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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2013800

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2013800

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2013800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2001963, 2001964 du 8 décembre 2020, le président de la 2e chambre du tribunal administratif de Strasbourg a transmis la requête présentée par l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Michel Fonné au tribunal administratif de Montreuil.

Par cette requête enregistrée le 13 mars 2020, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Michel Fonné, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'abroger la décision du 22 mars 2019 valant titre exécutoire, par laquelle l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) a mis à sa charge le reversement de la somme de 8 808,80 euros, ainsi que la décision par laquelle il a implicitement rejeté son recours gracieux tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 22 mars 2019 valant titre exécutoire, par laquelle l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) a mis à sa charge le reversement de la somme de 8 808,80 euros, ainsi que la décision par laquelle il a implicitement rejeté son recours gracieux tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la somme faisant l'objet du titre exécutoire a été réglée à FranceAgriMer par la banque Société générale, en sa qualité de caution solidaire ;

- dès lors que la somme réclamée a été réglée, le recouvrement de la somme une seconde fois aurait pour effet de créer un enrichissement sans cause au bénéfice de FranceAgriMer ;

- à titre subsidiaire, la décision du 22 mars 2019 est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que ses observations n'ont pas été prises en compte et que les pièces demandées ont déjà été transmises ou ne sont pas utiles à l'instruction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que, d'une part, la convention conclue le 14 mai 2015 entre FranceAgriMer et la société requérante ne prévoit pas que la transmission d'une demande de paiement incomplète vaut absence de demande et, d'autre part, la décision du 22 mars 2019 méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense enregistrés le 3 décembre 2020 et le 6 janvier 2023, FranceAgriMer conclut à la compétence du tribunal administratif de Montreuil et au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le tribunal administratif de Montreuil est compétent pour connaître du présent litige, en vertu de l'article R. 312-11 du code de justice administrative et de l'article 8 de la convention du 14 mai 2015 conclue entre FranceAgriMer et l'EARL Michel Fonné ;

- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 796/2004 de la Commission du 21 avril 2004 portant modalités d'application de la conditionnalité, de la modulation et du système intégré de gestion et de contrôle prévus par le règlement (CE) n° 1782/2003 du Conseil établissant des règles communes pour les régimes de soutien direct dans le cadre de la politique agricole commune et établissant certains régimes de soutien en faveur des agriculteurs ;

- le règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil du 22 octobre 2007 portant organisation commune des marchés dans le secteur agricole et dispositions spécifiques en ce qui concerne certains produits de ce secteur (règlement OCM unique) ;

- le règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 fixant les modalités d'application du règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil portant organisation commune du marché vitivinicole, en ce qui concerne les programmes d'aide, les échanges avec les pays tiers, le potentiel de production et les contrôles dans le secteur vitivinicole ;

- le règlement (CE) n° 491/2009 du Conseil du 25 mai 2009 modifiant le règlement (CE) n° 1234/2007 portant organisation commune des marchés dans le secteur agricole et dispositions spécifiques en ce qui concerne certains produits de ce secteur (règlement OCM unique) ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision du directeur général de FranceAgriMer n° INTV-POP-2014-44 du 4 juillet 2014 ;

- la convention n°476-15 conclue le 14 mai 2015 entre FranceAgriMer et la société requérante ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. L'EARL Michel Fonné, qui exerce une activité de viticulture, a été admise à participer à un programme d'aide national à la promotion des produits vitivinicoles sur les marchés de pays tiers. Les conditions et les modalités d'attribution de cette aide ont été fixées par une convention conclue avec FranceAgriMer le 14 mai 2015. Cette convention a prévu notamment que le programme d'aide comportait une période d'exécution débutant le 1er janvier 2015 scindée en trois phases successives, s'achevant, respectivement, les 31 décembre 2015, 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017 et a fixé à 96 096 euros le budget prévisionnel des dépenses de promotion du programme et, corrélativement, à 50% des coûts des actions reconnues éligibles, la participation financière de l'Union européenne, soit un maximum de 48 048 euros. Au titre de l'année 2016, l'EARL Michel Fonné a reçu une somme de 8 008 euros, correspondant à l'avance sur le versement de l'aide. L'EARL Michel Fonné a déposé, le 30 juin 2017, une demande de versement du solde de l'aide au titre de l'année 2016. Par une décision valant titre exécutoire en date du 22 mars 2019, FranceAgriMer, estimant que certaines pièces requises à l'appui de la demande de paiement n'ayant pas été communiquées, lui a demandé, par voie de conséquence, de reverser la somme de 8 008 euros majorée de 10%. L'EARL Michel Fonné a contesté cette décision par un recours gracieux en date du 17 mai 2019. Ce recours gracieux, dont FranceAgriMer a accusé réception le 13 novembre 2019, a été implicitement rejeté. Par la présente requête, l'EARL Michel Fonné demande, à titre principal, l'abrogation de la décision de FranceAgriMer du 22 mars 2019, valant titre exécutoire, mettant à sa charge le reversement de la somme de 8 808,80 euros, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux en date du 17 mai 2019, à titre subsidiaire, l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 22 mars 2019 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 621-27 du code rural et de la pêche maritime : " Le directeur général : () peut déléguer sa signature aux agents placés sous son autorité. / Les actes de délégation font l'objet d'une publication au Bulletin officiel du ministère chargé de l'agriculture. () ". Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 10 octobre 2018 n° FranceAgriMer/Interventions/2018/09 relative aux délégations de signature des agents de la direction Interventions, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère chargé de l'agriculture, la directrice générale de FranceAgriMer a donné délégation de signature à la signataire de la décision expresse attaquée, Mme C B, cheffe de l'unité " Promotion ", pour tous les actes relevant des attributions de l'unité et, en matière financière, pour tous les actes relevant des attributions de l'unité pris sur le budget communautaire ou, dans la limite de 150 000 euros, pris sur le budget national. Dans ces conditions, Mme B était compétente pour signer la décision du 22 mars 2019 en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que si la société requérante a présenté des observations par un courriel du 21 mars 2018, dont FranceAgriMer aurait pris connaissance le 30 mars 2018, ces observations portaient sur la demande d'aide présentée au titre de l'année 2015, non au titre de l'année 2016, de sorte qu'en ne les prenant pas en compte, FranceAgriMer n'a pas entaché la décision du 22 mars 2019 d'irrégularité.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la décision n° INTV-POP-2014-44 du directeur général de FranceAgriMer du 4 juillet 2014 : " Pour chaque année, l'opérateur dépose obligatoirement une demande de paiement (). Elle doit parvenir conforme et complète à FranceAgriMer au plus tard dans les 4 mois qui suivent la fin de la phase à laquelle elle se rattache. A la date limite de dépôt de la demande de paiement, tous les éléments qui la constituent doivent avoir été transmis à FranceAgriMer. Lorsque ce délai est dépassé, le montant de l'aide à verser est réduit de 2 % par mois de retard de présentation. Au-delà de six mois de retard de présentation de la demande de paiement (soit 4 mois de délai courant + 6 mois de retard = 10 mois au total depuis la fin de la phase), les dépenses de la phase concernée ne seront pas prises en compte et ne donnent ainsi pas lieu à paiement ni à régularisation de l'avance versée au titre de la phase. Dans ce cas, l'avance ainsi qu'une pénalité de 10 % du montant de l'avance sont dues par l'opérateur à FranceAgriMer (). ". Aux termes de l'article 6 de la convention n° 476-15 du 14 mai 2015, conclue entre FranceAgriMer et l'EARL Michel Fonné : " Lorsque le délai de transmission de la demande de paiement du solde de chaque période annuelle est dépassé, le montant de l'aide à verser est réduit de 2% par mois de retard. (). Au-delà de six mois de retard, les dépenses présentées ne sont plus éligibles entraînant ainsi l'obligation pour le bénéficiaire de procéder au paiement de la somme correspondant au montant de la garantie à acquérir (majoration de 10% incluse) assorti des éventuelles sanctions et intérêts applicables. ".

5. Il résulte de l'instruction que l'EARL Michel Fonné disposait d'un délai courant jusqu'au 30 avril 2017 pour présenter une demande tendant au versement du solde de l'aide au titre de l'année 2016 et jusqu'au 30 octobre 2017 pour la compléter. Or elle n'a transmis des pièces aux fins de compléter sa demande que le 17 mai 2019, à l'appui du recours administratif qu'elle a adressé à FranceAgriMer, soit postérieurement au délai imparti et plus d'un an après avoir été invitée par FranceAgrimer à compléter son dossier par le courrier du 21 février 2018. Dans ces conditions, FranceAgriMer était fondée à considérer que la demande de l'EARL requérante était incomplète. En outre, si l'EARL Michel Fonné se prévaut d'avoir présenté des observations qui n'ont pas été prises en comptes, celles-ci se rapportent, comme exposé précédemment, à une demande d'aide présentée au titre de l'année 2015. Par suite, le titre exécutoire en litige n'est entaché d'aucune erreur de fait.

6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des courriers de FranceAgriMer du 21 février 2018 et du 22 mars 2019, que ce dernier a émis le titre exécutoire en litige au motif que la demande de paiement de l'aide au titre de l'année 2016 était incomplète, non pas en raison de son inexistence ou de la circonstance qu'elle ait été transmise tardivement. Ainsi, la requérante ne peut utilement invoquer la circonstance que le retard avec lequel la demande de paiement de l'aide a été adressé à FranceAgriMer ne saurait lui être imputé. Elle ne peut davantage se prévaloir de ce que la convention qu'elle a conclue le 14 mai 2015 avec FranceAgriMer ne prévoirait pas que la transmission d'une demande de paiement incomplète vaut absence de demande alors qu'il ne lui est pas reproché une telle absence mais une incomplétude de sa demande. L'article 6 de cette convention stipule d'ailleurs qu' " au-delà de six mois de retard, les dépenses présentées ne sont plus éligibles entraînant ainsi l'obligation pour le bénéficiaire de procéder au paiement de la somme correspondant au montant de la garantie à acquérir (majoration de 10% incluse) assorti des éventuelles sanctions et intérêts applicables. ".

7. En dernier lieu, aux termes de L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ". Si l'administration estime être saisie d'une demande incomplète, il lui appartient, en vertu des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, d'indiquer au demandeur les pièces et informations manquantes dont la production est indispensable à l'instruction de sa demande.

8. Comme exposé aux points précédents, FranceAgriMer, dans son courrier du 21 février 2018, a porté à la connaissance de la société requérante la liste des pièces manquantes concernant sa demande d'aide au titre de l'année 2016. En outre, ce courrier, précisait qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations, de sorte qu'il lui était loisible également de transmettre les pièces manquantes dans ce délai. Dans ces conditions, FranceAgriMer doit être regardée comme ayant invité la société requérante à compléter sa demande des informations manquantes, au sens de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

Sur l'obligation de paiement :

9. En premier lieu, si la banque Société générale, qui s'est portée caution solidaire envers FranceAgriMer, a adressé à la société requérante un courrier en date du 31 décembre 2019 par lequel elle précise qu'elle a été tenue d'exécuter son engagement de caution eu égard à l'émission d'un titre exécutoire en ce sens le 3 octobre 2019 et a ainsi réglé, le 30 décembre 2019, la somme de 26 426,40 euros auprès de FranceAgriMer, aucun élément ne permet d'établir que cette somme correspond à celle faisant l'objet du titre exécutoire du 22 mars 2019. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la somme qui lui est réclamée a été réglée à FranceAgriMer par la banque Société générale, en sa qualité de caution solidaire.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le recouvrement de la somme aurait pour effet de créer un enrichissement sans cause au bénéfice de FranceAgriMer au motif que cette somme aurait déjà été réglée.

11. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions à fin d'abrogation et d'annulation de la décision du 22 mars 2019 valant titre exécutoire, par laquelle FranceAgriMer a mis à la charge de l'EARL Michel Fonné le reversement de la somme de 8 808,80 euros, ainsi que la décision par laquelle FranceAgriMer a implicitement rejeté son recours gracieux tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2019 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EARL Michel Fonné est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Michel Fonné et à l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

J. JimenezLa greffière,

S. Seguela

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2013800

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