Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2020, M. C..., représenté par Me Dehan demande au tribunal d’annuler les décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 19 mai 2015, 9 octobre 2015, 11 avril 2016, 24 septembre 2016, 11 mai 2017, 28 février 2017, 8 juin 2017, 28 juillet 2017 et 27 janvier 2017.
Il soutient que :
- il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion des retraits de points contestés ;
- la réalité des infractions n’est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l’annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 19 mai 2015, 28 février 2017, 8 juin 2017, 28 juillet 2017 et 27 janvier 2017 sont sans objet dès lors que le relevé d’information intégral ne mentionne pas ces infractions ;
- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 15 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. C... demande l’annulation des décisions portant retrait de points de son permis de conduire à la suite des infractions qu’il aurait commises les 19 mai 2015, 9 octobre 2015, 11 avril 2016, 24 septembre 2016, 11 mai 2017, 28 février 2017, 8 juin 2017, 28 juillet 2017 et 27 janvier 2017.
Sur l’étendue du litige :
2. Il résulte du relevé d’information intégral du 21 décembre 2021 qu’aucune infraction entrainant un retrait de points n’a été relevée à l’encontre de M. C... les 19 mai 2015, 28 février 2017, 8 juin 2017, 28 juillet 2017 et 27 janvier 2017. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions de retrait d’un point consécutive à des infractions commises à ces dates sont dépourvues d’objet et doivent être déclarées irrecevables.
Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :
3. Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. (…) ».
4. Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.
En ce qui concerne les infractions des 11 avril 2016, 24 septembre 2016 et 11 mai 2017 :
5. Il résulte des mentions du relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. C... produit par l’administration que les infractions constatées les 11 avril 2016, 24 septembre 2016 et 11 mai 2017 et relevées par procès-verbal électronique ont donné lieu à un paiement différé de l’amende forfaitaire. Le paiement de l’amende forfaitaire suffit à établir que l’intéressé a nécessairement reçu l’avis de paiement sur lequel figurent les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L’administration s’est ainsi acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d’information, l’intéressé ne justifiant pas avoir reçu un avis d’amende forfaitaire inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut d’information préalable doit être écarté pour ces trois infractions.
En ce qui concerne l’infraction commise le 9 octobre 2015 :
6. En application du second alinéa de l’article 529-2 du code de procédure pénale, en l’absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l’infraction ou la date d’envoi de l’avis de contravention, l’amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d’un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l’amende forfaitaire majorée implique nécessairement que le contrevenant a préalablement reçu l’avis d’amende forfaitaire majorée. Le formulaire d’avis d’amende forfaitaire majorée utilisé par l’administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu’en l’absence de contestation de l’amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l’ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu’il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l’amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu’il doit être regardé comme établi que l’administration s’est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l’amende, les informations requises, à moins que l’intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d’un avis inexact ou incomplet.
7. En ce qui concerne l’infraction relevée le 9 octobre 2015 par radar automatique, le ministre de l'intérieur produit un document émanant de la trésorerie du centre de contrôle automatisé de Rennes attestant du paiement de l’amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction le 27 novembre 2017. M. C... a dès lors nécessairement reçu à l’adresse de son domicile un avis d’amende forfaitaire majorée relative à cette infraction, établi sur les modèles du centre d’enregistrement et de révision des formulaire administratifs (CERFA) comportant les mentions exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de ce que le retrait de points n’aurait pas été précédé de l’information requise par les dispositions du code de la route doit être écarté pour cette infraction.
Sur la réalité des infractions :
8. Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « (…) La réalité d’une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive. (…) ». Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l’article 530 du même code, que le mode d’enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l’infraction est établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 de ce code dès lors qu’est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l’amende forfaitaire ou de l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, sauf si l’intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l’annulation du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée.
En ce qui concerne les infractions des 11 avril 2016, 24 septembre 2016 et 11 mai 2017 :
9. Il résulte des mentions du relevé d’information intégral renseigné par le ministère public que M. C... a réglé l’amende forfaitaire correspondant aux infractions commises les 11 avril 2016, 24 septembre 2016 et 11 mai 2017, sans que l’intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération. Il suit de là qu’en application de l’article L. 223-1 du code de la route, la réalité de ces infractions est établie.
En ce qui concerne l’infraction commise le 9 octobre 2015 :
10. Il résulte des mentions du relevé d’information intégral qu’un titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée correspondant à l’infraction commise le 9 octobre 2015 a été émis, sans que M. C... ne fasse valoir qu’il aurait déposé une réclamation ayant entraîné l’annulation de ce titre exécutoire. Par suite, la réalité de cette infraction est établie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
La magistrate désignée,
N. Syndique
Le greffier,
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.