vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2014506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | VOGELGESANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2020, M. B C, représenté par Me Vogelgesang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de circuler sur le territoire français pur une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet le procéder à un réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'infraction de vol simple ne saurait constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens de ces dispositions, alors au surplus que le procureur de la République a décidé de classer l'affaire sans suite après avoir procédé à un rappel à la loi ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
- cette décision n'a pas mentionné la décision d'interdiction de circulation dans les articles de l'arrêté de sorte qu'il ne saurait être considéré qu'il a édicté une telle décision ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 511-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la durée de trois ans fixée par le préfet est disproportionnée au regard des faits ayant donné lieu à son interpellation ;
- elle est illégale en ce qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même entachée d'illégalité ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en ce qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même entachée d'illégalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de justice administrative.
Le président du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. A, pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2, L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lacaze, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. B C, ressortissant belge, né le 16 octobre 1996 à Oran (Algérie), a été interpellé, pour des faits de vol à l'étalage d'une veste dans un magasin de l'enseigne Hugo Boss et placé en garde à vue le 19 décembre 2020. Par un arrêté du 20 décembre 2020, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a, notamment sur le fondement du 3° de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'ensemble de ses décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ou un membre de sa famille à quitter le territoire français lorsqu'elle constate : / () 1° Qu'il ne justifie plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 121-1, () ou L. 121-4-1() / 3° Ou que son comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".
3. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
4. Pour prononcer l'obligation de quitter le territoire en litige, le préfet a opposé à M. C qu'il a été interpellé le 19 décembre 2020 pour des faits de vol à l'étalage, le montant du préjudice s'élevant à 267 euros. Ces faits n'ont toutefois donné lieu à aucune condamnation ni même poursuite pénale, l'intéressé n'ayant fait l'objet que d'un rappel à la loi en date du 20 mars 2020. Ces faits de vol ne peuvent qu'être regardés comme isolés et non réitérés, le préfet ne se prélavant d'aucun autre trouble à l'ordre public. Il suit de là que, pour répréhensibles que soient les faits litigieux, ces seuls éléments ne permettent pas d'estimer qu'à la date de la décision en litige, le comportement personnel de M. C constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle et actuelle à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Le requérant est dès lors fondé à soutenir qu'en faisant état d'une menace à l'ordre public, le préfet de Seine-et-Marne a fait une inexacte application des dispositions citées au point 2.
5. En outre, aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne () a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° S'il est inscrit dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantit disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 5° afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° S'il est le conjoint ou un enfant à charge accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".
6. En admettant même que le préfet ait également entendu fonder sa décision d'obligation de quitter le territoire français sur les dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 511-3-1-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par l'arrêté attaqué, lequel mentionne par ailleurs que l'intéressé " ne dispose pas des ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ", il ne résulte pas de l'instruction, en tout état de cause, que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur le motif tiré de ce que M. C entrait dans les prévisions de ces dispositions, alors, d'une part, que le préfet de Seine-et-Marne n'invoque pas un tel motif dans son mémoire en défense et, d'autre part, que l'arrêté en litige se réfère uniquement à la nature des faits délictueux reprochés pour considérer " qu'il y a nécessité à éloigner Monsieur C () du territoire français ".
7. Par suite, il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 20 décembre 2020 doit être annulée. La décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans, qui n'aurait pas pu légalement être adoptée en l'absence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être annulée par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique uniquement que le préfet réexamine la situation de l'intéressé et lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Ainsi, il y a lieu d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la situation de M. C, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ; Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 20 décembre 2020, par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera à M. C une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
L. ALe greffier,
Signé
T. TIMERA
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2014506
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026