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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2011339

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2011339

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2011339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantATHON-PEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 octobre 2020 et le 8 juin 2022, M. B A, représenté par Me Athon-Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du par laquelle le directeur de la direction départementale des finances publiques de Seine-Saint-Denis a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la direction départementale des finances publiques de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de sa maladie dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le directeur départemental des finances publiques s'est estime lié par l'avis de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il était en service lors de l'apparition de ses troubles psychiques, que des pièces médicales attestent du lien de causalité entre son état dépressif et ses conditions de travail et qu'il ne présente aucun antécédent psychiatrique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 janvier 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986,

- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent administratif, est affecté depuis au. Il a été placé en congé de maladie du . Il a rempli, , une déclaration de maladie professionnelle et l'a transmise à son administration. Par une décision du , le directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie. Par un courrier du , M. A a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision, à la suite duquel l'administration a procédé à une nouvelle instruction et a de nouveau rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie, par une décision du , puis par une décision intervenue le, qui " annule et remplace " la précédente. Par un jugement , le présent tribunal a annulé la décision du au motif qu'elle était entachée d'un vice de procédure. Dans le cadre d'une nouvelle instruction de sa demande, la commission de réforme réunie le a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de M. A. Afin de régulariser un vice de procédure, la commission de réforme s'est prononcée par un nouvel avis défavorable en date du . Par une décision du, dont le requérant demande l'annulation dans le cadre de la présente instance, le directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, indique en particulier que la commission de réforme, lors de sa séance du , a confirmé les précédentes décisions des en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'arrêt maladie du . Elle précise par ailleurs que la commission a " considéré qu'il n'y avait pas de relation directe unique et certaine entre la pathologie et les conditions de travail " et que la " direction départementale des finances publiques de Seine-Saint-Denis entend se conformer à la décision de la commission de réforme ". Eu égard à ces précisions, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis a, dans la décision en litige, expressément fait mention de l'avis de la commission de réforme qui s'est réunie le , en indiquant qu'il entendait " se conformer à la décision de la commission de réforme ", il ressort des pièces du dossier qu'il a ainsi entendu exprimer le fait qu'il s'appropriait les motifs de cet avis pour refuser la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur départemental des finances publiques de Seine-Saint-Denis se serait cru en situation de compétence liée doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, d'une part, l'article 21 bis introduit, dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, par l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, qui n'est entré en vigueur qu'avec l'intervention de son décret d'application n° 2019-122 du 21 février 2019, n'étant pas applicable à la situation de M. A, lors de sa déclaration de maladie professionnelle le , celle-ci était régie par l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction antérieure. Aux termes de cet article : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".

5. D'autre part, en application de ces dispositions une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. En l'espèce, M. A, affecté au sein du , se prévaut de la dégradation de ses conditions de travail à la suite d'une réorganisation des services. Il soutient à cet égard qu'il s'est vu retireer certaines de ses missions et attribuer de nouvelles qui relevaient des tâches normalement affectées à un agent de catégorie A alors que sa hiérarchie aurait au demeurant refusé, . Toutefois, si M. A produit deux attestations d'un contrôleur principal et d'un délégué syndical témoignant d'une diminution des effectifs au sein du service de M. A, d'une surcharge de travail de ce dernier ainsi que d'une attribution de missions de catégorie A, de telles circonstances ne sont établies par aucun élément objectif permettant d'apprécier la portée et la quantité des tâches confiées à l'intéressé. En outre, l'entretien du entre M. A et son supérieur hiérarchique, tel que décrit par un inspecteur des finances publiques y ayant assisté, ne constitue ni un accident de service, survenu six mois avant le premier arrêt maladie, ni ne révèle des agissements répétés d'agressivité ou de dénigrement à son égard. Ainsi, alors que les rapports d'expertise psychologique soulignent en particulier la psychorigidité de M. A, de même que sa tendance à être procédurier, ni les écritures du requérant, ni les différentes pièces versées au dossier par les parties ne permettent de caractériser que les conditions de travail qu'a connues M. A auraient été de nature à susciter ou aggraver le développement de sa maladie psychologique. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Un tel moyen doit par suite être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées sur ce fondement doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

L. C

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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