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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2009115

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2009115

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2009115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantWOOG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er septembre 2020 et 29 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Befre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 juillet 2020 par lequel le maire de Neuilly-Plaisance lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours ;

2°) de condamner la commune de Neuilly-Plaisance à lui rembourser la retenue sur rémunération de 3/30ème effectuée en raison de cette exclusion temporaire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2020, la commune de Neuilly-Plaisance, représentée par Me Treca, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Neuilly-Plaisance fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 27 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 décembre 2022.

Par une lettre du 28 juin 2023, les parties ont été informées, qu'en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, lesquelles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable et d'une décision de l'administration sur cette demande. La réponse de M. A à ce moyen d'ordre public, enregistrée le 30 juin 2023, a été communiquée à la commune de Neuilly-Plaisance le

3 juillet suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- les observations de Me Ozer, substituant Me Befre, représentant M. A et celles de Me Panzani, substituant Me Treca, représentant la commune de Neuilly-Plaisance.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent de maîtrise principal, recruté comme stagiaire par la commune de Neuilly-Plaisance à compter du 22 juin 1987 puis titularisé un an après, demande l'annulation de l'arrêté en date du 2 juillet 2020 par lequel le maire de Neuilly-Plaisance lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours ainsi que la condamnation de la commune de Neuilly-Plaisance à lui reverser la retenue sur rémunération de 3/30ème effectuée en raison de cette exclusion temporaire.

I- Sur l'irrecevabilité partielle de la requête :

2. Aux termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. Il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions indemnitaires tendant à ce que la commune de Neuilly-Plaisance soit condamnée à reverser la retenue sur rémunération de 3/30ème effectuée en raison de l'exclusion temporaire de fonctions auraient été précédées d'une demande indemnitaire préalable et par voie de conséquence d'une décision sur cette demande indemnitaire préalable. Dès lors elles doivent être rejetées comme irrecevables.

II- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

II.A- en ce qui concerne la légalité externe :

4. Aux termes de l'article 19 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 : " () la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivé [e] ".

5. Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe. La volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant la sanction ne comporte en elle-même aucun motif précis.

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué, s'il vise les dispositions de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, celles de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux, ne comporte aucune motivation en fait. En défense, la commune de Neuilly-Plaisance fait valoir que l'arrêté a été notifié avec une lettre d'accompagnement comportant une motivation en fait. Or, cette lettre d'accompagnement, si elle fait référence de façon suffisamment précise à l'échange téléphonique que le requérant a eu avec la curatrice d'un collègue de travail, à propos duquel il est reproché au requérant de ne pas avoir respecté son devoir de réserve, mentionne ensuite " un refus d'obéissance hiérarchique répété ", ce second grief n'étant assorti d'aucune autre précision. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

II.B- en ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligation des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Et aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : / l'avertissement / le blâme : l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours () ".

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. Lorsque le juge, saisi d'un moyen en ce sens, constate qu'une décision administrative est insuffisamment motivée, l'administration ne peut utilement lui demander de procéder à une substitution de motifs, laquelle ne saurait, en tout état de cause, remédier au vice de forme résultant de l'insuffisance de motivation.

10. En premier lieu il ressort de la lecture de la lettre d'accompagnement de l'arrêté attaqué qu'il est reproché à M. A un manquement à son obligation de réserve et un refus d'obéissance hiérarchique répété. Si, dans ses écritures en défense, la commune de Neuilly-Plaisance ajoute un nouveau grief, à savoir un achat personnel de 13,83 euros effectué avec la carte professionnelle de la mairie, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 9, que ce grief, en admettant que cette commune ait entendu demander une substitution de motifs, ne saurait être retenu, la décision initiale n'étant pas motivée. S'agissant du manquement à l'obligation de réserve, la commune fait valoir qu'au cours d'une conversation téléphonique avec la tante et curatrice d'un collègue handicapé, M. A a révélé à cette dernière que son neveu avait fait l'objet de maltraitances par son supérieur hiérarchique et risquait de perdre son emploi. De son côté, M. A soutient qu'il a eu cet échange téléphonique avec la tante et curatrice de son collègue handicapé à la demande de ce dernier et n'a fait que répéter les propos de ce collègue, en difficulté, notamment pour s'exprimer, après avoir eu une altercation avec son supérieur hiérarchique. La commune de Neuilly-Plaisance, qui a la charge d'établir la matérialité des faits constitutifs de la sanction, se borne à produire une note de la directrice des ressources humaines indiquant avoir été appelée par la tante et curatrice du collègue handicapé de M. A et rédigée au conditionnel en ce qui concerne les propos tenus par le requérant ainsi que le compte-rendu de l'entretien disciplinaire mentionnant que l'intéressé a reconnu les faits, signé par la directrice des ressources humaines mais pas par l'intéressé. De son côté M. A produit une attestation de cette tante et curatrice dans laquelle elle mentionne que l'intéressé a eu une conversation téléphonique avec elle à la demande de son neveu en situation de détresse après un entretien avec son supérieur hiérarchique et que le requérant a pris soin de son collègue mal entendant afin de le calmer. Dans ces conditions, la matérialité des faits constitutifs du manquement à l'obligation de réserve reproché à M. A n'est pas suffisamment établie, la preuve qu'il ne se serait pas borné à répéter les propos de son collègue handicapé, situation la plus vraisemblable, n'étant pas apportée. En revanche, s'agissant du refus d'obéissance hiérarchique, la commune de Neuilly-Plaisance produit deux courriels par lesquels le supérieur hiérarchique de M. A signale que ce dernier a refusé de lui remettre les clefs d'un local d'électricité. L'intéressé, qui ne nie pas les faits, se borne à soutenir que la relation avec son supérieur hiérarchique était conflictuelle, ce qui ressort effectivement des pièces versées au dossier mais ne saurait pour autant justifier son refus de donner les clefs. En outre, si le requérant soutient que les clefs lui ont été demandées un mercredi et qu'il ne pouvait pas les rendre avant le lundi suivant, son supérieur hiérarchique étant absent le jeudi et lui-même en congé le vendredi, il ressort des pièces du dossier, notamment des courriels de ce supérieur hiérarchique, que ces clefs lui ont été demandées une première fois le lundi d'avant. Dès lors, la matérialité des faits constitutifs du refus d'obéissance hiérarchique reproché à M. A est établie. Il s'agit d'une faute de nature à justifier une sanction.

11. En second lieu, eu égard au caractère isolé et à la faible gravité en l'espèce de cette faute, réitérée à deux reprises sur une courte période, à la circonstance que M. A travaille pour la commune depuis 1987 et n'a jamais fait auparavant l'objet d'une sanction, la sanction de trois jours d'exclusion temporaire apparaît disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 2 juillet 2020, par lequel le maire de Neuilly-Plaisance lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours.

III- Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Neuilly-Plaisance réclame au titre des frais liés à l'instance. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 2 juillet 2020, par lequel le maire de Neuilly-Plaisance a infligé à M. A une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours, est annulé.

Article 2 : La commune de Neuilly-Plaisance versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Neuilly-Plaisance, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Neuilly-Plaisance.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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