mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2013229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BIANGOUO NGNIANDZIAN KANZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 novembre 2020 et le 17 mars 2022, Mme F épouse B, représentée par Me Biangouo-Ngniandzian-Kanza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, sous les mêmes conditions d'astreinte, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler,
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les soins nécessaires à son état de santé ne sont pas accessibles au Mali ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les soins nécessaires à son état de santé ne sont pas accessibles au Mali ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination : - la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les soins nécessaires à son état de santé ne sont pas accessibles au Mali ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les soins nécessaires à son état de santé ne sont pas accessibles au Mali ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit.
Par ordonnance du 4 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Iss, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F épouse B, ressortissante malienne née le 13 octobre 1970 à Kayes, a sollicité le 12 février 2020, la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par arrêté du 2 novembre 2020 dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la
Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. Aux termes du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. La décision attaquée se fonde, après avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en date du 17 juin 2020, sur la circonstance que l'état de santé de Mme F épouse B " nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité " mais que " le traitement approprié existe dans le pays dont [elle] est originaire et où [elle] peut donc être pris en charge " et qu'elle " n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant son accès aux soins dans son pays ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme F épouse B est suivie pour les suites d'un syndrome de Lyell et souffre de toxidermie, tel que l'indiquent deux certificats médicaux, l'un du 15 septembre 2021 du Dr A E, professeur des universités, et membre du service d'ophtalmologie de l'Hôpital Bichat à Paris, et l'autre du 16 septembre 2021, du professeur C D, ophtalmologiste coordonnateur du programme national de santé oculaire du Mali, exerçant à Bamako, qui, bien que postérieurs à l'avis de l'OFII et à la décision attaquée, révèlent l'état de santé antérieur à cette dernière de Mme F épouse B. Or, ces certificats médicaux, particulièrement précis et circonstanciés indiquent d'une part, pour le certificat médical du 15 septembre 2021, que l'état de santé de Mme F épouse B nécessite un suivi régulier et un traitement médicamenteux délivré " uniquement en pharmacie hospitalière française ", que le port de lentilles spéciales spécifiques à porter à vie ne sont pas disponibles au Mali et nécessitent une surveillance rigoureuse impossible à réaliser au Mali ; d'autre part, le certificat médical du
16 septembre 2021 précise que la prise en charge nécessaire à l'état de santé de Mme F épouse B, à savoir une toxidermie liée au Syndrome de Lyell se fait à vie et " ne peut se faire à l'heure actuelle au Mali ". Ainsi, eu égard à ces éléments médicaux particulièrement circonstanciés, et non contredits en défense par le préfet de la Seine-Saint-Denis, la requérante contredit utilement les mentions de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juin 2020 qui indiquent que le traitement nécessaire à son état de santé serait accessible dans son pays d'origine, le Mali. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F épouse B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 2 novembre 2020, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen.
Sur la demande d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme F épouse B d'un titre de séjour. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'invoquant aucun élément de nature à faire obstacle au prononcé d'une injonction en ce sens, par suite, il y a lieu d'enjoindre audit préfet de délivrer à l'intéressé un titre de séjour pour motifs de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Mme F épouse B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Biangouo-Ngniandzian-Kanza renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 novembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis concernant Mme F épouse B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme F épouse B, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 3 : L'État versera à l'avocat de Mme F épouse B, Me Biangouo-Ngniandzian-Kanza, la somme de 1 000 (mille) euros au titre du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle totale.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président,
- M. Robbe, premier conseiller,
- M. Iss, premier conseiller.
Lu en audience publique le 20 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. Iss
Le président,
Signé
C. Gosselin
La greffière,
Signé
St. Desplan
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2013229
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026