vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2004154 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BOUKHELOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2020 et le 5 juillet 2021,
Mme B E, représentée par Me Boukheloua, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2019 par lequel le ministre de l'intérieur lui a infligé une sanction de révocation, ensemble la décision implicite par laquelle il a rejeté son recours gracieux dirigé contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- la sanction repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis et est disproportionnée dès lors qu'elle a seulement fait preuve de faiblesse sans aucune intention de nuire, qu'il n'y a jamais eu de falsification de documents concernant les cinq demandeurs d'asile, que l'absence de convocation pour aider la cousine de l'époux d'une collègue relève d'une erreur d'appréciation, que si elle a aidé une cousine éloignée pour obtenir un rendez-vous, elle n'a pas établi de " convocation falsifiée ", s'il lui est arrivé d'intervenir dans la processus d'avancement d'un dossier, ce n'était qu'à titre humanitaire et sans contrevenir aux règles du séjour des étrangers en France et que la partie adverse n'a jamais pris en compte ses états de service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 juillet 2021, la clôture d'instruction a été rouverte et fixée au
6 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, fonctionnaire titulaire au grade d'adjointe administrative de deuxième classe du ministère de l'intérieur, affectée au bureau de l'asile de la préfecture de
Seine-Saint-Denis, a fait l'objet d'une procédure disciplinaire. Par un arrêté du 23 octobre 2019, pris après l'avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline le
12 septembre 2019, le ministre de l'intérieur a prononcé la révocation de Mme E. Elle a alors formé, le 13 décembre 2019, un recours gracieux contre cette décision, lequel a été implicitement rejeté par le silence gardé pendant plus de deux mois sur sa demande. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2019 par lequel le ministre de l'intérieur lui a infligé une sanction de révocation, ensemble la décision implicite par laquelle il a rejeté son recours gracieux dirigé contre cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'État et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'État ; () ".
3. L'arrêté du 23 octobre 2019 a été signé pour le ministre de l'intérieur par
Mme D A, directrice des ressources humaines à l'administration centrale du ministère de l'intérieur, qui a été nommée dans ses fonctions à compter du 29 juillet 2019, par un décret du 24 juillet 2019, publié au Journal officiel de la République française du 25 juillet 2019. Dès lors, en vertu des dispositions précitées, Mme A pouvait régulièrement signer l'arrêté attaqué au nom du ministre. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Selon le dernier alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
5. L'arrêté en litige vise en particulier les articles 19, 25 et 29 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, fait mention des différents griefs retenus à l'encontre de la requérante, et indique que les agissements sont constitutifs de graves manquements aux obligations de servir, de loyauté et d'intégrité attendues d'un fonctionnaire et de nature à remettre en cause la politique publique d'asile mise en œuvre par le ministère de l'intérieur, avant de conclure que les fautes commises ont entraîné une rupture du lien de confiance de la part de l'administration et ne permettent pas le maintien de l'intéressée dans la fonction publique. Eu égard à l'ensemble des éléments mentionnés dans l'arrêté en litige,
Mme E n'est pas fondée à soutenir que celui-ci serait insuffisamment motivé. Un tel moyen doit par suite être écarté.
6. En troisième lieu, en l'absence de disposition législative ou réglementaire prévoyant cette formalité, le défaut de communication à l'intéressée de l'avis du conseil de discipline du 12 septembre 2019 préalablement à l'intervention de la mesure disciplinaire contestée n'a pas été de nature à entacher d'irrégularité ladite mesure. Par suite, le moyen en ce sens doit être écarté.
7. Selon l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / Deuxième groupe : la radiation du tableau d'avancement ; l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; le déplacement d'office. / Troisième groupe : la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / Quatrième groupe : la mise à la retraite d'office ; la révocation. ()".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Selon les termes de la décision attaquée, il est reproché à Mme E d'avoir indument procédé à l'enregistrement d'un demandeur d'asile et reçu ce dernier en préfecture alors qu'elle n'avait pas suivi la procédure réglementaire de demande de rendez-vous auprès de la structure du premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA), d'avoir commis plusieurs irrégularités, dans l'enregistrement indu de treize demandeurs d'asile, hors du dispositif SPADA, d'avoir mis en échec des mesures d'éloignement prises à l'encontre de deux demandeurs d'asile et d'avoir adressé des informations à des usagers de son cercle familial ou amical sur l'état d'avancement de leur dossiers dont elle n'avait pas à connaître. Pour établir ces griefs, l'arrêté se fonde sur les constatations et vérifications du service ainsi que sur le rapport d'enquête de l'inspection générale de l'administration rendu en avril 2019, qui a auditionné la requérante, et qui conclut à la responsabilité de l'intéressée, d'une part, quant aux dossiers de demandeurs d'asile en ayant accordé des rendez-vous indus à des demandeurs d'asile ou omis de demander une mesure d'éloignement à leur encontre, et, d'autre part, quant aux dossiers de demandes de titres de séjour pour lesquels elle a reçu et renseigné certains demandeurs et a demandé à sa collègue d'obtenir des rendez-vous indus. Si la requérante conteste avoir falsifié des documents pour cinq demandeurs d'asile et avoir établi une " convocation falsifiée " pour un usager, le caractère falsifié des convocations ou documents n'a en tout état de cause pas été retenu comme grief à l'encontre de la requérante. Si, concernant les autres faits litigieux, la requérante indique qu'elle a seulement fait preuve de faiblesse ou commis des erreurs d'appréciation sans aucune intention de nuire à l'administration, et que s'il lui est arrivé d'intervenir dans le processus d'avancement d'un dossier, ce n'était qu'à titre humanitaire, Mme E ne conteste pas sérieusement leur matérialité, laquelle a également été reconnue par le conseil de discipline. Enfin, si elle soutient avoir agi à titre humanitaire et ne pas avoir méconnu les règles du séjour des étrangers en France, il ressort, toutefois, du rapport d'enquête de l'inspection générale de l'administration rendu en avril 2019 que la requérante a reconnu avoir inscrit en procédure normale un demandeur d'asile qui aurait dû faire l'objet de la procédure accélérée et ne pas avoir formulé de demandes d'obligation de quitter le territoire français pour les demandeurs pourtant déboutés de l'asile. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments, que les faits reprochés à Mme E sont matériellement établis et qu'ils constituent une faute de nature à justifier une sanction.
10. Enfin, eu égard à la gravité des faits reprochés et à leur caractère répété, la sanction de la révocation prononcée n'est pas disproportionnée, en dépit de l'absence d'intention de nuire alléguée, des bons états de service de l'intéressée au titre des années précédant la sanction ainsi que de l'absence d'autre sanction durant la carrière de Mme E.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Lunshof, première conseillère,
Mme Courneil, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. C
La présidente,
Signé
V. Hermann Jager
La greffière,
Signé
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026