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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2011222

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2011222

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2011222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2020, Mme B A, représentée par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne comptabilise pas les années antérieures à une prétendue mesure d'éloignement non exécutée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait en ce que, d'une part, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a considérée comme célibataire alors qu'elle vit en concubinage depuis 2014 et d'autre part, il n'a pas fait état de tous les bulletins de salaire produits, qui excèdent les sept fiches de paye mentionnées dans la décision attaquée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

-elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions du 4ème alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle n'a pas reçu notification d'une précédente mesure d'éloignement ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise, a sollicité le 5 février 2019 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2.(). ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que la requérante a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 4 septembre 2019, notifiée le 10 septembre 2019 et pour laquelle aucune décision d'annulation ou d'abrogation n'est intervenue. Le préfet déduit de cette situation que l'intéressée, qui déclare être présente sur le territoire national depuis le 6 avril 2013, ne saurait être regardée comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de la mesure d'éloignement précitée et qu'elle ne peut donc se prévaloir d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire national. Si un tel motif est erroné dès lors que l'appréciation de la présence habituelle et continue d'un étranger sur le territoire national n'est pas conditionnée par sa régularité, cette erreur de droit demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui a par ailleurs relevé que la requérante, divorcée et sans charge de famille, ne justifie pas d'une insertion professionnelle effective et suffisamment stable, aurait pris la même décision au regard de son pouvoir de régularisation s'il ne l'avait pas commise.

4. En deuxième lieu, Mme A se prévaut de sa résidence en France depuis 2012 et de son intégration professionnelle depuis 2015. Toutefois, les pièces produites ne justifient de sa présence habituelle en France que depuis avril 2013, étant précisé que la durée de présence en France ne constitue pas en soi un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante, qui est divorcée, ne justifie pas par des pièces suffisamment probantes et circonstanciées de l'existence d'un concubinage. A cet égard, elle n'est pas fondée à se prévaloir d'une erreur de fait quant à sa situation de célibat. Les bulletins de paie pour un emploi d'esthéticienne pour la période de février 2019 à juin 2020, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour ce même emploi, sont insuffisants pour permettre à Mme A, qui est célibataire, sans charge de famille en France et ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales en Chine, où résident ses parents et son enfant né en 2005, de démontrer que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle ne justifiait pas de circonstances humanitaires ou d'un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, si Mme A soutient que la décision en litige est entachée d'erreur de fait dès lors que le préfet s'est mépris sur le nombre de fiches de paie en sa possession, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet quant à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dès lors que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas mépris sur leur nombre.

6. Enfin, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4 relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme A en France, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, la décision litigieuse vise le III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également indiqué que Mme A avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 4 septembre 2014, élément sur lequel il s'est fondé pour fixer à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été opposée à l'intéressée. La décision litigieuse comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le préfet de Seine-Saint-Denis ne pouvait se fonder sur le III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dès lors qu'elle n'aurait jamais reçu de précédente mesure d'éloignement, un tel moyen ne pourra qu'être écarté, le préfet produisant dans le cadre de la présente instance la copie de l'arrêté du 4 septembre 2014 et la preuve de sa notification à l'intéressée.

9. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

10. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. La requérante, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision lui. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ne peut qu'être écarté.

11. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 4 et de la circonstance que la requérante a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, c'est sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Ce moyen doit donc être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

J. C

Le premier assesseur,

D. Charageat

La greffière,

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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