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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2013712

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2013712

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2013712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2020, M. B A, représenté par

Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalo-universitaire de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Hôpitaux universitaires Paris-Seine-Saint-Denis lui a infligé la sanction de révocation ;

2°) de mettre à la charge du groupe hospitalo-universitaire de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Hôpitaux universitaires Paris-Seine-Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification des faits comme fautifs ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du ministre des affaires sociales et de la santé du 23 juillet 2012 relatif à la formation conduisant au diplôme d'Etat d'infirmier anesthésiste ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, titulaire au sein de l'hôpital C relevant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, demande l'annulation de la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalo-universitaire de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Hôpitaux universitaires Paris-Seine-Saint-Denis lui a infligé la sanction de révocation au motif qu'il suivait une formation anesthésiste à F pendant son congé de longue maladie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur état de santé (). Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions ". Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent () ".

3. Aux termes de l'article 27 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en congé de longue maladie () doit cesser tout travail rémunéré, sauf les activités ordonnées et contrôlées médicalement au titre de la réadaptation./ Il est tenu de notifier ses changements de résidence successifs à l'autorité investie du pouvoir de nomination./Ladite autorité s'assure par les contrôles appropriés que le titulaire du congé n'exerce pas d'activité interdite. Si l'enquête établit le contraire, le versement de la rémunération est immédiatement interrompu. Et, dans le cas où l'exercice d'un travail rémunéré non autorisé remonte à une date antérieure de plus d'un mois à la constatation qui en est faite, l'intéressé doit reverser à l'établissement les sommes perçues au titre du traitement et des accessoires à compter de cette date./La rémunération est rétablie à compter du jour où l'intéressé a cessé tout travail non autorisé./Le temps pendant lequel le versement de la rémunération a été interrompu compte dans la période de congé en cours ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 23 juillet 2012 relatif à la formation conduisant au diplôme d'Etat anesthésiste : " Les études sont d'une durée de vingt-quatre mois, organisées en quatre semestres universitaires, à temps plein. Elles comportent, répartis sur l'ensemble de la scolarité, des enseignements théoriques fondamentaux et cliniques, et des enseignements pratiques () ". Aux termes de l'article 18 du même arrêté : " L'enseignement clinique comprend des stages et des enseignements coordonnés dont les modalités sont fixées dans la maquette de formation du présent arrêté.Les stages s'effectuent dans l'établissement gestionnaire de l'école et dans les établissements de santé ayant passé convention avec cet établissement pour chaque étudiant et par période de stage déterminée ainsi que dans les structures agréées pour la réalisation du stage recherche. " Aux termes de l'article 19 : " Selon les structures et les conditions d'encadrement, et après validation des deux premiers semestres, les étudiants peuvent participer à une ou plusieurs périodes d'activité d'urgence en bloc opératoire ou en médecine préhospitalière () ".

5. Aux termes de l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 précitée : " () Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; Deuxième groupe : La radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ;Troisième groupe : La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; Quatrième groupe : La mise à la retraite d'office, la révocation () ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il est constant que M. A, placé en congé de longue maladie depuis le

, a suivi, à compter du , une formation, à F), en vue d'obtenir le diplôme d'infirmier-anesthésiste. S'il soutient qu'il était en droit de suivre cette formation dès lors qu'elle ne constituait pas un travail rémunéré, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette activité aurait été ordonnée et contrôlée médicalement et qu'elle s'inscrirait dans un projet de réadaptation au sens des dispositions de l'article 27 du décret du 19 avril 1988 précité. Il ressort en outre des éléments avancés par l'AP-HP et non contredits par l'intéressé que M. A a accompli, dans le cadre de cette formation à temps plein, conformément aux dispositions de l'arrêté du 23 juillet 2012 précité, un stage pratique au sein , soit pendant deux mois, au cours duquel il a pris en charge des patients et a réalisé des tâches relevant du métier d'infirmer telles des transfusions et des intubations. La participation de l'intéressé à cette formation doit être regardée, par ses caractéristiques, comme assimilable à l'accomplissement effectif des fonctions qu'il est dans l'impossibilité d'exercer dans le service au sens de l'article 41 de la loi du

9 janvier 1986 précitée et comme constituant une activité incompatible, en l'absence d'autorisation médicale, avec les exigences de sa situation que le décret du 19 avril 1988 a pour objet de proscrire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en estimant fautif le suivi de cette formation par l'intéressé au regard des dispositions de l'article 27 du décret du 19 avril 1988 et de ses obligations statutaires, la décision contestée serait entachée d'une erreur de qualification juridique des faits.

8. En revanche, en dépit de l'obstination de l'intéressé à poursuivre, sans autorisation, la formation entamée le que l'hôpital C lui avait demandé d'interrompre par un courrier du , et de l'impact négatif de ce comportement auprès de ses collègues du service de l'hôpital, le manquement de l'intéressé aux règles précitées n'est pas d'une gravité telle qu'il justifie le prononcé à l'encontre de l'intéressé de la révocation qui est la sanction la plus sévère dans l'échelle des sanctions. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la sanction est disproportionnée.

9. Il résulte de ce qui précède et, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2020 contestée lui infligeant la sanction de révocation.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, de mettre à la charge de l'Assistance publique- Hôpitaux de Paris, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalo-universitaire de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Hôpitaux universitaires Paris-Seine-Saint-Denis a infligé à M. A la sanction de révocation est annulée.

Article 2 : L'Assistance publique- Hôpitaux de Paris versera à M. A une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,Signé Signé M. DM. de BouttemontLa greffière,Signé A. Capelle

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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