lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2014480 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | NAVARRO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 décembre 2020 et 4 janvier 2021, M. D A, représenté par Me Navarro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler sa carte de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée de vice de procédure ;
- elle est entachée de défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance du 7 du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1982, a demandé le 9 décembre 2019 le renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté 12 novembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département est compétent en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile ".
3. Dès lors que la décision attaquée a été signée par M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis en fonctions à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le préfet vise notamment les articles L. 313-3, L. 313-7 et L. 313-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, explicite les raisons pour lesquelles le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public et mentionne l'absence d'atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard au but poursuivi. Contrairement à ce que fait valoir M. A, dès lors que le préfet a fondé la décision attaquée sur la menace que constitue son comportement pour l'ordre public, il ne lui incombait pas de se prononcer sur le caractère sérieux et effectif de ses études. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 4, la circonstance que le préfet n'a pas pris en considération le caractère sérieux et effectif des études de M. A n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen et il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen.
7. En cinquième lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 2.
9. En deuxième lieu, aux termes du dixième alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 613-1 : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. ".
10. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée et que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée sur son fondement n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée seraient insuffisamment motivée doit être écarté.
11. En troisième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que les moyens dirigés par le requérant contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être écartés, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité.
12. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du 7 du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas été prise sur le fondement de cette disposition mais sur celui du 3 du I de ce même article alors applicable.
13. En cinquième lieu, M. A fait valoir qu'à la date de l'arrêté attaqué, il poursuivait les recherches pour sa thèse de doctorat depuis trois ans et il produit l'attestation de sa directrice de recherche sur le sérieux et la qualité de ces travaux. Alors qu'il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet oppose à M. A des faits d'agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans pour lesquels l'intéressé a été condamné à un an d'emprisonnement avec sursis et suivi socio-judiciaire pendant trois ans, le sérieux de ses études et recherches n'est pas suffisant pour considérer que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent.
Sur la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 2.
16. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 513-1 à L. 513-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, mentionne le pays de destination et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait entachée d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.
17. En troisième lieu, les moyens tirés par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 2.
19. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 613-2 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français./()/ La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
20. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour, indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. Le préfet a cité le quatrième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'il a explicité les raisons pour lesquelles le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public, ainsi que l'absence de situation personnelle et familiale qui ferait obstacle au prononcé de l'arrêté attaqué. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de ce qu'elle ne serait pas suffisamment motivée doit ainsi être écarté.
22. En dernier lieu, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis plus de dix ans sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", qu'il a obtenu un master et travaille depuis plus de trois ans sur sa thèse de doctorat. Cependant, au regard de la menace pour l'ordre public que constitue le comportement de M. A, la décision attaquée, portant interdiction de retour en France pour une durée d'un an, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 19 en la prononçant.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
M. Marias, premier conseiller.
Mme Parent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. Parent
Le président,
Signé
T. Bonhomme La greffière,
Signé
B. Bichaoui
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2014480
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026