par une seconde requête n° 2005198, enregistrée le 4 juin 2020, il demande l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2020 reportant la date d'effet de la sanction prise à son encontre au 15 juin 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2003749 et n° 2005198 présentées par M. E concernent la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 26 février 2020 prononçant la sanction de mise à la retraite d'office :

3. La sanction de mise à la retraite d'office contestée a été prise aux motifs que d'une part, l'intéressé avait " ouvert en 2008, à son nom et à son adresse personnelle déclarée à la ville un élevage de chevaux sous la dénomination " élevage de A " sans demande d'autorisation préalable à la ville " et d'autre part, il apparaissait " en juin 2019 sur le site internet du " domaine de A ", exploitation agricole ouverte en 2016 par sa compagne, () comme éleveur, conseiller technique, manipulateur et entraîneur de jeunes chevaux, et que les éléments produits n'ont pas permis d'apporter la preuve d'une réelle étanchéité entre les activités de " l'élevage de A " et celles du " domaine de A ".

4. Aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date du 1er septembre 2008 : " I. - Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public consacrent l'intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Ils ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. II. - L'interdiction d'exercer à titre professionnel une activité privée lucrative et le 1° du I ne sont pas applicables : 1° Au fonctionnaire ou agent non titulaire de droit public qui, après déclaration à l'autorité dont il relève pour l'exercice de ses fonctions, crée ou reprend une entreprise. (). ". Cette dérogation ne pouvait excéder trois ans.

5. L'article 25 septiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à compter du 22 avril 2016 maintient les interdictions de cumul avec une activité privée lucrative et prévoit désormais : " () Il est interdit au fonctionnaire : 1° De créer ou de reprendre une entreprise (), s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; (). ".

6. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ".

7. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () ; Quatrième groupe : la mise à la retraite d'office ; la révocation. ".

8. M. E ne conteste pas avoir créé le une activité d'élevage de chevaux intitulée " l'élevage de A ", sans avoir préalablement sollicité l'autorisation exigée par les dispositions de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 rappelées au point 4. Cette activité, qui prévoit notamment, , la prise en pension rémunérée de chevaux, présente ainsi un caractère lucratif. Si l'intéressé fait valoir qu'il n'aurait pas perçu de rémunération de cette activité, cette circonstance, à la supposer même établie, n'est en tout état de cause pas de nature à lui retirer son caractère lucratif. Si M. E conteste également toute participation dans l'exploitation agricole créée par sa compagne et intitulée " le domaine de A ", il n'apporte toutefois pas d'élément permettant de remettre en cause ses fonctions . La circonstance qu'il n'aurait pas été en mesure, en raison de son état de santé, d'exercer " de fait " cette activité est sans incidence sur les manquements constatés. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à M. E doit être regardée comme établie.

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

10. Les faits reprochés à M. E, contrevenant aux dispositions de l'article 25 septiès susmentionnées sur le cumul d'activité, constituent des manquements graves aux obligations professionnelles de l'intéressé justifiant le prononcé d'une sanction disciplinaire. Toutefois, eu égard à la nature des activités accessoires exercées, à la modicité des revenus potentiellement perçus, soit un chiffre d'affaires annuel de 1312 euros pour l'exploitation agricole depuis 2016 ainsi qu'à la manière de servir satisfaisante de l'intéressé depuis son recrutement en 1982 et à l'absence de toute précédente sanction disciplinaire, la maire de la ville de B a, dans les circonstances de l'espèce, pris une sanction disproportionnée en décidant de prononcer à l'encontre de l'intéressé une sanction du quatrième groupe, soit une mise à la retraite d'office.

11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 février 2020 par lequel la maire de la ville de B a prononcé à son encontre la sanction de mise à la retraite d'office.

En ce qui concerne l'arrêté du 27 mai 2020 reportant la date d'effet de la sanction au

15 juin 2020 :

12. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 27 mai 2020 reportant la date d'effet de la sanction prise à l'encontre de M. E au 15 juin 2020 doit, par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'annulation d'une décision prononçant une sanction de mise à la retraite d'office implique nécessairement la réintégration juridique de l'agent pendant la période où il a été illégalement exclu, ainsi que la reconstitution de sa carrière. Il y a donc lieu d'enjoindre à la ville de B de réintégrer M. E dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de B une somme de 1 500 euros à verser à M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 février 2020 par lequel la maire de la ville de B a prononcé à l'encontre de M. E la sanction de mise à la retraite d'office avec effet au 1er avril 2020 est annulée.

Article 2 : L'arrêté en date du 27 mai 2020 par lequel la maire de la ville de B a reporté la date d'effet de la sanction de mise à la retraite d'office au 15 juin 2020 est annulée.

Article 3 : Il y a lieu d'enjoindre à la ville de B de réintégrer M. E dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La ville de B versera une somme de 1 500 euros à M. E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et à la ville de B.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,La présidente,Signé Signé Mme de BouttemontMme FLa greffière,Signé Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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