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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2004368

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2004368

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2004368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDOMORAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2020, M. D B, représenté par

Me Domoraud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 25 février 2020 par laquelle le directeur général de Pôle emploi lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le rapport sur lequel elle se fonde est entaché d'irrégularité dès lors qu'il est partial et repose sur des témoignages anonymes, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité interne :

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- aucune faute n'est caractérisée ;

- la sanction est disproportionnée ;

- il a déjà fait l'objet d'un rappel à l'ordre pour les mêmes faits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2021, Pôle emploi, représenté par

Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête.

Pôle emploi fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent contractuel de droit public de Pôle emploi recruté le , affecté depuis le à l'agence d'E et promu comme conseiller référent le , demande l'annulation de la décision en date du 25 février 2020, par laquelle le directeur général de Pôle Emploi lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un an.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A- En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui doit être regardé comme implicitement invoqué : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Et aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article 43-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, qui doit également être regardé comme implicitement invoqué : " () La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. () ".

3. La décision attaquée, après avoir visé le décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, en particulier son article

43-1 ainsi que le décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, notamment son titre VI, mentionne qu'il ressort d'une plainte d'un autre agent de sexe féminin, du témoignage écrit du directeur de l'agence et des témoignages de cinq autres agents que M. B a, dans le cadre de ses fonctions, adopté, à compter d', un comportement inapproprié en tenant des propos obscènes et ayant des gestes déplacés à connotation sexuelle, visant de façon répétée l'une de ses collègues et qu'il a tenu des propos obscènes et dégradants à connotation sexuelle à l'égard de plusieurs autres collègues de sexe féminin de l'agence. La décision ajoute que le comportement adopté par M. B génère un profond malaise auprès de ses collaboratrices et perturbe le bon fonctionnement du service, que les faits qui lui ont reprochés caractérisent un manquement à l'obligation de service ainsi qu'une atteinte à l'honneur et à la dignité de ses fonctions, que ce dernier a gravement manqué à ses obligations professionnelles et que ces faits constituent des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire. La décision attaquée mentionne enfin que les observations en défense présentées devant la commission de discipline ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits reprochés au requérant et leur caractère fautif. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En second et dernier lieu, aux termes de l'article article 31 du décret du

31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de l'Agence nationale pour l'emploi, qui doit être regardé comme implicitement invoqué : " La commission paritaire nationale siégeant en conseil de discipline est saisie par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire./Ce rapport doit indiquer les faits reprochés à l'agent et préciser les circonstances dans lesquelles ils se sont produits. () ".

5. D'une part, la circonstance que les agents qui ont mené l'enquête administrative n'aient pas interrogé l'ensemble des cinquante agents constituant le personnel de l'agence est sans incidence dès lors que le requérant n'établit pas, ni du reste ne soutient qu'il travaillait quotidiennement avec l'ensemble de ces cinquante agents. Par ailleurs, à supposer même que certains agents aient refusé de témoigner, la circonstance que le rapport destiné au conseil de discipline ne le mentionne pas serait également sans incidence, dès lors qu'une telle information serait sans intérêt. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, les témoignages qui sont en sa faveur sont succinctement analysés dans le rapport et sont de plus annexés à ce rapport. Enfin, est sans incidence la circonstance que les témoignages en sa faveur soient des comptes rendus d'entretiens téléphoniques rédigés par les agents qui ont mené l'enquête alors que les témoignages en sa défaveur résultent d'attestation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le rapport destiné au conseil de discipline, qui comporte tant des éléments en sa faveur qu'en sa défaveur, serait partial et pour cette raison entaché d'irrégularité.

6. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, le rapport au conseil de discipline n'est pas entièrement fondé sur des témoignages anonymisés dès lors qu'il comporte en annexe la plainte d'un agent de sexe féminin et une attestation du directeur de l'agence, qui ne le sont pas. Quant aux autres témoignages, leur anonymisation, est justifiée par Pôle emploi par le respect des dispositions de l'article L. 311-6-3° du code des relations entre le public et l'administration apportant des restrictions au caractère communicable des documents faisant apparaître le comportement d'une personne dès lors que ce comportement pourrait lui porter préjudice. Elle n'interdisait pas à cette dernière de se fonder sur ces témoignages, lesquels contenaient, au demeurant, des précisions suffisantes pour permettre au requérant de présenter utilement des observations. Dans ces conditions, le requérant, qui ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans le champ d'application desquelles ne rentre pas la procédure disciplinaire, n'est pas fondé à soutenir que le rapport destiné au conseil de discipline serait entaché d'irrégularité dès lors qu'il se fonde sur des témoignages anonymes.

I.B- En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article 43-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, qui doit être regardé comme implicitement invoqué : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal () ". Et aux termes de son article 43-2 : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes :/1° L'avertissement ;/2° Le blâme ;/3° L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ;/3° bis L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre jours à six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et de quatre jours à un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ;/4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement () ". Enfin, aux termes de l'article 28 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de l'Agence nationale pour l'emploi, qui doit également être regardé comme implicitement invoqué : " Par dérogation aux dispositions de l'article 43 du décret du 17 janvier 1986 susvisé, les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents de l'agence sont réparties en quatre groupes :/Premier groupe :/a) L'avertissement ;/b) Le blâme./ Deuxième groupe :/a) L'abaissement d'échelon ;/b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de six mois ;/c) Le déplacement d'office./Troisième groupe :/a) Le reclassement dans le niveau d'emplois immédiatement inférieur ;/b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois à deux ans./Quatrième groupe :/Le licenciement sans préavis ni indemnité./Seul l'avertissement n'est pas inscrit au dossier de l'agent. "

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. En premier lieu, il est reproché à M. B d'avoir, de façon répétée à compter de et plus particulièrement les , tenu des propos obscènes et eu des gestes déplacés à connotation sexuelle à l'encontre de l'une de ses collègues ainsi que d'avoir tenu des propos obscènes et dégradants à l'égard de plusieurs autres collègues de sexe féminin de l'agence. Ces faits sont étayés par plusieurs éléments de preuve à caractère concordant, à savoir la plainte de l'agent qui a été la victime principale du requérant, corroborée par deux témoignages d'autres agents ainsi que, pour ce qui concerne le comportement général de l'intéressé à l'égard de ses collègues de sexe féminin, les témoignages du directeur de l'agence et de cinq agents. La circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas avec exactitude les propos et les gestes reprochés à M. B est sans incidence, ces paroles et gestes étant détaillés dans le rapport soumis au conseil de discipline ainsi que la plainte et les témoignages annexés. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que la plainte de sa principale victime mentionne que l'agression du , au cours de laquelle ce dernier a appuyé son sexe contre le fessier de la plaignante, a eu lieu près de la alors que les témoins mentionnent qu'elle a eu ne saurait suffire à démontrer l'incohérence de cette plainte. Il en va de même, concernant l'agression du 27 novembre 2019, même si la plainte mentionne que M. B s'est appuyé contre la victime pour dire bonjour à une autre collègue alors que les témoignages font état de ce que M. B a fait la bise à cette autre collègue. Au surplus, si le requérant soutient qu'il n'était pas présent lors de ces agressions, le planning qu'il produit concerne une autre semaine que celle pendant laquelle ces agressions ont eu lieu. Par ailleurs, si deux agents ont témoigné en faveur de M. B en soutenant qu'il n'a jamais eu de comportements déplacés ou tenus de propos obscènes, ces deux témoignages sont sujets à caution dès lors que dans le premier, le témoin avoue être proche du requérant et que, dans l'autre, il fait état de ce que M. B n'était pas le seul dans l'agence à avoir ce type de comportement, mais qu'il ne " consommait " pas. En outre, est sans incidence la circonstance que les notations pour 2015, 2016, 2017 et 2018, antérieures aux faits, comportent des appréciations positives sur le travail du requérant. Enfin, les circonstances que le directeur de l'agence n'ait pas adressé d'avertissement au requérant et que ce dernier ait porté plainte sont sans incidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits doit être écarté.

10. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, les faits mentionnés au point précédent constituent tant un manquement à l'obligation de servir qu'une atteinte à la dignité des fonctions, comme le mentionne la décision attaquée, lesquels sont constitutifs de fautes appelant une sanction. Le moyen tiré de l'absence de faute doit donc être écarté.

11. En troisième lieu, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an, sanction du troisième groupe, ne présente pas de caractère disproportionné, eu égard au caractère répété des comportements déplacés et des propos obscènes du requérant à l'encontre de ses collègues de sexe féminin, propos et comportement qui avaient déjà fait l'objet d'un rappel à l'ordre le 4 mars 2019.

12. En quatrième et dernier lieu, un rappel à l'ordre ne constituant pas une sanction, le requérant ne saurait se prévaloir de la règle selon laquelle les mêmes faits ne peuvent pas donner lieu à deux sanctions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

II- Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B réclame au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à Pôle emploi.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. CLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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