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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2009649

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2009649

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2009649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHERRERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 septembre 2020 et 15 décembre 2022, Mme C A, représentée par Me Herrero, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 15 juillet 2020 par laquelle le maire de Montreuil a décidé de ne pas renouveler son contrat d'animatrice de centre de loisirs ;

2°) de condamner la commune de Montreuil à lui verser :

- la somme de 750 euros en réparation du préjudice subi du fait du non-respect du délai de prévenance ;

- la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi du fait du non-respect de la procédure de licenciement ;

- la somme de 750 euros représentant un mois d'indemnités de licenciement ;

- la somme de 9 000 euros en raison du préjudice subi du fait de l'absence de justification du licenciement ;

- la somme de 4 000 euros en raison du préjudice moral subi du fait du caractère abusif de la succession de contrats à durée indéterminée conclus avec la commune et du fait de l'illégalité du non-renouvellement de son dernier contrat ;

- la somme de 1 000 euros en raison du préjudice subi du fait de la discrimination par l'âge dont elle a fait l'objet.

3°) de mettre à la charge de la commune de Montreuil une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la légalité de la décision de non-renouvellement :

- dès lors qu'elle cumulait plus de deux années d'ancienneté, un délai de préavis de deux mois aurait dû être respecté ;

- dès lors que le contrat ne mentionne pas pour quelle raison il est à durée déterminée, il doit être considéré comme un contrat à durée indéterminée ; en conséquence, la procédure de licenciement n'a pas été respectée et le licenciement n'a pas de cause ;

- le renouvellement de son contrat n'est pas justifié dès lors qu'elle était épuisée du fait du non-respect du taux d'encadrement dans son service ;

- elle a fait l'objet d'une discrimination.

En ce qui concerne les autres fautes :

- le recours à huit contrats à durée déterminée pendant quatre années est abusif ;

- elle a été victime d'une discrimination en raison de son âge.

En ce qui concerne les préjudices :

- elle a subi un préjudice du fait du non-respect du délai de prévenance, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 750 euros ;

- elle a subi un préjudice du fait du non-respect de la procédure de licenciement, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 500 euros ;

- elle a subi un préjudice financier correspondant à un mois d'indemnités et dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 750 euros ;

- elle a subi un préjudice du fait de l'absence de justification du licenciement, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 9 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral du fait du caractère abusif de la succession de contrats à durée déterminée conclus avec la commune et du fait de l'illégalité du non-renouvellement de son dernier contrat, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 4 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral en raison de la discrimination par l'âge dont elle a fait l'objet et dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 000 euros.

Par un avis en date du 3 novembre 2022, les parties ont été informées que l'affaire était susceptible d'être inscrite au rôle d'une audience du 2ème trimestre 2023 et que la clôture d'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 1er décembre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, la commune de Montreuil conclut au rejet de la requête.

La commune de Montreuil fait valoir que les conclusions indemnitaires sont irrecevables et qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 10 février 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Mme E, pour la commune de Montreuil.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, recrutée comme agent contractuel par la commune de Montreuil pour la première fois le 1er mai 2016 et qui a exercé de façon continue les fonctions d'animatrice de centre de loisirs jusqu'au 31 août 2020 au moyen de huit contrats successifs dont les quatre derniers ont été conclus sur le fondement des dispositions de l'article 3-1, puis 3-2 de la loi du

26 janvier 1984, demande au tribunal l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le maire de Montreuil a refusé de lui renouveler son dernier contrat. Elle demande également que la commune de Montreuil soit condamnée à lui verser la somme de 750 euros en réparation du préjudice subi du fait du non-respect du délai de prévenance, la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi du fait du non-respect de la procédure de licenciement, la somme de 750 euros représentant un mois d'indemnités de licenciement, la somme de 9 000 euros en raison du préjudice subi du fait de l'absence de justification du licenciement, la somme de 4 000 euros en raison du préjudice moral subi du fait du caractère abusif de la succession de contrats à durée déterminée conclus avec la commune et du fait de l'illégalité du non-renouvellement de son dernier contrat, enfin la somme de 1 000 euros en raison du préjudice subi du fait de la discrimination par l'âge dont elle a fait l'objet.

I- Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait formé une déclaration indemnitaire préalable devant l'administration et, par conséquent, que cette dernière aurait pris une décision sur cette demande. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir, tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, doit être accueillie.

II- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " I.- Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard :/-huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ;/-un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ;/-deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ;/-trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables () ".

5. Le dernier contrat, pour lequel l'annulation de la décision de non renouvellement est demandée dans la présente requête a été conclu pour une période d'un an, du 30 août 2019 au 31 août 2020. Dans ces conditions, la requérante avait droit à un délai de préavis d'un mois. Est sans incidence la circonstance que l'intéressée avait une ancienneté, acquise en prenant en compte les précédents contrats, supérieure à deux ans. Dès lors que la décision de non-renouvellement attaquée a été prise le 15 juillet 2020 et qu'il n'est pas soutenu par la requérante qu'elle lui aurait été notifiée en-deçà du délai d'un mois, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit ne prévoit qu'un contrat à durée déterminée ne mentionnant pas la raison pour laquelle il a été conclu doit être requalifié en un contrat à durée indéterminé. Par conséquent, les moyens tirés de ce qu'une procédure de licenciement aurait dû être suivie et de ce que le licenciement n'est pas justifié doivent être écartés.

7. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que le non-renouvellement n'était pas justifié dès lors qu'elle était épuisée en raison de l'absence de respect du taux d'encadrement dans son service, il ressort des pièces produites par la requérante qu'elle a été absente du

23 octobre 2019 au 22 novembre 2019, ce qui a privé l'équipe d'animateurs avec laquelle elle travaillait d'un cinquième de ses effectifs, perturbant ainsi son fonctionnement. Par ailleurs, la commune de Montreuil produit une attestation d'une collègue de la requérante en date du 5 août 2019 expliquant que Mme B se plaignait toujours, était toujours fatiguée, ne supportait pas les enfants et était à l'origine de tensions avec ses collègues. Dans une attestation en date du

25 juin 2019, une autre collègue de Mme A mentionne qu'elle manquait de patience à l'égard des enfants parce qu'elle était en manque de nicotine et lui reproche aussi de provoquer des conflits avec ses collègues. Ces pièces n'étant pas sérieusement contestées par la requérante, son comportement était de nature à perturber le service d'animation dans lequel elle travaillait, de sorte que le non-renouvellement de son contrat n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du

13 juillet 1983 : " La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires./Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race (). ".

9. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime léser par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Il en va également ainsi lorsque la décision contestée devant le juge administratif a été prise par une instance indépendante de l'administration qui défend. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En se bornant à soutenir, sans assortir ce moyen d'un quelconque commencement de preuve, qu'au cours d'un entretien qui a eu lieu en janvier 2019, un autre agent lui aurait dit " la gériatrie ça suffit ", Mme A ne produit pas d'éléments suffisants susceptibles de faire présumer qu'elle a fait l'objet d'une discrimination en raison de son âge. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

III- Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner, dans les conditions prévues à l'article 75, la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à une somme au titre des frais que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Il peut, en cas de condamnation, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre le recouvrement à son profit de la somme allouée par le juge ".

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montreuil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil de Mme A réclame au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Montreuil.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,Le président, F. L'hôteJ.-C. TruilhéLe greffier, A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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