mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2012362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CLABAUT-BAGHDASARIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 10 novembre 2020 et 3 août 2022, B française des entreprises de crèches, représentée par
Me Clabaut-Baghdasarian, demande au tribunal :
1°) d'abroger la délibération du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
n° 2019-XII-55 du 12 décembre 2019, en ce qu'elle modifie le plan " petite enfance et parentalité 2015-2020 " adopté par la délibération n° 2014-X-59 du 16 octobre 2014 ;
2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
B française des entreprises de crèches soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
- dès lors qu'elle a adressé au département de la Seine-Saint-Denis une demande préalable tendant à l'abrogation de la délibération du 12 décembre 2019, sa requête, à laquelle elle était jointe, doit être interprétée comme tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le département sur cette demande préalable ;
- en l'absence de délivrance par l'administration d'un récépissé de la demande préalable d'abrogation, sa requête, formulée dans le délai raisonnable d'un an, est recevable.
En ce qui concerne la légalité externe :
- la délibération du 12 décembre 2019 a été adoptée en méconnaissance des règles de quorum fixées par l'article L. 3121-14 du code général des collectivités territoriales.
En ce qui concerne la légalité interne :
- elle institue une aide d'Etat prohibée par l'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- elle méconnaît le principe d'égalité devant la loi et les règlements ;
- elle méconnaît le principe de la liberté du commerce et de l'industrie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le département de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.
Le département de la Seine-Saint-Denis fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend à l'abrogation d'un acte administratif réglementaire et qu'elle est tardive, enfin qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 9 janvier 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au
24 janvier suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 1407/2013 du 18 décembre 2013 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association ;
- la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 ;
- le décret n° 2015-719 du 23 juin 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;
- et les observations de Me Clabaut-Baghdasarian, représentant B française des entreprises de crèches.
Après avoir pris connaissance de la note en délibéré, enregistrée le 9 octobre 2023, présentée pour B française des entreprises de crèches.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa délibération du 12 décembre 2019 relative au budget primitif pour l'exercice 2020, le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a décidé de modifier son plan " petite enfance et parentalité 2015-2020 " en réservant les subventions d'investissement aux gestionnaires d'établissements, structures et services d'accueil de la petite enfance relevant de l'économie sociale et solidaire, aux gestionnaires associatifs à but non lucratif ainsi qu'aux communes et à leurs groupements. B française des entreprises de crèches demande au tribunal de l'abroger.
I- Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
I.A- En ce qui concerne l'office du juge :
2. Ainsi qu'il a été dit, B française des entreprises de crèches demande au tribunal d'abroger la délibération du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis en date du
12 décembre 2019. Toutefois, il n'appartient pas au tribunal de connaître d'une telle demande tendant à ce qu'il fasse œuvre d'administrateur. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir, opposée en défense et tirée de ce que les conclusions de B française des entreprises de crèches n'entrent pas dans l'office du juge administratif, doit être accueillie.
I.B- En ce qui concerne la tardiveté :
3. Aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration. ". Aux termes de son article L. 112-3 : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. ". Et aux termes de son article L. 112-6 :
" Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation (). " Enfin, aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ;; () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence d'accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont, en principe, pas opposables à son destinataire et, d'autre part, qu'un recours gracieux constituant une demande, ce principe s'applique aux décisions rejetant implicitement un tel recours gracieux.
4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. Les règles énoncées au point précédent, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. Ce principe s'applique également au rejet implicite d'un recours gracieux. La preuve de la connaissance du rejet implicite d'un recours gracieux ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation du recours. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'un refus implicite de son recours gracieux, soit que la décision prise sur ce recours a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration. S'il n'a pas été informé des voies et délais dans les conditions prévues par les textes rappelés ci-dessus, l'auteur du recours gracieux, dispose, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de cette décision.
6. En l'espèce, il ressort des pièces que B française des entreprises de crèches a adressé le 26 mai 2020 au département de la Seine-Saint-Denis une demande tendant à obtenir l'abrogation de la délibération du conseil départemental du 12 décembre 2019. Le département soutient, sans être contredit sur ce point, qu'il a réceptionné cette demande le 29 mai 2020. Même si cette demande n'a pas fait l'objet d'un accusé de réception comportant les mentions rappelées ci-dessus et informant donc la requérante des conditions de naissance d'une décision implicite, ce n'est que dans son mémoire en réplique, enregistré le 3 août 2022, soit plus de deux ans après la naissance de la décision implicite de rejet, que B française des entreprises de crèches en demande l'annulation. Dès lors la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté doit également être accueillie.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de B française des entreprises de crèches doit être rejetée comme irrecevable.
II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à titre principal par l'association requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
III- Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Seine-Saint-Denis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que B française des entreprises de crèches réclame au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de B française des entreprises de crèches est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B française des entreprises de crèches et au département de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Truilhé, président,
- M. L'hôte, premier conseiller,
- Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026