mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2012881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PITTI-FERRANDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 23 et 25 novembre 2020, 25 mars 2021 et 9 mai 2023, M. A D, représenté par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montreuil a prolongé la suspension de ses fonctions à titre conservatoire ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montreuil de le rétablir dans ses fonctions, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de reconstituer sa carrière ;
3°) de condamner la commune de Montreuil à lui verser la somme de 417,78 euros au titre du rappel sur sa prime de fonction et la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Montreuil la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- le mémoire en défense produit par la commune de Montreuil est irrecevable dès lors qu'il est signé par Mme Véronique Tartié Lombard, directrice générale adjointe, qui ne produit pas de délégation de signature régulièrement publiée en ce sens ;
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;
- en application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, le maire aurait dû saisir sans délai le conseil de discipline, alors qu'il n'a été saisi que le 24 septembre 2020, soit le même jour que celui de l'arrêté de prolongation ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué doit être annulé en conséquence de l'annulation de l'arrêté de suspension initial en date de 25 mai 2020 ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors que, dans la mesure où il n'a pas fait l'objet de poursuites pénales à l'issue de ses quatre mois de suspension de fonction, il aurait dû être rétabli dans ses fonctions ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors que les faits reprochés ne sont pas matériellement établis et qu'ils ne présentent pas un degré de gravité et de vraisemblance tel qu'ils sont de nature à justifier sa suspension de fonctions ;
- en prolongeant sa suspension alors qu'il était en position de congé de maladie, le maire de la commune de Montreuil a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de droit ;
- il a subi un préjudice financier d'un montant de 417,78 euros dès lors que la prolongation de sa suspension a eu pour effet de le priver de sa prime de fonction ;
- il a subi un préjudice moral qu'il évalue à un montant de 1 500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, la commune de Montreuil, représentée par son maire en exercice, doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- à titre principal, les conclusions en annulation de l'arrêté du 24 septembre 2020 prolongeant la suspension de fonction de M. D sont dépourvues d'objet dès lors que l'intéressé a été placé rétroactivement par un arrêté du 6 octobre 2021 en congé de longue maladie à compter du 23 septembre 2020 pour une durée d'un an et six mois ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Dans son mémoire enregistré le 25 mars 2021, M. D, représenté par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montreuil a prolongé la suspension de ses fonctions à titre conservatoire et de mettre à la charge de la commune de Montreuil la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, il déclare se désister de toutes ses autres conclusions présentées dans sa requête introductive d'instance, notamment ses conclusions indemnitaires.
Par une ordonnance du 10 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2023.
Un mémoire enregistré le 14 juin 2023 a été présenté par la commune de Montreuil et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 83-634-du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, représentant la commune de Montreuil.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, agent territorial, occupe les fonctions de chargé d'acquisitions foncières au sein du service de l'urbanisme de la commune de Montreuil. Il a été recruté par la commune en 1995 d'abord en tant qu'agent contractuel, puis a été titularisé en 2006. Depuis le 1er juillet 2016, il est titulaire du grade de " rédacteur principal de 2ème classe ". Par un arrêté du 25 mai 2020, le maire a suspendu M. D de ses fonctions à titre conservatoire. Par un arrêté du 24 septembre 2020, dont M. D demande l'annulation, le maire de la commune de Montreuil a prolongé la suspension de ses fonctions à compter du 25 septembre 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Dans son mémoire enregistré le 25 mars 2021, intitulé " mémoire ampliatif et récapitulatif ", le requérant demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montreuil a prolongé la suspension de ses fonctions à titre conservatoire et de mettre à la charge de la commune de Montreuil la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative. Il déclare par ailleurs se désister de toutes ses autres conclusions présentées dans sa requête introductive d'instance, notamment ses conclusions indemnitaires. M. D doit dès lors être regardé comme voulant se désister, d'une part, de ses conclusions tenant à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune de Montreuil de le rétablir dans ses fonctions, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de reconstituer sa carrière, d'autre part, de ses conclusions tenant à ce que la commune de Montreuil soit condamnée à lui verser la somme de 417,78 euros au titre du rappel sur sa prime de fonction pour la durée de sa suspension et la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral, ainsi que de ses conclusions relatives à la mise à la charge de la commune de Montreuil des entiers dépens.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
3. Aux termes l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : / 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ; () ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 29 juin 2022, le conseil municipal de la commune de Montreuil a donné délégation permanente au maire pour la durée de son mandat pour défendre la commune dans les actions intentées contre elle. D'autre part, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par arrêté du 19 décembre 2022, transmis en préfecture et publié le même jour, Mme Véronique Tartié-Lombard, directrice adjointe des services, a reçu délégation permanente de signature pour tous les actes et correspondances concernant la commune dans le cadre de ses fonctions, en particulier pour les correspondances avec les juridictions administratives, " notamment lorsqu'elles portent sur la communication de mémoires ou pièces administratives liées à l'instruction ". Par suite, l'exception tirée de l'incompétence de la signataire des mémoires en défense doit être écartée.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
5. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. () ". Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () ".
6. Le fonctionnaire qui fait l'objet d'une mesure de suspension est maintenu en position d'activité, a droit en cette qualité à des congés de maladie ou de longue maladie en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer les fonctions qu'il exercerait s'il n'était pas suspendu et bénéficie du régime de rémunération afférent à ces congés. En plaçant ce fonctionnaire en congé de maladie ou de longue maladie, l'autorité compétente met nécessairement fin à la mesure de suspension, sans préjudice de la possibilité pour elle de la décider à nouveau à l'issue du congé si les conditions prévues à l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 demeurent remplies.
7. L'autorité hiérarchique est fondée à prononcer une mesure de suspension provisoire à l'encontre d'un agent qui bénéficie d'un congé de maladie ou de longue maladie. La suspension n'entre alors en vigueur qu'à compter de la date à laquelle ce congé prend fin, sa durée étant toutefois décomptée à partir de la signature de la décision qui la prononce. Dans ce cas, même si elle ne prévoit pas expressément une entrée en vigueur différée, la décision de suspension ne produit effet qu'à compter de la date à laquelle ce congé prend fin et ne met donc pas fin au congé de maladie ou de longue maladie, ni au régime de rémunération afférent à celui-ci.
8. Il ressort des pièces des dossiers que M. D a bénéficié d'un congé de maladie ordinaire à compter du 23 septembre 2020 renouvelé jusqu'au 26 mars 2021, antérieurement à la date d'adoption de la décision de prolongation de suspension en litige le 24 septembre 2020. Par un arrêté du 6 octobre 2021, le maire de la commune de Montreuil a transformé ce congé de maladie ordinaire en congé de longue maladie à compter du 23 septembre 2020 pour une durée d'un an et six mois, soit jusqu'au 23 mars 2022. Il résulte de ce qui est dit au point précédent que l'arrêté du 6 octobre 2021 n'a pas, contrairement à ce que soutient la commune de Montreuil, retiré la mesure de prolongation de suspension prononcée par l'arrêté du 24 septembre 2020, mais a seulement eu pour effet de décaler sa date d'entrée en vigueur. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
9. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au présent litige : " () Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. () ".
10. Un fonctionnaire doit, pour l'application de ces dispositions, être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales lorsque l'action publique a été mise en mouvement à son encontre et ne s'est pas éteinte. Lorsque c'est le cas, l'autorité administrative peut, au vu de la situation en cause et des conditions prévues par ces dispositions, le rétablir dans ses fonctions, lui attribuer provisoirement une autre affectation, procéder à son détachement ou encore prolonger la mesure de suspension en l'assortissant, le cas échéant, d'une retenue sur traitement.
11. Il est constant qu'à l'expiration du délai de quatre mois à compter de la première décision suspendant M. D de ses fonctions à partir du 25 mai 2020, aucune décision n'a été prise par le maire de la commune de Montreuil. Il ressort des pièces du dossier qu'un signalement au Parquet a été fait à l'encontre de M. D et que le dossier était en cours d'instruction le 16 juin 2020. Toutefois, ce seul acte n'a pas eu pour effet d'enclencher des poursuites pénales à l'encontre du requérant. Par ailleurs, le dépôt de plainte de M. E à l'encontre de M. D en date du 16 mai 2020 ne peut être assimilé à la mise en œuvre de l'action publique au sens des dispositions précitées. Ainsi, à l'expiration du délai de quatre mois à compter de la première décision suspendant M. D de ses fonctions, aucune poursuite pénale n'a été engagée contre ce dernier. Dans ces conditions, M. D est dès lors fondé à soutenir que l'arrêté du 24 septembre 2020 méconnaît les dispositions précitées de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 24 septembre 2020 du maire de la commune de Montreuil doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Montreuil la somme de 1 500 euros à verser à M. D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. D aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que de ses conclusions indemnitaires et celles relatives à la mise à la charge de la commune de Montreuil des entiers dépens.
Article 2 : L'arrêté du 24 septembre 2020 du maire de la commune de Montreuil est annulé.
Article 3 : La commune de Montreuil versera à M. D la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Montreuil.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. L'hôte, premier conseiller,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La rapporteure,Le président,SignéSignéMme BazinM. TruilhéLa greffière,SignéMme Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2012881
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026