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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2004922

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2004922

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2004922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2020, M. B A, représenté par Me Thouin-Palat et Me Boucard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2020 par laquelle la présidente de l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis a refusé de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge de l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'aucune mesure n'a été prise pour faire cesser les attaques et insultes, le harcèlement moral dont il a été victime, ainsi que pour le protéger à la suite des agissements d'un agent en charge de l'entretien de petites installations et de travaux d'électricité ou de plomberie ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard au comportement de l'agent en charge de l'entretien de petites installations et de travaux d'électricité ou de plomberie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2021, l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

28 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Moreau, représentant l'université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été élu directeur de l'institut universitaire de technologie (IUT) de Tremblay-en-France de l'université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis en 2014 et a été reconduit dans ces fonctions le 18 avril 2019. A la suite d'un signalement de la présidente de l'université en novembre 2018, le directeur de cabinet de la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a saisi le chef du service de l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) afin de diligenter une enquête administrative relative aux dysfonctionnements, aux situations de souffrance au travail et à l'incident survenuau sein de l'Institut universitaire de technologie (IUT) de Tremblay-en-France. Après enquête administrative menée entre début février et mars 2019 par deux inspecteurs de l'IGAENR, un rapport a été remis en juillet 2019. Par un arrêté du 24 septembre 2019, la présidente de l'université a, sur le fondement des faits constatés au cours de cette enquête, suspendu M. A de ses fonctions pour une durée maximale d'une année. Par un jugement n° 1912566 du 16 décembre 2021, le présent tribunal a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation de cette décision. Par décision du 20 janvier 2020, dont il demande l'annulation dans la présente instance, la présidente de l'université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis a refusé d'octroyer à l'intéressé le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 712-1 du code de l'éducation : " Le président de l'université par ses décisions, le conseil d'administration par ses délibérations et le conseil académique, par ses délibérations et avis, assurent l'administration de l'université ". Aux termes du 6° de l'article L. 712-3 du même code : " I.- Le conseil d'administration () autorise le président à engager toute action en justice () ". Et aux termes de l'article L. 712-2 de ce code : " Le président assure la direction de l'université. A ce titre : () 4° Il a autorité sur l'ensemble des personnels de l'université ".

3. M. A soutient que la décision en litige est entachée d'incompétence dès lors qu'elle a pour signataire la présidente de l'université et non son conseil d'administration. Toutefois, la présidente de l'université pouvait, sur le fondement des dispositions visées au point 2, rejeter la demande de M. A tendant au bénéfice des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, qui ne saurait, contrairement à ce que soutient le requérant, être assimilée à une action en justice nécessitant l'autorisation du conseil d'administration de l'université. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. D'une part, il ressort des termes de la décision en litige que celle-ci vise l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, l'article L. 712-2 du code de l'éducation ainsi que le décret n° 82-453 du 28 mai 1982. Elle comporte ainsi les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée. D'autre part, cette décision rappelle la teneur de la demande de protection fonctionnelle de M. A, décrit et justifie le bien-fondé des mesures prises à son égard, en particulier de la mesure de suspension qu'il estime " injustifiée et vexatoire ", en explicitant, dans le contexte décrit, les raisons pour lesquelles elles ne peuvent être regardées comme revêtant le caractère d'une sanction déguisée ou comme ayant pour objet de porter atteinte à sa dignité. Dès lors, cette décision, qui explicite les raisons pour lesquelles la demande de protection fonctionnelle de M. A, centrée sur les mesures prises à son encontre, est rejetée, comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement, quand bien même elle ne décrit pas les attaques et insultes dont il estime être victime, elles-mêmes très succinctement rapportées du reste dans sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / III.-Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

7. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

8. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus.".

9. Il appartient à un agent public, qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. M. A soutient qu'il devait bénéficier de la protection fonctionnelle en raison du harcèlement moral et de divers injures et agissements dont il aurait été victime. D'une part, il ressort des témoignages écrits produits par M. A que l'administratrice provisoire a, au cours d'une réunion tenue le 20 novembre 2019, exposé que l'intéressé encourrait des poursuites disciplinaires et pénales en raison de faits constatés et décrits par le rapport d'enquête administrative établi en juillet 2019 par l'IGAENR. Si, d'après certains des témoignages, l'administratrice aurait par ailleurs évoqué l'éviction de M. A de ses fonctions en des termes résolus et abrupts, une telle circonstance, à la supposer établie, n'est pas susceptible de faire présumer l'existence d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral à son égard et n'est pas davantage constitutive d'une menace ou injure à l'encontre du requérant. D'autre part, si M. A se prévaut de deux attestations identiques de représentants syndicaux selon lesquels lui-même et un autre maître de conférence auraient fait l'objet d'insinuations ou d'insultes xénophobes ou islamophobes au cours d'une réunion, de tels propos, indirectement rapportés à M. A, ne sont pas établis. Enfin, M. A soutient avoir fait l'objet d'une menace physique lorsqu'à l'occasion d'une visite de contrôle des locaux réalisée le 10 novembre 2018, a été trouvé dans un atelier un couteau sur lequel était inscrit " Momo m'a tué ", se référant alors au surnom du requérant, et au côté duquel était écrit sur un post-i t" Pensez à essuyer les empreintes ". Il ressort des pièces du dossier qu'informée de tels faits imputés à l'agent en charge de l'entretien de petites installations et de travaux d'électricité et de la main courante déposée par M. A à ce sujet, la présidente de l'université a, par un courriel du 14 novembre 2018, manifesté son soutien à M. A et affirmé la nécessité de protéger l'intéressé et l'ensemble des personnels de l'IUT en prévoyant en premier lieu de saisir l'IGAENR pour une enquête administrative. Il ressort d'un courrier du 11 juin 2019 adressé à la présidente que M. A a estimé qu'une telle réponse traduisait " toute la mesure prise " par cette dernière au regard de cet évènement. Si le requérant fait néanmoins grief au rapport finalement remis par l'IGAENR en juillet 2019 de ne pas avoir traité cette attaque, il ressort du contenu de l'enquête que celle-ci avait néanmoins pour objectif de décrire et analyser les relations professionnelles conflictuelles entre M. A et certains agents de l'IUT. Au demeurant eu égard à l'intensité des multiples conflits décrits par cette enquête, qui impute du reste au requérant un comportement susceptible d'être qualifié de harcèlement moral, l'université a pu, à bon droit, ainsi qu'elle le fait valoir en défense, considérer que l'intérêt général, supposant de restaurer un climat apaisé dans les services, s'opposait à de nouvelles mesures de protection relatives à cet évènement survenu plus d'un an et demi plus tôt. Dans de telles conditions, M. A, qui n'apporte pas d'éléments susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral à son égard, n'est pas fondé à soutenir que le refus opposé à sa demande de protection fonctionnelle serait entaché d'erreurs de droit ou d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'université Paris 8, qui n'est pas partie perdante dans cette instance, la somme demandée par M. A en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que l'université de Paris 8 demande sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université Paris 8 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

L. Courneil

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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