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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2007497

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2007497

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2007497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPAEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2020, M. C A, représenté par

Me Paëz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 11 juin 2020 par laquelle le président du CCAS (centre communal d'action sociale) de D l'a révoqué à compter du 1er juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de le réintégrer et de le dédommager de l'ensemble des sommes non perçues sur la période pendant laquelle il a été révoqué ;

3°) de condamner le CCAS de D à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral subi suite au harcèlement moral dont il a fait l'objet ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation de la révocation :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- la décision méconnaît la règle " non bis in idem " ;

- la sanction est disproportionnée.

En ce qui concerne le harcèlement moral et les conclusions indemnitaires :

- il fait l'objet d'un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie ;

- il a subi, du fait de ce harcèlement, un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2020, le CCAS de D, conclut au rejet de la requête.

Le CCAS de D fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Me Paëz, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent social recruté par le CCAS de D en qualité de stagiaire le

, titularisé le 21 décembre 2016 et exerçant les fonctions d'aide à domicile, a été révoqué à compter du par une décision du président du CCAS en date du 11 juin 2020. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que sa réintégration, doit être regardé comme demandant au tribunal d'enjoindre au président du CCAS de procéder à la reconstitution de sa carrière, enfin demande que lui soit versé la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral subi en raison du harcèlement dont il a fait l'objet de la part de sa hiérarchie.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation de la révocation:

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligation des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 89 de la loi du

26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office / la révocation () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a, le , effectué des achats à titre personnel avec l'argent d'une personne âgée auprès de laquelle il exerçait les fonctions d'aide à domicile et avoir omis de lui rendre la monnaie, ces faits, dont la matérialité est suffisamment établie et qui justifient une sanction, ne présentaient pas, eu égard à la modicité des sommes en jeu, de caractère suffisamment grave justifiant une révocation et ce nonobstant la circonstance que le requérant avait déjà fait l'objet d'un blâme pour avoir effectué des travaux de plomberie moyennant rémunération chez une autre personne âgée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à son encontre, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 11 juin 2020, par laquelle le président du CCAS de D l'a révoqué à compter du .

II- Sur le harcèlement moral et les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983: " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ()".

7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. A l'appui de son moyen tiré de ce qu'il a fait l'objet d'un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie, M. A fait valoir qu'il vit dans un quartier difficile de la Seine-Saint-Denis et a fait l'objet de plusieurs agressions, y compris dans le cadre de son activité professionnelle, non prises en compte par le CCAS de D. Il se prévaut également de l'absence de respect du principe du contradictoire lors de la procédure qui a conduit à sa révocation, de l'absence de matérialité des faits qui sont à l'origine de cette révocation, de leur caractère insignifiant et du non-respect de la règle " non bis in idem ". Le requérant fait également valoir que, dans un courrier en date du 8 juin 2020 qui lui a été adressé par le président du CCAS de D pour lui signifier la fin de la procédure disciplinaire, ce dernier non seulement a mentionné que son casier judiciaire comportait une condamnation à un an et six mois d'emprisonnement avec six mois de sursis alors que son avocat lui avait transmis des éléments permettant d'établir que la condamnation était intégralement assortie d'un sursis mais en outre a qualifié les faits retenus au titre de la révocation, de faits susceptibles d'être pénalement répréhensibles. Toutefois, M. A ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de son allégation selon laquelle il a signalé à plusieurs reprises au CCAS de D avoir été victime de violences dans l'exercice de ses fonctions, sans que cet établissement public ne réagisse. En outre, alors que le requérant se prévaut, sans plus de précisions, d'une absence de respect du principe du contradictoire lors de la procédure disciplinaire qui a conduit à sa révocation, il résulte de l'instruction, notamment de la décision du 11 juin 2020, qu'il a été informé par lettre du 23 octobre 2018 de son droit à communication de son dossier et de la possibilité de se faire assister par un conseil de son choix, qu'il a pris connaissance de son dossier les 8 novembre 2018 et 22 mai 2019, enfin qu'il a été entendu par le conseil de discipline le 9 janvier 2020. De plus, la matérialité des faits retenus pour le révoquer, à savoir avoir fait un achat personnel avec l'argent d'une personne âgée et ne pas lui avoir rendu la monnaie, est suffisamment établie dès lors que, non seulement ils ont donné lieu au dépôt d'une plainte de la victime, mais qu'en outre ils ont été reconnus par le requérant devant le conseil de discipline, même si ce dernier les a minimisés en prétextant avoir été " négligent et nonchalant ". D'ailleurs, contrairement à ce que soutient M. A, ces faits, commis au détriment d'une personne âgée placée sous curatelle, ne sont pas insignifiants, même si les sommes en jeu ne sont pas significatives. Par ailleurs, la règle " non bis in idem " n'est pas méconnue dès lors que seuls ces faits ont été retenus pour sanctionner M. A, la mention des faits précédemment commis par l'intéressé dans la décision de révocation ne servant qu'à justifier le quantum de la sanction. De plus, la circonstance que dans son courrier de notification de la sanction en date du 8 juin 2020, le président du CCAS, se référant à un arrêt de la cour d'appel de Paris en date du , a mentionné que le requérant a fait l'objet d'une condamnation à un an et six mois d'emprisonnement, alors que cette peine a été commuée en une peine de dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis par un arrêt de la même cour en date du est sans incidence dès lors que si le requérant soutient avoir signalé cette modification de sa peine à son employeur à plusieurs reprises, il ne l'établit pas. Enfin, si, le président du CCAS de D aurait dû, dans ce même courrier, s'abstenir de mentionner que les faits à l'origine de la révocation présentent à son sens un caractère pénalement répréhensible, cette seule circonstance ne saurait suffire à caractériser un harcèlement moral. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A, à les supposer même recevables, doivent être rejetées.

III- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le CCAS procède à la réintégration juridique du requérant à compter du et à la reconstitution de sa carrière à compter de la même date. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'aucun élément n'est de nature à faire obstacle au prononcé d'une injonction en ce sens. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au CCAS de D de procéder à la réintégration juridique du requérant à compter du et à la reconstitution de sa carrière à compter de la même date, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

IV- Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. Si M. A demande que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'est pas partie à l'instance qui l'oppose au CCAS de D. Par suite, ces conclusions, mal dirigées, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 11 juin 2020 par laquelle le président du CCAS de D a révoqué M. A à compter du est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CCAS de D de procéder à la réintégration juridique du requérant à compter du et à la reconstitution de sa carrière à compter de la même date, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de M. A, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au centre communal d'actions sociale de D.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. ELa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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