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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2014281

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2014281

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2014281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantWAHRHEIT MARC-ALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2020, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) SGP PRO, représentée par Me Wahrheit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 20 octobre 2020 ayant mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 200 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros;

2°) en conséquence, de la décharger du paiement de la contribution spéciale ;

3°) à défaut, de réduire le montant de la contribution forfaitaire ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'OFII aux dépens.

Elle soutient que

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- qu'elle est de bonne foi et que sa situation financière ne lui permet pas de s'acquitter d'une telle somme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique ;

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 11 juin 2019, les services de police ont constaté, au sein d'un chantier de construction situé à Eaubonne, sur lequel intervenait la société SGP PRO, entreprise d'électricité, la présence en action de travail d'un ressortissant indien, M. B A, dépourvu de titre l'autorisant à travailler en France. L'enquête a permis de faire le lien avec un autre contrôle réalisé le 20 mai 2019 sur un chantier à Saint-Prix, où travaillait un autre ressortissant indien dépourvu de titre l'autorisant à travailler et séjourner en France, M. C A. Au vu des procès-verbaux établis lors de ces opérations de contrôle, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par une décision du 20 octobre 2020, mis à la charge de la société SGP PRO la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 200 euros, et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros, pour l'emploi des deux salariés étrangers en cause. La société SGP PRO a formé un recours gracieux le 25 octobre 2020, qui a été rejeté par l'OFII le 23 novembre 2020. Par sa requête, la société SGP PRO demande au tribunal d'annuler cette décision et de la décharger de l'obligation de payer la contribution spéciale.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " () l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de son article R. 8253-2 : " I. -Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7./ III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. Il résulte également de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement est prononcée par une décision de l'OFII qui, en vertu des droits de la défense, ne peut être infligée qu'à l'issue d'une procédure contradictoire lui permettant de statuer en tenant compte des observations de l'employeur intéressé. En particulier, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque, tout à la fois, il s'est acquitté des vérifications qui lui incombent, relatives à l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail, et n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

6. En l'espèce, il ressort des procès-verbaux de police établis dans le cadre des deux procédures jointes à l'initiative du Parquet, notamment ceux des 12 février 2020 et 11 juin 2019, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que MM. C et B A ont été trouvés en action de travail, respectivement, sur des chantiers de construction situés dans les communes de Saint-Prix et d'Eaubonne, sans être en possession d'une autorisation de travail et sans avoir fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche. M. B A a reconnu lors de son audition qu'il donnait un coup de main sur le chantier et qu'il devait " faire l'électricité ". Il a également déclaré avoir été embauché à la suite d'un entretien téléphonique avec son patron, qu'il n'a pas signé de contrat de travail et que l'employeur connaissait sa situation irrégulière au regard du droit au séjour. S'agissant de M. C A, alors que la société requérante verse aux débats une photocopie de la carte d'identité espagnole de l'intéressé et soutient qu'il se trouvait en situation régulière sur le territoire français, il résulte de l'instruction que M. C A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le 20 mai 2019, l'OFII faisant en outre valoir sans être contredit que les allégations de la société ne concordent pas avec les déclarations du gérant, qui a affirmé, lors de son audition, ne pas connaître M. A. Si la société requérante soutient en effet que M. C A n'a aucun lien avec elle, il résulte de l'instruction que ce salarié a été déclaré par la société SGP PRO deux jours après le contrôle de police. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que l'original de la carte d'identité espagnole aurait été présentée à l'embauche, le gérant ayant affirmé lors de son audition ne pas connaître M. A. Par suite, la matérialité des faits est établie et l'OFII était fondé à mettre à la charge de la société SGP PRO les contributions spéciale et forfaitaire.

7. S'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, le principe de nécessité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.

8. La société requérante se prévaut de sa bonne foi et de son sérieux et fait valoir que son chiffre d'affaire et sa trésorerie ne lui permettent pas de s'acquitter de la somme réclamée par l'OFII. Toutefois, au regard de la nature et de la gravité des manquements constatés, les seules circonstances invoquées ne sont pas de nature à faire regarder la sanction prononcée comme disproportionnée.

9. Il résulte de ce qui précède que la société SGP PRO n'est fondée à demander ni l'annulation des décisions en litige et la décharge du paiement de la contribution spéciale, ni la réduction du montant de la contribution forfaitaire.

Sur les conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société SGP PRO au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Sur les dépens :

12. Aucuns dépens n'ayant été exposés dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SGP PRO est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme à responsabilité limitée SGP PRO et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- M. Lacaze, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

Le rapporteur,Le président,

H. MariasA. MyaraLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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