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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2012083

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2012083

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2012083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 novembre 2020 et 13 juin 2022,

M. A B, représenté par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans le décompte de sa durée de présence en France ;

- la fraude relevée par le préfet n'est pas établie ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'annulation de la décision portant refus de séjour prive de base légale les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

- les décisions attaquées sont entachées des mêmes illégalités que la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet n'a pas pris en considération l'ensemble des critères mentionnés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a prise en méconnaissance du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Frydryszak, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 29 juillet 1982, a formulé le 7 juillet 2017 une demande d'admission exceptionnelle au séjour complétée le 7 février 2019. Par un arrêté en date du 23 septembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, le préfet cite notamment l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et mentionne les raisons pour lesquelles, au regard des pièces fournies par M. B, ainsi que de sa situation privée et familiale, il n'y a pas lieu de l'admettre au séjour. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B fait valoir qu'il a transmis, le 6 février 2019, un nouveau " pack employeur " que le préfet, après avoir considéré que celui sur lequel la demande de titre de séjour était initialement fondée était basé sur de faux documents, n'aurait pas examiné. Il ressort cependant des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a explicitement visé le complément de dossier transmis par l'intéressé et la circonstance, alléguée par M. B, que la fraude relative au " pack employeur " initial, ne serait pas établie, n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée de défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le préfet ne peut valablement opposer à M. B la mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 28 juin 2013 pour refuser de prendre en considération sa durée de présence en France antérieure à cette mesure, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de droit dès lors que l'intéressé affirme être entré en France, sans au demeurant l'établir, en février 2012, soit peu de temps avant le prononcé de la mesure d'éloignement.

5. En quatrième lieu, si M. B soutient que la fraude sur laquelle s'est fondé le préfet pour refuser de lui délivrer un titre de séjour ne serait pas suffisamment établie, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des observations en défense du préfet que M. B a renoncé à se prévaloir du " pack employeur " auprès de la société(ANO) Nef(ANO) qui comprenait de bulletins de paie au cours de la période de janvier 2014 à juin 2017, que le préfet a estimé être basé sur de faux documents. D'autre part, il ressort des observations en défense du préfet qui ont été communiquées au requérant qu'il justifie également la décision portant de refus de titre de séjour en considération de l'insuffisance de l'insertion professionnelle de M. B et que ce motif peut être substitué à celui de la fraude dès lors que les fonctions d'employé polyvalent que l'intéressé indique exercé depuis le mois de mars 2017 pour le compte de la société (ANO)Free Pizza(ANO) jusqu'à la date de la décision attaquée ne permettent pas de caractériser une insertion professionnelle particulièrement significative. Il s'ensuit que le moyen tiré par le requérant de ce que la fraude relevée par le préfet pour rejeter la demande de titre de séjour formulée par M. B n'est pas établie doit être écarté.

6. En cinquième lieu, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et désormais repris à l'article à l'article L. 435-1, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. M. B fait valoir qu'il séjourne en France depuis 2012 et qu'il travaille pour le compte de la société (ANO)Free Pizza(ANO) depuis le mois de mars 2017 jusqu'à la date de l'arrêté attaqué. Cependant, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 5, l'activité professionnelle dont se prévaut M. B ne permet pas de caractériser une insertion professionnelle particulière significative et que l'intéressé ne se prévaut d'aucune attache familiale en France, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en faveur de M. B.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. B fait valoir qu'il séjourne en France depuis le mois de février 2012 et qu'il y travaille depuis le mois de mars 2017, ces éléments ne sont pas suffisants pour considérer que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'autant que l'intéressé ne se prévaut d'aucune attache familiale en France.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

10. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que les moyens dirigés par le requérant contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être écartés, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité, ni à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination seraient entachées des mêmes illégalités.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 613-2 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français./()/ La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour, indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. En premier lieu, le préfet a cité le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et a explicité les éléments relatifs à la durée de présence en France de M. B ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France. La décision attaquée est motivée tant dans son principe que dans sa durée et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

14. Alors qu'ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet a explicité, dans l'arrêté attaqué, les éléments relatifs à la durée de présence en France de M. B ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, ce dernier n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait commis une erreur de droit faute d'avoir examiné l'ensemble des critères prévus au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En dernier lieu, la durée du séjour de M. B en France ainsi que l'insertion professionnelle dont il se prévaut ne permettent de considérer que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions citées au point 10, ni des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

M. Marias, premier conseiller.

Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. Parent

Le président,

Signé

T. Bonhomme La greffière,

Signé

B. Bichaoui

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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