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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2011667

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2011667

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2011667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBOHBOT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2020, M. A C, représenté par

Me Bohbot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 23 juin 2020 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil l'a radié des cadres pour abandon de poste à compter du 14 avril 2020 ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, la " dette " réclamée par le centre hospitalier intercommunal d'un montant de 2 165,83 euros du fait de la radiation des cadres ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il a été empêché de rejoindre son poste, du fait de l'annulation de son vol au départ de Bamako et de la fermeture des frontières dans le cadre de la crise sanitaire causée par la covid 19, ces faits constituant ainsi un cas de force majeure.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2020, le centre hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de

2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive, dès lors qu'elle a été enregistrée au-delà du délai de deux mois prévu par l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, le moyen de la requête n'est pas fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 février 2023 à 12h par une ordonnance du

23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été recruté sous couvert d'un contrat à durée indéterminée par le centre hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil en qualité . L'intéressé n'a pas repris ses fonctions à l'issue de ses congés le 14 avril 2020. Par une décision en date du 23 juin 2020, la directrice générale du CHI Le Raincy-Montfermeil l'a radié des cadres pour abandon de poste à compter du 14 avril 2020. M. C demande l'annulation de cette décision ainsi que par voie de conséquence l'annulation de " sa dette " du fait du versement de son traitement postérieurement à cette date.

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être légalement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en l'absence de M. C à la date de reprise de ses fonctions prévue le 14 avril 2020 et de toute manifestation de sa part auprès du service voire de ses collègues sur sa situation, le centre hospitalier intercommunal l'a invité le 18 mai 2020 à régulariser sa situation du fait de son absence irrégulière, puis en l'absence de toute réponse, l'a vainement mis en demeure le 4 juin 2020 de reprendre ses fonctions au plus tard à la date du

20 juin 2020. Si M. C fait état d'une situation de force majeure l'empêchant de reprendre ses fonctions du fait de l'annulation de son vol de retour à et de la fermeture des frontières dans le contexte de la crise sanitaire de la covid 19, il n'apporte toutefois pas d'élément établissant qu'il était dans l'impossibilité matérielle ou médicale de prévenir par tous moyens pendant une période de près de deux mois et demi son employeur de l'impossibilité de rejoindre ses fonctions. Il n'établit pas davantage par la production d'un seul échange avec la cellule Covid de l'ambassade de France en date du 15 avril 2020 de la réalité des démarches effectuées jusqu'à la date effective de son retour le 4 juillet, en vue d'assurer son rapatriement dans les meilleurs délais en sa qualité de personnel soignant. En outre, la crise sanitaire et la fermeture des frontières, qui étaient envisagée dès le 12 mars 2020, soit avant le départ du requérant, ne présentait pas un caractère d'imprévisibilité caractérisant une situation de force majeure. Enfin, M. C qui est rentré sur le territoire français le 4 juillet 2020, n'a aucunement manifesté l'intention de reprendre ses fonctions en reprenant contact avec son employeur ou ses collègues, ne contestant, au demeurant, la décision de radiation des cadres prise à son encontre que le 29 octobre 2020, soit plus de quatre mois après son retour. Dans ces conditions, qui ne caractérisent pas une situation de force majeure, l'autorité compétente était en droit d'estimer, dans les circonstances de l'espèce que le lien avec le service avait été rompu du fait de M. C et que l'abandon de poste était constitué.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le CHI, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée et par voie de conséquence l'annulation de " sa dette ". Ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées. Les conclusions du centre hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil présentées au même titre doivent être rejetées, dès lors qu'il n'établit pas avoir exposé de tels frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au centre hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,La présidente,Signé Signé Mme de BouttemontMme ELa greffière,Signé Mme B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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