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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2008865

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2008865

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2008865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantD'ANGELA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 août 2020 et le 11 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me D'angela, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur sa demande formulée le 4 juin 2020 tendant à la réparation des préjudices subis du fait de la situation de harcèlement moral subi ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la situation de harcèlement assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de la situation de harcèlement moral subi du fait de sa hiérarchie résultant des manifestations d'hostilité à son égard, constituées par la remise en cause systématique du bien-fondé des arrêts maladie et des certificats médicaux produits, du fait qu'elle a été empêchée de rédiger immédiatement un rapport de déclaration d'accident du travail l'empêchant d'obtenir l'imputabilité au service de sa maladie, qu'elle a été empêchée d'obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de sa pneumonie du fait de son exposition en milieu climatisé, laquelle n'est intervenue que deux ans après sa demande, qu'un arrêt maladie n'a pas été pris en compte de sorte qu'elle a été placée à tort en absence illégale, qu'elle a été convoquée à tort devant un psychiatre, qu'à la suite de la contestation de sa notation au titre de l'année 2018, les tâches confiées ont été réduites, des difficultés ont été subies dans la pose de jours de congés et ses pauses ont été chronométrées, qu'elle a été affectée à la brigade de nuit sans avoir été consultée sur cette affectation, alors que les tâches ne correspondent pas à son grade, que ses dates de congés prévisionnels ne lui ont pas été demandées, que ses fiches de paies ont été envoyées à son ancienne adresse, et qu'un contrôle domiciliaire par un équipage en uniforme a eu lieu, alors qu'il aurait dû l'être en tenue civile ;

- elle a subi un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 10 000 euros ;

- seul le ministre de l'intérieur est compétent pour défendre à l'instance.

Par un mémoire, enregistré le 15 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut à ce qu'il soit mis hors de cause en faisant valoir que le préfet de police est seul habilité à représenter l'Etat en application de l'article R. 431-10 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative, en particulier son article R. 222-19.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lunshof,

- et les conclusions de M. Cozic, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, brigadier de police, a été affectée du Par un courrier du 4 juin 2020, reçu le 11 juin, Mme B a sollicité la réparation des préjudices subis en raison de la situation de harcèlement moral dont elle aurait été victime du fait de sa hiérarchie. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur cette demande. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant au tribunal uniquement de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable.

Sur la recevabilité du mémoire en défense du préfet de police et la demande de mise hors de cause du ministre de l'intérieur :

2. L'article R. 431-9 du code de justice administrative dispose que les recours, mémoires en défense et les mémoires en intervention présentés au nom de l'Etat devant les tribunaux administratifs sont signés par le ministre intéressé, sous réserve de dispositions spéciales, notamment celles de l'article R. 431-10 du même code qui prévoient que " l'Etat est représenté à l'instance par le préfet lorsque le litige, quelle que soit sa nature est né de l'activité des administrations civiles de l'Etat dans le département ou la région ()".

3. Il résulte de l'instruction, et il n'est du reste pas contesté, que le litige tend à la réparation des préjudices résultant d'agissements, constitutifs selon l'intéressée de harcèlement moral, lorsqu'elle était affectée et placée sous l'autorité du préfet de police. La décision litigieuse rejette sa demande tendant à être indemnisée de préjudices subis du fait du harcèlement moral allégué. Il suit de là que le présent litige étant né de l'activité d'une administration civile de l'Etat dans le département, au sens des dispositions de l'article R. 431-10 du code de justice administrative citées au point 2, seul le préfet de police était compétent pour représenter l'Etat dans cette instance, ainsi d'ailleurs que l'a observé le ministre de l'intérieur dans son courrier adressé au tribunal le 15 décembre 2020, lequel doit être mis hors de cause. Par suite, le mémoire en défense présenté par le préfet de police est recevable.

Sur la responsabilité de l'Etat du fait de la situation de harcèlement moral :

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais repris aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : /1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".

5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Mme B soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral à raison du comportement de sa hiérarchie au sein du où elle se trouvait alors affectée et plus particulièrement, d'une part, à raison de son attitude face à ses problèmes médicaux, d'autre part, à la suite de la contestation de sa notation 2018, enfin, à la suite de son affectation à la brigade de nuit.

7. En premier lieu, au titre des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, relatifs à la remise en cause du bien-fondé de ses arrêts maladie et certificats médicaux, Mme B se prévaut, d'une part, du fait que sa hiérarchie l'aurait obligée, sur sa notation réalisée au titre de l'année 2018, à réaliser un stage " PZVP " alors que ce dernier ne serait pas compatible avec son état de santé, tel que relaté dans les certificats médicaux des 28 avril 2017 et 8 décembre 2017, lesquels indiquent que les céphalées dont elle souffre ne lui permettent pas de travailler sur un poste " PVPP ". Toutefois, alors qu'aucune précision n'est apportée sur la nature de ce stage, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que l'administration s'est bornée à l'inviter à réaliser ce stage afin d'enrichir ses compétences sans que cela ne constitue une obligation imposée à l'intéressée en contrariété avec son état de santé. Ainsi, les éléments apportés ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

8. D'autre part, si elle se prévaut de la circonstance qu'à la suite de son accident de trajet survenu le 22 décembre 2018, sa hiérarchie lui aurait demandé de se rendre sur place pour rédiger son rapport tendant à l'imputabilité au service dudit accident, et qu'une fois sur place en compagnie d'un collègue venu pour l'aider, elle aurait été éconduite de la au motif, d'une part, qu'elle était en arrêt maladie et d'autre part que la personne l'accompagnant n'était pas habilitée à se trouver dans ces locaux, ces circonstances ne sauraient suffire à faire présumer l'existence d'une volonté de sa hiérarchie de l'empêcher d'obtenir l'imputabilité au service de son accident de trajet. De même, les circonstances que, s'agissant de dont elle a souffert en raison de son exposition en milieu climatisé, l'administration ne lui ait pas remis de récépissé de dépôt de sa demande d'imputabilité au service de sa maladie, le 4 avril 2019 et qu'elle ait été convoquée à deux reprises les 13 et 27 juin 2019 devant le rhumatologue de la police nationale ne suffisent pas à faire présumer l'existence d'une volonté de sa hiérarchie de l'empêcher d'obtenir l'imputabilité au service de sa maladie, alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa hiérarchie a donné un avis favorable à la transmission de sa demande et que sa a été qualifiée de maladie professionnelle le 20 avril 2021, nonobstant le délai mis à reconnaître le caractère professionnel de sa maladie. Si les circonstances invoquées, tirées de ce que, lors de son arrêt maladie du 4 janvier au 20 février 2019 relatif à l'infection pulmonaire, un contrôle domiciliaire a été mis en œuvre le 5 février 2019 par des agents en tenues de service au lieu d'être en civil et que les préconisations du médecin de prévention, indiquant à l'issue de son arrêt maladie qu'elle était apte à une reprise des fonctions dans un autre service, n'ont pas été suivies, pourraient constituer des erreurs commises par l'administration, elles ne sont pas révélatrices d'agissements de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Si elle soutient également que l'arrêt de travail de prolongation du 10 avril au 16 juin 2019 n'a pas été pris en compte dès lors que son dossier administratif mentionnerait une absence illégale pour la période du 15 avril au 26 mai 2019, elle n'établit pas la véracité de ses allégations.

9. Enfin, la requérante soutient également que l'administration a établi un rapport contenant de fausses allégations de troubles, et l'a convoquée sans aucune raison et sans l'avoir informée au préalable de sa spécialité, devant de la police nationale le 8 avril 2019 alors qu'aucune condition particulière de travail n'a été relevée par ce lequel a préconisé un " service normal ". Toutefois, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un supplément d'instruction, à supposer même que ce rapport contiendrait de faux éléments, cette circonstance ne constituerait pas à elle seule un élément de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, en l'absence d'agissements répétés, et alors au demeurant que le psychiatre de la police nationale a préconisé un service normal.

10. En deuxième lieu, si la requérante soutient avoir constaté de nouvelles " manifestations d'hostilité " postérieurement à la contestation, auprès de son supérieur hiérarchique, de sa notation au titre de l'année 2018, tenant à une réduction des tâches confiées, une difficulté dans la pose de jours de congés, ainsi qu'un chronométrage de ses pauses, ces allégations ne sont établies par aucune pièce du dossier.

11. En troisième et dernier lieu, il en va de même des allégations relatives à son affectation à la brigade de nuit N2, et plus précisément de ce qu'elle a été affectée à la brigade de nuit sans avoir été consultée sur cette affectation, alors que les tâches ne correspondent pas à son grade, que ses dates de congés prévisionnels ne lui ont pas été demandées et que ses fiches de paies ont été envoyées à son ancienne adresse, lesquelles ne sont corroborées par aucun indice permettant de les regarder comme un élément de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les faits litigieux, considérés isolément ou dans leur ensemble, ne peuvent être regardés comme des agissements répétés, constitutifs de harcèlement moral, subis dans l'exercice de ses fonctions au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.

13. Par suite, les conclusions de Mme B à fin d'indemnisation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

M. Lunshof

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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