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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2010581

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2010581

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2010581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 octobre 2020, enregistrée le 7 octobre 2020 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par Mme A.

Par une requête enregistrée le 11 août 2020 au greffe du tribunal administratif de Paris et un mémoire enregistré le 15 octobre 2021 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, Mme A, représentée par Me Regent, demande au tribunal, dans le dernier état de de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 14 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire sénégalais contre un permis français ainsi que la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 12 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du caractère déraisonnablement long de l'instruction de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat, Me Regent, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'existence d'un accord de réciprocité doit être appréciée à la date de dépôt de sa demande d'échange ;

- les décisions attaquées méconnaissent le principe de sécurité juridique ;

- le délai d'instruction de sa demande présente un caractère fautif dès lors qu'il a été déraisonnablement long ;

- elle doit être indemnisée à hauteur de 2 000 euros en raison des frais qu'elle devra engager pour repasser son permis de conduire et à hauteur de 10 000 euros à raison de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la requérante au soutien de ces conclusions à fin d'annulation ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 mars 2021 et 22 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Le président de la cour administrative d'appel de Paris a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 18 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, modifié notamment par l'arrêté du 9 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise qui bénéficie de la protection subsidiaire, a sollicité le 4 février 2019 l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités sénégalaises contre un permis de conduire français. Par une décision du 14 mai 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. L'intéressée a déposé un recours hiérarchique contre ce refus qui a été rejeté par le ministre de l'intérieur par une décision du 27 juillet 2020. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces deux décisions ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 12 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du caractère déraisonnablement long de l'instruction de sa demande d'échange de permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, dans sa version applicable, dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange. () ".

3. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication.

4. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 2.

5. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

6. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.

7. Il en va ainsi même si la décision de refus prise postérieurement au 19 avril 2019 fait suite à une demande, déposée par un bénéficiaire du statut de réfugié, un apatride ou un étranger ayant obtenu la protection subsidiaire, qui a donné lieu, avant cette date, à une première décision de rejet, expresse ou implicite, fondée sur l'absence d'accord de réciprocité. L'illégalité susceptible d'entacher ce premier refus est en effet sans incidence sur le bien-fondé de la décision qui, postérieurement au 19 avril 2019, abroge ce premier refus, lequel n'est pas créateur de droit, et oppose un nouveau refus fondé sur l'absence, à la date de la nouvelle décision, d'accord de réciprocité entre la France et l'Etat ayant délivré le permis. Dans un tel cas, il appartient seulement à l'intéressé, s'il s'y croit fondé, de demander à être indemnisé des conséquences dommageables du premier refus d'échange de permis de conduire qui lui a été opposé.

8. En l'espèce, la requérante fait valoir que le Sénégal figurait sur la liste des États dont les ressortissants pouvaient solliciter l'échange de leur permis de conduire antérieurement au 31 mars 2020 et, par suite, à la date de dépôt de sa demande d'échange le 4 février 2019. Toutefois, et en tout état de cause, il n'existait pas d'accord de réciprocité entre la France et cet Etat à la date de la décision du préfet de la Loire-Atlantique le 14 mai 2020. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit et méconnaissent le principe de sécurité juridique.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. La requérante soutient que l'instruction de sa demande visant à l'échange de son permis de conduire présente un caractère fautif dès lors qu'elle a été déraisonnablement longue. Toutefois, dès lors que sa demande a été implicitement rejetée le 4 février 2019 et qu'il lui était loisible de saisir la juridiction pour en demander l'annulation dès sa naissance, elle ne peut se prévaloir d'une carence fautive de l'administration quant à la durée d'instruction de sa demande.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

La magistrate désignée,

N. Syndique

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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