mercredi 6 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2008061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | MICHELLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire enregistrés le 10 août 2020 et le 19 janvier 2021, M. B A, représenté par Mes Michellet et Michellet-Giudicelli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 20 décembre 2019 et autorisé Pôle emploi à le licencier ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les principes définis par le Conseil d'Etat dans sa décision du 3 février 2016, ST Microélectronics, n° 389223 ;
- les faits reprochés sont prescrits ;
- la procédure antérieure à la saisine de l'administration étant irrégulière par méconnaissance des dispositions de l'article R. 2421-14 du code du travail ;
- le ministre a commis plusieurs erreurs d'appréciation de la matérialité, de l'imputabilité et de la gravité des faits reprochés alors que le doute doit profiter au salarié, qu'il a reconnu de bonne foi certaines erreurs ou négligences dans la déclaration de ses frais professionnels sans intention frauduleuse et qu'il n'avait fait l'objet d'aucune procédure disciplinaire en 29 ans de service.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2020, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion professionnelle conclut au rejet de la requête.
La ministre fait valoir que la requête est infondée, que les moyens soulevés à l'encontre de la décision initiale de l'inspectrice du travail, définitivement annulée par sa décision, sont inopérants.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2021, Pôle emploi, représenté par la société CMS Francis Lefebvre Avocats (Me Bonneau), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Pôle emploi fait valoir que la requête est infondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baffray ;
- les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique ;
- et les observations de la société CMS Francis Lefebvre Avocats (Me Kaspereit) pour Pôle emploi.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des éléments du dossier qu'à la suite d'une enquête menée sur les déclarations de frais professionnels durant la période de janvier à juin 2019 de M. A, délégué du personnel suppléant, Pôle emploi a, par une lettre du 17 septembre 2019, d'une part, convoqué cet agent de droit privé à un entretien préalable à un licenciement pour faute le 21 octobre 2019, d'autre part, prononcé sa mise à pied à titre conservatoire. Par un courrier du 23 octobre 2019 et malgré l'avis défavorable du comité d'établissement extraordinaire rendu la veille, Pôle emploi a demandé à l'inspecteur du travail l'autorisation de le licencier pour " des abus et détournements à des fins personnelles des fonds de l'établissement public Pôle emploi au moyen d'une utilisation frauduleuse des notes de frais ". Cette autorisation a été refusée par une décision du 20 décembre 2019 de l'inspectrice du travail de la 2e section de l'unité de contrôle n° 3 du département de la Seine-Saint-Denis. Saisi d'un recours hiérarchique de Pôle emploi, la ministre du travail a, par la décision attaquée du 12 juin 2020, annulé la décision de refus de l'inspectrice du travail et autorisé le licenciement de M. A en estimant que le premier grief reproché à ce salarié protégé de " prise en charge de notes de frais injustifiées " étaient matériellement établis, caractérisaient un manquement à l'obligation de loyauté et revêtaient à eux-seul un caractère fautif dont la gravité justifiait son licenciement, sans qu'un lien avec son mandat soit avéré.
2. Aux termes de l'article L. 2251-1 du code du travail : " Une convention ou un accord peut comporter des stipulations plus favorables aux salariés que les dispositions légales en vigueur. Ils ne peuvent déroger aux dispositions qui revêtent un caractère d'ordre public ". En vertu de l'article L. 2411-5 de ce code dans sa version alors applicable : " Le licenciement d'un délégué du personnel, titulaire ou suppléant, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. / () ". Et selon l'article R. 2421-14 du même code : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail. / La consultation du comité d'entreprise a lieu dans un délai de dix jours à compter de la date de la mise à pied. / La demande d'autorisation de licenciement est présentée dans les quarante-huit heures suivant la délibération du comité d'entreprise. () ".
3. D'une part, si Pôle emploi fait valoir que les stipulations de l'article 38.2 de sa convention collective nationale sont plus favorables et prévalent alors sur celles de l'article R. 2421-14 du code du travail en ce qu'elles prévoient que " l'entretien préalable à une éventuelle sanction disciplinaire " d'un agent, " obligatoire en cas d'intention de mise au licenciement ou de licenciement ", " ne peut avoir lieu avant l'expiration du délai de vingt jours ouvrés " à compter de la date de réception de la lettre de convocation afin qu'il puisse " consulter son dossier individuel et présenter, s'il le souhaite, des observations écrites ", ces stipulations ne prévoient pas le cas des agents protégés mis à pied à titre conservatoire et, en tout état de cause, ne sauraient avoir pour effet de déroger à la règle légale précitée, plus favorable et protectrice et instituée, dans l'intérêt des salariés qu'ils représentent, en faveur des délégués du personnel mis à pied par l'employeur dans l'attente de la décision de l'inspecteur du travail.
4. D'autre part, si les délais fixés par les dispositions précitées de l'article R. 2421-14 du code du travail ne sont pas prescrits à peine de nullité de la procédure de licenciement, eu égard à la gravité de la mesure de mise à pied, l'employeur est tenu de respecter un délai aussi court que possible pour procéder à la consultation du comité social et économique puis présenter la demande d'autorisation de licenciement. Par suite, il appartient à l'administration, saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, de s'assurer que ces délais ont été, en l'espèce, aussi courts que possible pour ne pas entacher d'irrégularité la procédure antérieure à sa saisine.
5. Il ressort des éléments du dossier que l'inspecteur du travail a été saisi moins de quarante-huit heures suivant la délibération du comité d'établissement extraordinaire. Cependant, ledit comité a été consulté par Pôle emploi plus d'un mois après que M. A a été mis à pied dans l'attente de la décision de l'inspecteur du travail. Ce dernier délai, qui excède largement celui de dix jours imparti à l'employeur par les dispositions de l'article R. 2421-14 du code du travail, entache d'irrégularité la procédure antérieure à la saisine de l'administration. Une telle irrégularité s'opposait à ce que le ministre autorise le licenciement de M. A. Dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
6. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Les conclusions de Pôle emploi tendant à ce qu'il soit mis une somme à la charge du requérant au titre de ses frais d'instance ne peuvent, en revanche, qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 12 juin 2020 de la ministre du travail annulant la décision de l'inspectrice du travail du 20 décembre 2019 et autorisant le licenciement de M. A est annulée.
Article 2 : L'Etat devra verser une somme de 1 500 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion professionnelle.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Baffray, président,
M. Marias, premier conseiller,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
J.-F. Baffray
L'assesseur le plus ancien,
H. MariasLa greffière,
M.Chaal
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026