mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2012206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIÉS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une première requête, n° 2012206, enregistrée le 9 novembre 2020, M. A D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2020 du maire de la commune d'Aubervilliers portant suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois ;
2°) et d'enjoindre à la commune d'Aubervilliers de le réintégrer dans ses fonctions.
Il soutient que :
- il n'a pas été réintégré dans ses fonctions au terme de sa suspension ;
- cette décision traduit une situation de harcèlement moral à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la commune d'Aubervilliers, représentée par Me Carrere, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Deux mémoires ont été enregistrés les 1er décembre 2023 et 7 mars 2024 pour le compte de M. D, ils n'ont pas été communiqués.
II. Par une seconde requête n° 2012931, enregistrée le 24 novembre 2020, M. A D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2020 du maire de la commune d'Aubervilliers portant suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2020 du maire d'Aubervilliers par lequel il a été placé en congé de longue maladie d'office à compter du 7 juillet 2020 ;
3°) et d'enjoindre à la commune d'Aubervilliers de le réintégrer dans ses fonctions.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 11 juin 2020 prononçant la suspension à titre conservatoire de M. D :
- aucune procédure disciplinaire n'a été engagée au terme des quatre mois ;
En ce qui concerne l'arrêté du 18 novembre 2020 par lequel il a été placé en congé de longue maladie d'office :
- il méconnaît les dispositions de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 dans la mesure où il est apte à l'exercice de ses fonctions ;
- il traduit une situation de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, la commune d'Aubervilliers, représentée par Me Carrere, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Un mémoire a été enregistré le 7 mars 2024 pour le compte de M. D, soit postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 13 juillet 1983,
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;
- les observations de M. D,
- et les observations de Me Lefébure, substituant Me Carrere et représentant la commune d'Aubervilliers.
Deux notes en délibéré, enregistrées les 15 et 20 mars 2024, ont été produites par M. D et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, adjoint administratif titularisé le 1er juin 2016, exerce les fonctions de chargé de recouvrement de la taxe locale sur les publicités extérieures. Par un arrêté du 11 juin 2020, le maire de la commune d'Aubervilliers a prononcé sa suspension à titre conservatoire pour une durée de quatre mois au motif que M. D aurait adopté un comportement agressif à l'encontre de plusieurs personnels de la mairie d'Aubervilliers. Par un second arrêté, en date du 18 novembre 2020, le maire de la commune d'Aubervilliers a placé d'office M. D en congé de longue maladie à compter du 7 juillet 2020. Par les présentes requêtes, M. D sollicite l'annulation de ces deux arrêtés.
2. Les requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 11 juin 2020 prononçant la suspension à titre conservatoire de M. D :
3. En premier lieu, l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, alors applicable, dispose : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / () Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration de ce délai, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, l'intéressé, sauf s'il est l'objet de poursuites pénales, est rétabli dans ses fonctions () ". L'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 précité, qui impartit à l'administration un délai de quatre mois pour statuer sur le cas d'un fonctionnaire ayant fait l'objet d'une mesure de suspension, a pour objet de limiter les effets dans le temps de cette mesure, sans qu'aucun texte n'enferme dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire ni même fasse obligation à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'engager une procédure disciplinaire. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que, faute d'avoir engagé une procédure disciplinaire à son encontre, le maire de la commune d'Aubervilliers a entaché d'illégalité la décision par laquelle il a prononcé sa suspension.
4. En deuxième lieu, la circonstance que celui-ci n'ait pas été réintégré dans ses fonctions à l'issue du délai de quatre mois de suspension, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de la décision initiale de suspension.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ;/3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. / Les dispositions du présent article sont applicables aux agents non titulaires de droit public. ".
6. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. En l'espèce, M. D soutient être victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Toutefois, l'intéressé ne produit qu'une lettre non datée adressée au maire de la commune d'Aubervilliers dans laquelle il relate les événements qu'il estime être constitutifs de harcèlement moral à son encontre. M. D n'apporte donc pas d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement.
En ce qui concerne l'arrêté du 18 novembre 2020 plaçant d'office M. D en congé de longue maladie à compter du 7 juillet 2020 :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 susvisé : " Sous réserve des dispositions de l'article 27 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ". L'article 34 du même décret dispose : " Lorsqu'un chef de service estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques, que l'état de santé d'un fonctionnaire pourrait justifier qu'il lui soit fait application des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, il peut provoquer l'examen médical de l'intéressé dans les conditions prévues aux alinéas 3 et suivants de l'article 35 ci- dessous () ". Les dispositions de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 ne subordonnent pas la mise en congé de maladie à une demande du fonctionnaire et ne sauraient donc par elles-mêmes faire obstacle à ce qu'un fonctionnaire soit placé d'office dans cette position dès lors que sa maladie a été dûment constatée et qu'elle le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions.
9. En l'espèce, M. D soutient que la décision le plaçant en congé de longue maladie d'office est entachée d'illégalité dès lors qu'il est apte à l'exercice de ses fonctions. Il ressort du certificat établi par le docteur B, médecin agréé, du 7 juillet 2020 que celui-ci a estimé que M. D était temporairement inapte à l'exercice de ses fonctions et qu'il était nécessaire de procéder à une expertise psychiatrique. La commune d'Aubervilliers soutient, par ailleurs, sans être contestée par l'intéressé, que celui-ci a été convoqué à trois reprises en vue de la réalisation de ladite expertise mais qu'il s'est abstenu de s'y présenter. Enfin, M. D produit deux certificats médicaux du docteur C et du docteur E, médecins généralistes, qui se bornent à mentionner que le requérant ne présente pas de signe décelable de maladie en évolution et qu'il " semble posséder les aptitudes psychiques et psychologiques compatibles avec son emploi actuel ". Ces seuls certificats ne permettent toutefois pas de remettre en cause l'expertise portée par le docteur B, concordante avec les signalements et le rapport d'incident concernant M. D et alors que l'intéressé s'est abstenu de se rendre aux expertises psychiatriques. Le moyen devra donc être écarté comme manquant en fait.
10. En second lieu, le requérant soutient que la décision de placement d'office en congé de longue maladie méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires en ce qu'elle constitue un agissement constitutif de harcèlement moral à son encontre. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé, par les seuls moyens qu'il soulève, à solliciter l'annulation des arrêtés du 11 juin et du 18 novembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de M. D la somme sollicitée par la commune d'Aubervilliers au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2012206 et 2012931 de M. A D sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aubervilliers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune d'Aubervilliers.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Truilhé, président,
- Mme Ghazi, première conseillère,
- Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. TruilhéLa greffière,
SignéA. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026