mardi 18 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2009656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CHARREL ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 septembre 2020 et le 3 mars 2022, Mme A D, représentée par Me Jeudi, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles l'université Sorbonne Paris Nord et l'Assistance public- Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont rejeté ses demandes tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait des fautes de service et des fautes personnelles commises par son supérieur hiérarchique non détachables du service ;
2°) de condamner solidairement l'université Sorbonne Paris Nord et l'AP-HP au versement de la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis résultant de la situation de harcèlement moral, des fautes commises et de la méconnaissance de l'obligation de sécurité, assortie des intérêts de droit à compter du 18 juin 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'université Sorbonne Paris Nord et de l'AP-HP une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP et de l'université Sorbonne Paris Nord est engagée au titre des fautes personnelles non détachables du service émanant du professeur C, chef du service de médecine légale, constituées notamment par un comportement inapproprié, des manœuvres tendant à son éviction de la médecine légale et le retrait de ses missions d'évaluation et d'enseignement et de ses missions de recherches ;
- la responsabilité de l'AP-HP et de l'université Sorbonne Paris Nord est engagée au titre du harcèlement subi de la part du professeur C ;
- la responsabilité de l'AP-HP et de l'université Sorbonne Paris Nord est engagée sans faute, au titre des manquements à l'obligation de sécurité en l'absence de protection fonctionnelle accordée ;
- elle est fondée à demander la réparation du préjudice constitué par sa souffrance au travail, évalué à la somme de 10 000 euros ;
- elle est fondée à demander la réparation du préjudice relatif à sa carrière professionnelle, évaluée à la somme de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er décembre 2021, le 31 décembre 2021 et le 18 mars 2022, l'université Sorbonne Paris Nord, représentée par Me Gaspar, conclut à titre principal, à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge de Mme D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'université doit être mise hors de cause dès lors que le harcèlement allégué proviendrait d'un chef de service au sein de l'établissement hospitalier Jean Verdier ;
- aucun agissement caractéristique de harcèlement moral n'est établi ;
- les obligations de sécurité n'ont pas été méconnues dès lors qu'aucune demande de protection fonctionnelle n'a été formée et qu'à supposer que des fautes ait été commises, l'université n'a pas manqué à son devoir de protection ;
- les préjudices allégués ne sont pas établis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°84-135 du 24 février 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lunshof,
- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,
- et les observations de Me Jeudi, représentant Mme D, et de Me Carnelutti, représentant l'université Sorbonne Paris Nord, en présence de M. B, directeur des affaires juridiques de l'université.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été recrutée par l'université Sorbonne Paris Nord et l'AP-HP pour une durée de deux ans à compter du 1er novembre 2016, par un arrêté du 30 septembre 2016, en qualité de chef de clinique des universités-assistants des hôpitaux afin d'exercer des fonctions universitaires en médecine légale et droit de la santé à l'UFR santé médecine et biologie humaine de l'université Sorbonne Paris Nord et des fonctions hospitalières dans le service de médecine légale de l'hôpital Jean Verdier. Estimant avoir été victime de faits de harcèlement moral, elle a sollicité par courrier du 16 juin 2020 adressé à l'AP-HP et à l'université Sorbonne Paris Nord le versement d'une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subi du fait de ce harcèlement, des fautes personnelles de son supérieur hiérarchique non détachable du service ainsi que de la méconnaissance de l'obligation de sécurité. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant exclusivement au tribunal la condamnation solidaire de l'université Sorbonne Paris Nord et de l'AP-HP au versement de la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la situation de harcèlement moral, des fautes personnelles non détachables du service, et de la méconnaissance de l'obligation de sécurité.
Sur la mise hors de cause de l'université Sorbonne Paris Nord :
2. Aux termes de l'article 1er du décret du 24 février 1984 portant statut des personnels enseignants et hospitaliers des centres hospitaliers et universitaires, alors applicable : " Dans les centres hospitaliers et universitaires, les fonctions universitaires et hospitalières sont exercées conjointement par un personnel médical et scientifique qui comprend : () 3° Des personnels non titulaires : /a) Chefs de clinique des universités-assistants des hôpitaux () ". Aux termes de l'article 26-1 de ce décret alors en vigueur : " les chefs de clinique des universités-assistants des hôpitaux et les assistants hospitaliers universitaires sont recrutés par décision conjointe du directeur du centre hospitalier universitaire et du directeur de l'unité de formation et de recherche concernée sur proposition du praticien hospitalier exerçant les fonctions de chef de service, après avis du conseil de l'unité de formation et de recherche et de la commission médicale d'établissement ". Dès lors que la requérante sollicite la réparation des préjudices à raison des fautes commises par son employeur, constituées notamment par le manquement à son obligation de sécurité, l'université n'est en tout état de cause pas fondée à demander sa mise hors de cause. Par suite, les conclusions en ce sens doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable, dont les dispositions ont été reprises aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.
5. Pour faire présumer la situation de harcèlement moral, Mme D se prévaut d'abord du comportement inadapté de son supérieur hiérarchique, chef du service de médecine légale, à son égard. Toutefois, l'utilisation d'expressions humiliantes telles que " plante verte " n'est pas établie par les pièces versées au dossier de même que ne sont pas établies l'absence de soutien affiché de son supérieur au cours du congrès de médecine légale en juillet 2017 et le fait qu'il aurait exposé en réunion de service sa plainte concernant sa souffrance éprouvée au travail en septembre 2017.
6. En revanche, il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme D s'est vue retirer au titre de la période de mai 2018 à novembre 2018 l'organisation de certains cours externes et internes ainsi que la charge des évaluations des internes du service de médecine légale et sociale, retrait dont ont été informés l'ensemble des élèves concernés, d'autre part, qu'elle n'a plus été associée dès le mois de décembre 2017 à la mission de recherche initiée par le professeur C à laquelle elle participait depuis janvier 2017 et enfin qu'elle a été la seule étudiante inscrite en 2018 au diplôme d'études spécialisées complémentaires (DESC) de médecine légale, qu'elle n'a pas obtenu, à avoir fait l'objet d'une note écrite défavorable de la part du professeur C à l'attention des membres du jury, dont il faisait au demeurant parti, de la commission locale de coordination de la spécialité " médecine légale et expertise médicale ", chargée de se prononcer dans sa séance du 16 octobre 2018 sur la validation du diplôme d'études spécialisées de six candidats. Les éléments ainsi invoqués par Mme D sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Toutefois si le comportement managérial de son supérieur hiérarchique n'est pas exempt de reproches, il résulte de l'instruction, d'une part, que le retrait de certaines missions d'enseignement s'explique par des désaccords persistant avec ce dernier, lequel au demeurant est chargé, en application de l'article 41 du décret précité, de l'organisation des programmes d'enseignement et lui a proposé ultérieurement d'autres enseignements, d'autre part, que le retrait de la mission de recherche " subnigav " résulte d'un intérêt insuffisant manifesté par la requérante pour différents projets de recherche, et enfin que des tentatives d'apaisement de la situation et d'attribution de nouveaux enseignements ont été menées par le professeur C. Ainsi, eu égard au comportement de la requérante, les retraits de missions d'enseignement et de recherche en cause ne peuvent être regardés comme ayant excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et comme ayant eu pour but de lui nuire. L'AP-HP établit également que si la communication d'une note concernant le mémoire de DESC de l'intéressée aux autres membres du jury de la commission n'est pas exempte de reproche, elle procédait du souci de mettre en lumière un manque d'exigences scientifiques standard et non d'une volonté de nuire de la part du professeur C, dont la simple présence lors de la délibération du jury ne suffit pas à établir, à soi seul, la partialité et par suite l'illégalité de la délibération du jury. Enfin, les attestations de proches et les certificats médicaux produits par Mme D, s'ils attestent d'une souffrance au travail, ne permettent pas d'établir qu'elle découlerait d'un harcèlement moral à son encontre. Dans ces conditions, l'AP-HP et l'Université Sorbonne Paris Nord doivent être regardées comme établissant que les agissements dénoncés par Mme D étaient justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que leur responsabilité est engagée à ce titre.
7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, Mme D n'est fondée à soutenir ni que le professeur C aurait eu à son égard un comportement inapproprié, ni que le retrait de certaines de ses missions serait fautif. Si elle se prévaut de la faute qu'il aurait commise en communicant une note aux membres du jury de validation du diplôme de DESC, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la décision du jury de ne pas valider le DESC de Mme D aurait été entachée de partialité et fondée sur des motifs erronés. Dans ces conditions, Mme D n'est pas davantage fondée à demander pour ce motif l'engagement de la responsabilité solidaire de l'AP-HP et de l'Université Sorbonne Paris Nord au titre des fautes personnelles non détachables du service qu'aurait commise son supérieur hiérarchique
8. Enfin, compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 et 6, Mme D n'est pas davantage fondée à soutenir que son employeur aurait méconnu les dispositions de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 relative à l'octroi de la protection fonctionnelle alors au demeurant qu'elle ne l'a, en tout état de cause, pas sollicitée.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à ce titre à la charge de l'AP-HP et de l'université Sorbonne Paris Nord qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D une somme au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1erer : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratives par l'AP-HP sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'université Sorbonne Paris Nord tendant à sa mise hors de cause sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à l'université Sorbonne Paris Nord et à l'Assistance public -Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Lunshof, première conseillère,
Mme Courneil, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.
La rapporteure,
M. Lunshof
La présidente,
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche et au ministre de la santé en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026