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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2010135

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2010135

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2010135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP CHRISTOPHE PEREIRE NICOLAS CHAIGNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2020 et le 13 septembre 2021, la SARL Tokyo, représentée par la SCP Christophe Pereire - Nicolas Chaigneau, demande au tribunal :

1°) de condamner la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP) à lui verser une somme de 62 081 euros en réparation de son préjudice, résultant des travaux de prolongement de la ligne 14 du métro parisien au cours des années 2013 à 2018 ;

2°) de mettre à la charge de la RATP la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses conclusions ne sont pas dirigées contre la décision de la commission de règlement amiable de la RATP ;

- la décision préalable de refus d'indemnisation de la RATP est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur s'agissant de la période concernée par les perturbations ;

- il existe un lien de causalité entre la baisse du chiffre d'affaires et les travaux réalisés ;

- le caractère anormal de son préjudice résulte l'importance des perturbations subies et de leur durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2021, la RATP conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de règlement amiable de la RATP sont irrecevables :

- subsidiairement, cette décision est régulière ;

- le préjudice allégué n'a pas de caractère anormal et spécial ;

- le préjudice est compensé par l'amélioration de la desserte, de l'environnement et de l'attractivité résultant des travaux ;

- il n'y a pas de lien de causalité entre le préjudice et les travaux ;

- la requérante n'a pas justifié du montant de sa demande indemnitaire.

Par ordonnance du 29 novembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 29 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courcet-Desvaux ;

- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées. a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Tokyo exploite deux établissements de restauration situé au 131 et au 165 boulevard Victor Hugo à Saint-Ouen. Des travaux ont été entrepris pour le prolongement de la ligne 14 du métro parisien le long de cette voie. La SARL Tokyo demande l'indemnisation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'exécution de ces travaux.

Sur la responsabilité de la RATP :

2. Les riverains des voies publiques ont la qualité de tiers par rapport aux travaux publics d'aménagement ou de réfection de ces voies. S'ils subissent un dommage à cette occasion, il incombe à la collectivité maîtresse d'ouvrage, même en l'absence de toute faute de sa part, d'en assurer l'indemnisation à la double condition pour le demandeur d'établir, d'une part, le lien de causalité présenté avec les travaux publics litigieux et, d'autre part, le caractère grave et spécial du préjudice qu'il invoque. En outre, ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics et, en particulier, à ceux des voies publiques.

3. D'une part, si la requérante produit divers documents qui évoquent un début des travaux dès 2013, ceux-ci concernent l'ensemble des travaux nécessaires au prolongement de la ligne 14 du métro parisien et procurent des informations très générales qui ne permettent pas de connaître la période au cours de laquelle les travaux au droit des établissements de la SARL Tokyo ont été réalisés, ainsi que leur consistance. Les photos produites, en outre, ne sont pas datées. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment de la pièce n°6 produite par la requérante, qu'en ce qui concerne la zone dans laquelle les établissements se situent, les travaux ont duré du 8 avril 2015 à l'automne 2016.

4. Ainsi, en l'absence de démonstration de l'existence de travaux de nature à affecter l'exploitation des établissements de la société requérante pour la période du 1er janvier 2013 au 7 avril 2015 et la période du 21 décembre 2016 au 31 décembre 2018, les conclusions à fin d'indemnisation pour ces périodes doivent être rejetées.

5. D'autre part, pour la période du 8 avril 2015 au 20 décembre 2016, il résulte de l'instruction, en particulier des liasses fiscales produites par la requérante, que les chiffres d'affaires de la SARL Tokyo pour les exercices clos 2015 et 2016 sont supérieurs à celui de l'exercice clos 2014. Dès lors, la requérante ne rapporte pas la preuve d'une baisse d'activité de ses établissements en lien avec l'exécution des travaux publics en litige. Elle ne démontre donc pas l'existence d'un quelconque préjudice susceptibles d'avoir résulté de ceux-ci.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation pour la période du 8 avril 2015 au 20 décembre 2016 doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la SARL Tokyo tendant à ce que soient mises à la charge de la RATP, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par elle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Tokyo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Tokyo et la RATP.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Courcet-Desvaux, première conseillère,

Mme Courneil, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La rapporteure,

A. Courcet-Desvaux

Le président,

J. Charret La greffière,

D. Ferreira

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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