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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2007660

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2007660

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2007660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHANLAIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 3 août et 4 décembre 2020, les 29 juin et 15 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Chanlair, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 3 juin 2020 par lequel le maire de la commune G a prononcé à son encontre la sanction de révocation et à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté en ce qu'il prend effet à compter de sa notification sans tenir compte de ses droits à congés annuels et de ses jours de réduction de temps de travail restant dus ;

2°) d'enjoindre à la commune de le réintégrer et de procéder à la reconstitution de sa carrière avec toutes conséquences de droit, dans un délai de quinze jours et notamment de traiter sa demande d'octroi d'un congé de longue maladie, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité externe :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien préalable prévu le 24 juillet 2019 pour des raisons médicales et qu'il en a sollicité en vain le report ;

- l'enquête administrative a été menée par l'administration de manière partiale, à charge, sans procédure contradictoire et en utilisant des procédés illégaux ou déloyaux ;

- l'avis du conseil de discipline méconnaît le principe d'impartialité ;

- l'avis rendu par le conseil de discipline est irrégulier, dès lors que la présidente ne lui a pas laissé la parole en dernier.

Sur la légalité interne :

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- ils ne sont pas constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire ;

- le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- elle est illégale en ce qu'elle emporte radiation des cadres sans tenir compte de ses droits à paiement de ses heures supplémentaires et de ses droits à congés, sans au surplus de remise simultanée d'un certificat de travail et d'une attestation pour pôle emploi.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 juin et 7 juillet 2021, la commune G, représentée par Me Henochsberg, demande au tribunal :

1°) avant-dire droit, de nommer un expert graphologue et d'ordonner une expertise avec mission de déterminer si la signature figurant sur le rapport d'information du ;

2°) d'ordonner la communication de ces documents produits par M. A en version originale ;

3°) de condamner M. A au paiement des frais d'expertise ;

4°) à titre principal, de rejeter la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre liminaire, l'authenticité des trois documents dont elle sollicite l'expertise est remise en cause, en raison de l'attestation de son signataire putatif indiquant n'avoir ni signé ni établi ces documents, qu'une plainte a été déposée au pénal pour faux et que ces pièces doivent être, à tout le moins, produites en version originale au tribunal ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 septembre 2021 à 12h par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicables aux fonctionnaires territoriaux ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,

- et les observations de M. A et de Me Loiré, représentant la commune G.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui a été recruté par la commune G le en qualité d' pour occuper les fonctions de , a été titularisé le au grade d'. Il exerce à compter du 24 juin 2013 les fonctions de responsable du pôle ainsi que les fonctions de . Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 3 juin 2020 par lequel le maire de la commune G a pris à son encontre la sanction de révocation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".

3. La décision de révocation contestée qui vise les textes applicables, énonce de manière précise et circonstanciée les motifs de faits sur lesquels elle se fonde. Elle reprend l'avis du conseil de discipline dont elle s'approprie les motifs et qui est suffisamment motivé en fait. La commune n'a, en outre, pas à expliciter les motifs pour lesquels elle n'a pas retenu ou au contraire, maintenu, certains griefs à l'issue du passage en conseil de discipline de l'intéressé.

M. A a été ainsi à même de déterminer les faits que l'autorité disciplinaire entendait lui reprocher. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le respect des droits de la défense du fonctionnaire poursuivi est garanti par la procédure prévue par le décret susvisé du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux, laquelle, prévoyant l'avis du conseil de discipline, se substitue ainsi à toute autre exigence, et notamment à celle de l'entretien préalable. Par suite, la circonstance que M. A n'a pas pu se rendre à l'entretien préalable prévu le

pour des raisons médicales et que la commune n'a pas donné suite à sa demande de report est sans influence sur la légalité de la décision contestée, prononcée après avis du conseil de discipline.

5. En troisième lieu, aucune disposition ni aucun principe n'impose à la commune de mener de manière contradictoire son enquête avant la saisine du conseil de discipline. Si

M. A soutient qu'il n'a pas été entendu lors de l'enquête, cette circonstance est, toutefois, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure disciplinaire, dès lors que les conclusions de l'enquête, soumises au débat contradictoire, constituent une des pièces du dossier au vu desquelles le conseil de discipline et l'autorité investie du pouvoir disciplinaire se sont prononcés et dont il appartenait à ces derniers, au vu de ce débat, d'en apprécier la valeur probante. Enfin, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enquête administrative menée par la commune aurait méconnu le principe d'impartialité. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire et de la méconnaissance du principe d'impartialité doit être écarté.

6. En quatrième lieu, en l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie.

7. Si M. A soutient que la commune a employé des procédés illégaux et déloyaux lors de son enquête administrative, faisant notamment état de pressions et d'intimidations subies par les agents lors des auditions notamment pour le renouvellement de leur contrat, il n'apporte toutefois pas d'éléments suffisamment probants permettant d'établir la réalité de ses allégations. La seule circonstance que des agents n'auraient pas été renouvelés à l'issue de leur contrat n'est pas suffisante à elle-seule à établir l'existence de pressions, dès lors qu'il n'y a pas de droit à renouvellement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la commune aurait méconnu l'obligation de loyauté par l'emploi de procédés illégaux lors de son enquête administrative.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas du procès-verbal de la réunion du conseil de discipline du , dont les débats ont duré plus de , que la présidente ou les membres du conseil de discipline auraient manifesté une animosité ou un parti pris à l'encontre de M. A. La circonstance que la présidente n'aurait pas procédé à un rappel exhaustif de ses arguments et qu'elle aurait évoqué une décision défavorable rendue par le tribunal dans le litige opposant le requérant à son administration notamment pour ne saurait révéler par elle-même un défaut d'impartialité de sa part. Par suite, le moyen tiré du défaut d'impartialité du conseil de discipline doit être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, les principes généraux du droit disciplinaire impliquent que, lors de l'audience, la personne poursuivie soit mise à même de prendre la parole en dernier. Si M. A soutient qu'il n'a pas eu la parole en dernier, il ressort toutefois du procès-verbal de la réunion du conseil de discipline, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il a été invité à reprendre la parole en dernier. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure pour ce motif doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Quatrième groupe : / () ; / la révocation. ".

11. Le maire de la commune G a prononcé la révocation de

M. A en se fondant sur les motifs suivants : " ".

12. En premier lieu, concernant le premier motif, il ressort des pièces du dossier et notamment des rapports des 2017 de la supérieure hiérarchique directe de M. A que le 2017, en raison des arrêts de travail de , elle s'est rendue le 2017, accompagnée d'un autre agent de la commune à F et a constaté la disparition de la clef permettant d'ouvrir l'armoire de rangement de l'ensemble des clefs nécessaires à la continuité du service. Se rendant le même jour au H, elle a constaté, de manière analogue, la disparition de la clef permettant d'ouvrir l'armoire à clefs. Deux jours après, soit le , alors qu'elle faisait le point avec le régisseur titulaire, ce dernier a relevé la disparition de la clé du coffre-fort de la régie et du local contenant le coffre-fort ainsi que la disparition des cartes et ventouses nécessaires pour l'ouverture des horodateurs et des clés nécessaires à l'ouverture de la caisse automatique. Il est également relevé la perte des cahiers de mains-courantes et des registres de ronde de F et du H. Enfin, le , la supérieure hiérarchique directe se rend compte, en présence du directeur des finances, de la disparition de l'unité centrale de l'ordinateur du H. La commune s'est retrouvée ainsi confrontée, simultanément sur l'ensemble des sites dont M. A avait la responsabilité en sa qualité de chef des agents et sans qu'il y ait eu d'effraction des locaux, à la disparition de l'ensemble des outils (clés, ordinateur, mains courantes et registre des rondes) portant gravement atteinte au bon fonctionnement du service, dès lors qu'il n'était plus possible de procéder à l'ouverture des caisses automatiques et de collecter les caisses des horodateurs qui, pleines, n'étaient plus utilisables par les usagers. En outre, la commune a dû recourir à l'ouverture forcée le 4 mai 2017 de la porte d'accès au local du coffre-fort où l'ordinateur du PSR a été retrouvé dissimulé. Si M. A soutient qu'il n'est pas à l'origine de ces disparitions, il ressort toutefois, en tout état de cause, de sa fiche de poste qu'en sa qualité de chef du , il avait la responsabilité de la gestion des clés et des équipements du service dont il devait assurer la sauvegarde et l'accès pour maintenir la continuité du service. Il ressort également du rapport d'entretien du tenu en présence de la directrice que M. A, était en possession d'un jeu de clés permettant d'accéder aux locaux jusqu'au à 17 h 30, qu'il a refusé dans un premier temps de remettre , exigeant d'être reçu par le directeur général afin de lui présenter une liste de revendications s'inscrivant dans un contexte de tension avec sa hiérarchie sur le paiement notamment d'heures supplémentaires et le refus de lui accorder un logement de fonctions. Enfin, l'ordinateur retrouvé quelques jours plus tard dissimulé dans le local du coffre-fort, et que l'administration a pu consulter en l'absence de mention " personnel " dans les fichiers, comportait des pièces compromettantes pour M. A. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble de ces éléments, confrontés avec ceux relevés dans l'enquête administrative et eu égard à la responsabilité de chef , les faits reprochés à M. A doivent être regardés comme établis.

13. Concernant le deuxième motif tiré de l'existence de " ", il ressort des pièces du dossier que M. A, qui exerçait, en sa qualité de , les fonctions de en l'absence du titulaire en congé de maladie, s'est présenté le à la trésorerie générale pour déposer une tirelire d'horodateur, qui avait été découverte quelques jours auparavant pleine au milieu des tirelires vides et avait été par la suite mise dans le coffre-fort de la régie. Le dépôt de cette tirelire à la trésorerie qui s'est révélée ensuite avoir été confondue par le requérant avec une autre tirelire qui n'avait pas pu être ouverte lors d'une précédente collecte et qui finalement a été ouverte sans difficultés, a justifié de la part de la comptable public, en raison de ces irrégularités, une demande de production de l'ensemble des tickets de caisse afin de s'assurer de l'absence de détournement de fonds. M. A a refusé de déférer à cette demande arguant de son arrêt de maladie en cours entraînant de la part de la comptable publique une demande de suspension des fonctions. Si un manquement à la probité n'a pas été relevé à l'encontre de M. A, l'ensemble de ces incidents sont constitutifs, à eux-seuls, d'un manquement dans les obligations de servir de l'intéressé en sa qualité de dans une de ses missions principales qui nécessite le maniement des deniers publics. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les faits relatifs à la présence de tirelires vides retrouvées abandonnées sur le sol , qui ne lui seraient pas imputables et qu'il justifie, contrairement à ce qui est soutenu, avoir porté à la connaissance de l'administration, la matérialité de ce grief est établie.

14. Concernant le troisième motif relatif à des " manquements à ses devoirs d'obéissance hiérarchique et comportement irrespectueux à l'égard des agents et de sa hiérarchie ", il ressort des pièces du dossier que par un courriel du , M. A a refusé catégoriquement de faire droit, dans des termes, en outre, inappropriés et discourtois, à la demande légitime de sa supérieure hiérarchique directe de recevoir, avant validation du recrutement, la personne que le requérant proposait de retenir pour un poste d'agent . Ainsi qu'il a été dit au point 12, il ressort du rapport hiérarchique du , que M. A a refusé tout d'abord de faire droit à la demande de ses supérieurs hiérarchiques " n+1 " et " n+2 " dans un premier temps de restituer son jeu de clés nécessaire pour la continuité du service, exigeant d'être reçu par le directeur général pour lui remettre les revendications des agents de son service. Enfin, l'intéressé n'a pas respecté les instructions de la comptable publique, sous les ordres de laquelle il était placé en sa qualité de , concernant l'ouverture d'une tirelire d'horodateur, modifiant de son propre chef une date de rendez-vous, sans l'informer préalablement à cette initiative, alors que celle-ci avait expressément manifesté sa volonté d'exercer un contrôle à l'ouverture de la tirelire, afin de s'assurer de l'absence de détournement de fonds. Si M. A fait valoir son surmenage, le manque d'effectifs et son énervement face à sa hiérarchie, ces éléments ne sauraient être de nature à justifier ou excuser les manquements reprochés. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin notamment d'examiner les autres éléments relatifs au changement d'affectation en interne d'un agent , qui aurait été effectué sans validation de l'autorité territoriale, les éléments déjà évoqués suffisent à établir la matérialité du grief reproché à M. A.

15. Concernant le quatrième grief fondé sur " le cumul irrégulier d'activités ", il ressort des pièces du dossier que M. A a créé le une entreprise de en parallèle de son activité de chef et alors qu'il venait d'être titularisé dans les effectifs de la commune. S'il soutient avoir sollicité de ses supérieurs hiérarchiques une autorisation de cumul, voire même d'avoir obtenu une autorisation " provisoire " de création, ces pièces, présentées seulement au stade de la requête, sont sérieusement contestées par la commune, qui produit notamment une attestation du contredisant les faits et indiquant que l'octroi d'une autorisation de cumul aurait été contraire aux règles de cumul d'activités et incohérente avec la situation de l'intéressé en cours de titularisation. Si l'intéressé soutient que la société n'a pas été active, le rapport d'information établi le fait notamment état d'un véhicule utilisé comme stationné sur les places revendiquées par le requérant lui-même. En tout état de cause, la circonstance d'une absence effective d'activité, à la supposer même établie est sans incidence sur le manquement constaté, constitué par la seule création sans autorisation d'une autre activité. S'il est également reproché à l'intéressé d'avoir exercé une activité établie au nom de M. A, ce document, en partie tronquée, ne permet pas d'établir de façon certaine le cumul par M. A de l'exercice d'une autre activité professionnelle. Toutefois, la commune aurait retenu le grief relatif à l'existence d'un cumul irrégulier d'une activité en se fondant sur la seule création sans autorisation de l'entreprise de . Par suite, la matérialité de ce grief doit être retenue.

16. Enfin, concernant le dernier grief tiré de " l'utilisation à des fins personnelles de moyens mis à sa disposition ", il ressort des pièces du dossier et notamment des relevés téléphoniques que M. A a continué d'utiliser son téléphone professionnel pendant la durée de ses congés de maladie et jusqu'au moins la date du , soit pendant une durée supérieure à un an et demi, l'intéressé n'ayant pas repris ses fonctions à la date de la décision contestée. La circonstance, à la supposer même établie, qu'il aurait gardé ce téléphone à la demande de sa hiérarchie pour répondre à des sollicitations professionnelles, ne saurait justifier les différentes communications constatées, qui ne relevaient pas d'un caractère professionnel. Il en est de même de l'utilisation du badge d'accès au H (PSR) pendant son congé de maladie, qui lui a permis, de stationner son véhicule ainsi que celui de sans payer ainsi que cela ressort du rapport d'information établi le , le requérant se bornant à indiquer ne pas être titulaire du badge d'accès au , dont la proximité immédiate avec son patronyme ne peut manquer d'interpeller. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'apprécier le caractère fautif de l'utilisation de l'ordinateur de service à des fins personnelles, la commune aurait, en tout état de cause, retenu le grief tiré de " l'utilisation à des fins personnelles de moyens mis à sa disposition ", en se fondant sur les éléments retenus, qui doivent être regardés comme établis.

17. En deuxième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

18. Les faits reprochés à M. A, fonctionnaire, responsable , dont la matérialité a été établie aux points 12 à 16, et qui ont porté entrave au bon fonctionnement du service public, constituent des manquements graves à ses obligations professionnelles d'obéissance hiérarchique, d'obligation de se consacrer à son emploi, d'intégrité et de probité dans la manière de servir, de nature à justifier une sanction. Eu égard au nombre des fautes commises et à leur nature, à son niveau de responsabilité, et alors même que M. A n'avait jamais fait l'objet d'une sanction disciplinaire depuis son recrutement comme contractuel en 2013, le maire de la commune G n'a pas, en l'espèce, pris une sanction disproportionnée en décidant de prononcer à l'encontre du requérant la révocation.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de révocation contestée ait eu, en réalité, pour but " d'évincer au moindre coût un agent encombrant " ou de " faire pression " sur lui afin de l'empêcher de poursuivre ses demandes indemnitaires.

20. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir que la décision contestée s'inscrirait dans le cadre du harcèlement moral dont il fait l'objet de la part de la commune, les éléments qu'il invoque relatifs notamment à l'absence de griefs susceptibles de lui être reprochés, au caractère à charge de la procédure disciplinaire et aux refus opposés à ses demandes indemnitaires ne sont pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

21. En cinquième et dernier lieu, M. A ne saurait utilement invoquer que la décision de révocation contestée serait illégale en ce qu'elle ne tient pas compte de ses droits à congés payés et de la nécessaire remise de son certificat de travail et de l'attestation à pôle emploi, dès lors que ces éléments, qui tirent les conséquences de la décision contestée, sont sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, les congés payés qui lui étaient dus ont été versés au titre des années 2019 et 2020. Enfin, le certificat de travail et l'attestation pour l'inscription à pôle emploi lui ont été envoyés par courrier du 5 août 2020.

22. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de , que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 3 juin 2020 par lequel le maire de la commune G a prononcé à son encontre la sanction de révocation.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

23. La présente décision, qui rejette les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de révocation en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions accessoires de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint sous astreinte à l'administration de le réintégrer et de reconstituer sa carrière notamment au regard de ses droits médicaux doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune G, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme au titre des frais exposés par la commune G et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune G tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune G.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,La présidenteSigné Signé Mme de BouttemontMme ELa greffière,Signé Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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