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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2009648

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2009648

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2009648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVIOLETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 15 septembre 2020 et

18 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SCI (société civile immobilière) Roissy, représentée par Me Violette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2019-191 du 28 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Tremblay-en-France a déclaré en état d'abandon manifeste et définitif la parcelle située 15 route de Roissy (cadastrée AC 6) lui appartenant ainsi la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de cette commune sur sa demande, réceptionnée en mairie le

8 février 2020, de retrait de cette délibération ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Tremblay-en-France une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI Roissy soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable dès lors que le gérant avait qualité pour agir ;

- la délibération attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, la commune de Tremblay-en-France, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Tremblay-en-France soutient que la requête est irrecevable faute de qualité pour agir du requérant et qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par une ordonnance du 3 novembre 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au

21 novembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Me Violette, représentant la SCI Roissy.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Roissy demande l'annulation de la délibération du 28 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Tremblay-en-France a déclaré en état d'abandon manifeste et définitif la parcelle située 15 route de Roissy lui appartenant ainsi que celle de la décision implicite de refus née du silence gardé par le maire de cette commune sur sa demande, réceptionnée en mairie le 8 février 2020, de retrait de cette délibération.

I- Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative :

" Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né d'un contrat./ La signature des requêtes et mémoires par l'un de ces mandataires vaut constitution et élection de domicile chez lui. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1847 du code civil, relatif aux sociétés civiles immobilières : " Si une personne morale exerce la gérance, ses dirigeants sont soumis aux mêmes conditions et obligations et encourent les mêmes responsabilités, civile et pénale, que s'ils étaient gérants en leur nom propre, sans préjudice de la responsabilité solidaire de la personne morale qu'ils dirigent. ". Enfin, aux termes de l'article 1849 de ce même code : " Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social ".

3. Les mandataires mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative ont qualité, devant les tribunaux administratifs, pour représenter les parties et signer en leur nom les requêtes et les mémoires sans avoir à justifier du mandat par lequel ils ont été saisis par leur client.

4. La présentation d'une action par un de ces mandataires ne dispense pas le tribunal administratif de s'assurer, le cas échéant, lorsque la partie en cause est une personne morale, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour engager cette action. Une telle vérification n'est toutefois normalement pas nécessaire lorsque la personne morale requérante est dotée, par des dispositions législatives ou réglementaires, de représentants légaux ayant de plein droit qualité pour agir en justice en son nom.

5. En l'espèce, la requête de la SCI Roissy est signée par l'avocat qu'elle a mandaté et mentionne qu'elle est présentée pour son compte. Cette société est constituée sous la forme d'une société civile immobilière. Dès lors qu'il ressort des dispositions rappelées ci-dessus de l'article 1849 du code civil que, dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social et a donc de plein droit qualité pour agir en justice, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir de l'auteur de la requête doit être écartée.

II- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 2243-3 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable : " () Le maire saisit le conseil municipal qui décide s'il y a lieu de déclarer la parcelle en état d'abandon manifeste et d'en poursuivre l'expropriation au profit de la commune, d'un organisme y ayant vocation ou d'un concessionnaire d'une opération d'aménagement visé à l'article L. 300-4 du code de l'urbanisme, en vue soit de la construction ou de la réhabilitation aux fins d'habitat, soit de tout objet d'intérêt collectif relevant d'une opération de restauration, de rénovation ou d'aménagement () ".

7. La délibération du 28 novembre 2019, par laquelle le conseil municipal de Tremblay-en-France a déclaré en état définitif d'abandon manifeste la parcelle située 15 route de Roissy appartenant à la SCI Roissy et décidé son expropriation au profit de la commune, mentionne que cette expropriation est décidée "au profit de la commune dans les conditions fixées aux articles L. 2243-3 et 4 du code général des collectivités territoriales ". Cette formulation générale ne permet pas de connaître la destination que le conseil municipal a entendu déterminer pour la parcelle qui, déclarée en état d'abandon manifeste, doit faire l'objet de la procédure d'expropriation. Par suite, le conseil municipal n'a pas suffisamment motivé sa délibération, qui présente un caractère indivisible, au regard des exigences des dispositions des articles cités ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Roissy est fondée à demander l'annulation de la délibération du 28 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Tremblay-en-France a déclaré en état d'abandon manifeste et définitif la parcelle située 15 route de Roissy lui appartenant ainsi que celle de la décision implicite de refus née du silence gardé par le maire de cette commune sur sa demande, réceptionnée en mairie le 8 février 2020, de retrait de cette délibération.

III- Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Roissy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Roissy-en-France réclame au titre des frais liés à l'instance .Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espè ce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Roissy-en-France, le versement d'une somme de 1 500 euros à la SCI Roissy au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération n° 2019-191 du 28 novembre 2019 du conseil municipal de Tremblay-en-France ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de cette commune sur la demande de la SCI Roissy, réceptionnée en mairie le 8 février 2020, de retrait de cette délibération, sont annulées.

Article 2 : La commune de Tremblay-en-France versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la SCI Roissy, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la SCI Roissy, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Tremblay-en-France, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Roissy et à la commune de Tremblay-en-France.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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