vendredi 24 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2014667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | CAP CODE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2020 et 30 juin 2022 sous le n°2014667, Mme C A, représentée par la société Cap code, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 000 euros, assortie des intérêts capitalisés depuis sa réclamation préalable, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par les services fiscaux dans le cadre d'opérations d'établissement et de recouvrement de l'impôt ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-les rappels de taxe sur la valeur ajoutée illégaux, d'un montant de 2 112 euros au titre de la période correspondant à l'année 2010 et de 50 818 euros au titre de la période correspondant à l'année 2011, mis à la charge de la société Digitechnic, dont elle est associée et salariée, mis en recouvrement le 15 septembre 2014, ainsi que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés illégales, d'un montant de 1 333 333 euros et des intérêts de retard correspondants d'un montant de 170 667 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2009, mis à la charge de la société Digitechnic et mis en recouvrement le 26 novembre 2015, constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il en va de même s'agissant des fautes commises par les services fiscaux, résultant de l'inscription du privilège du Trésor, le 30 octobre 2015, d'un montant de 1 571 392 euros et de leurs contrôles répétés ;
- ces fautes sont directement à l'origine de préjudices économique, moral et de réputation qu'elle a subis de ce fait, évalués à hauteur de la somme globale de 2 000 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 janvier 2022 et le 14 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requérante n'établit pas la réalité des préjudices dont elle sollicite l'indemnisation.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2020 et 30 juin 2022 sous le n°2014670, M. B A, représenté par la société Cap code, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 000 euros, assortis des intérêts capitalisés depuis la réclamation préalable, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par les services fiscaux dans le cadre d'opérations d'établissement et de recouvrement de l'impôt ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-les rappels de taxe sur la valeur ajoutée illégaux, d'un montant de 2 112 euros au titre de la période correspondant à l'année 2010 et de 50 818 euros au titre de la période correspondant à l'année 2011, mis à la charge de la société Digitechnic, dont il est dirigeant et associé, mis en recouvrement le 15 septembre 2014, ainsi que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés illégales, d'un montant de 1 333 333 euros et des intérêts de retard correspondants d'un montant de 170 667 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2009, mis à la charge de la société Digitechnic et mis en recouvrement le 26 novembre 2015, constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il en va de même s'agissant des fautes commises par les services fiscaux, résultant de l'inscription du privilège du Trésor, le 30 octobre 2015, d'un montant de 1 571 392 euros et de leurs contrôles répétés ;
- ces fautes sont directement à l'origine de préjudices personnels qu'il a subis de ce fait, lesquels consistent en un préjudice économique résultant de la perte de ses salaires, un préjudice familial, un préjudice moral et un préjudice de réputation, évalués ensemble à hauteur de la somme de trois millions d'euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 janvier 2022 et 14 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le requérant n'établit pas la réalité des préjudices dont il sollicite l'indemnisation.
III. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2020 et 30 juin 2022 sous le n°2014672, la société Actina SASU, représentée par la société Cap code, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 000 euros, assortis des intérêts capitalisés depuis sa réclamation préalable, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par les services fiscaux dans le cadre d'opérations d'établissement et de recouvrement de l'impôt ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-les rappels de taxe sur la valeur ajoutée illégaux, d'un montant de 2 112 euros au titre de la période correspondant à l'année 2010 et de 50 818 euros au titre de la période correspondant à l'année 2011, mis à la charge de la société Digitechnic, dont elle est la société mère, mis en recouvrement le 15 septembre 2014, ainsi que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés illégales, d'un montant de 1 333 333 euros et des intérêts de retard correspondants d'un montant de 170 667 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2009, mis à la charge de la société Digitechnic et mis en recouvrement le 26 novembre 2015, constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il en va de même s'agissant des fautes commises par les services fiscaux, résultant de l'inscription du privilège du Trésor, le 30 octobre 2015, d'un montant de 1 571 392 euros et de leurs contrôles répétés ;
- ces fautes sont directement à l'origine de préjudices économique et d'image qu'elle a subis de ce fait, évalués ensemble à hauteur de la somme globale de trois millions d'euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 janvier 2022 et 14 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la société requérante n'établit pas la réalité du préjudice dont elle sollicite l'indemnisation.
IV. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 décembre 2020, 30 juin et 8 décembre 2022 sous le n°2014674, la société Digitechnic SAS, représentée par la société Cap code, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 87 000 000 euros, assortis des intérêts capitalisés depuis sa réclamation préalable, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par les services fiscaux dans le cadre d'opérations d'établissement et de recouvrement de l'impôt ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-les rappels de taxe sur la valeur ajoutée illégaux, d'un montant de 2 112 euros au titre de la période correspondant à l'année 2010 et de 50 818 euros au titre de la période correspondant à l'année 2011, mis à sa charge et mis en recouvrement le 15 septembre 2014, ainsi que les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés illégales, d'un montant de 1 333 333 euros et des intérêts de retard correspondants d'un montant de 170 667 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2009, mis à sa charge et mis en recouvrement le 26 novembre 2015, constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il en va de même s'agissant des fautes commises par les services fiscaux, résultant de l'inscription du privilège du Trésor, le 30 octobre 2015, d'un montant de 1 571 392 euros et de leurs contrôles répétés ;
- ces fautes sont directement à l'origine de préjudices économique, d'un préjudice d'image qu'elle a subis de ce fait, évalués ensemble à hauteur de la somme globale de 87 000 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 janvier 2022 et 13 octobre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 décembre 2022.
Un mémoire, présenté par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, a été enregistré le 22 décembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nour, rapporteure,
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de M. A et de Me Gardette et Me Goron, le représentant.
Considérant ce qui suit :
1. La société Digitechnic, créée en 1979, exerce une activité de commerce de gros de matériel informatique. Elle est membre d'un groupement fiscal intégré, dirigé par la société Actina. M. A est dirigeant et actionnaire de la société Digitechnic et Mme A en est salariée et actionnaire. En 2009, la société Digitechnic a conclu une transaction avec la société Microsoft dont l'objet était de mettre fin au litige qui les opposait et par laquelle la société Digitechnic a été indemnisée notamment à hauteur de la somme de 4 000 000 euros à raison d'un préjudice d'image qu'elle avait subi. A la suite d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2011, cette indemnité a été intégrée dans le bénéfice imposable de la société. Par une proposition de rectification du 19 décembre 2012, lui ont été notifiés une rectification en matière d'impôt sur les sociétés de 1 333 333 euros en droits et de 170 667 euros en intérêts de retard, mise en recouvrement le 26 novembre 2015, ainsi que des rappels de TVA pour la période allant du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011, au titre d'une insuffisance de taxe collectée, d'un montant de 2 112 euros au titre de la période correspondant à l'année 2010 et 50 818 euros au titre de 2011, mis en recouvrement le 15 septembre 2014. Par un arrêt n°16VE01577 du 6 juillet 2017, la Cour administrative d'appel de Versailles a déchargé la société Digitechnic des rappels de TVA et par un jugement n°160580 du 27 décembre 2017, le tribunal administratif de Montreuil a déchargé la société du paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Par un courrier du 20 décembre 2019, la société Digitechnic a adressé au ministre de l'action et des comptes publics une demande d'indemnisation à hauteur de la somme de 73 000 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison des fautes des services fiscaux. Le ministre a rejeté cette demande par une décision du 2 novembre 2020. Par la présente requête, les sociétés Digitechnic, Actina, ainsi que M et Mme A demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une indemnité en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du comportement fautif de l'Etat.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2014667, 2014670, 2014672 et 2014674 présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la responsabilité de l'Etat :
En ce qui concerne les fautes :
S'agissant des contrôles répétés des services fiscaux :
3. En se bornant à alléguer que les contrôles de l'administration fiscale, eu égard à leur caractère répété, auraient monopolisé les ressources administratives de la société Digitechnic et de sa direction, laquelle a dû se rendre disponible pour les audiences et les entretiens avec les services fiscaux, les requérants ne démontrent pas l'existence d'un comportement fautif de l'administration. Par suite, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée à raison de la faute alléguée.
S'agissant de l'illégalité des impositions mises en recouvrement :
4. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit, soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.
5. Il résulte de l'instruction que les impositions en litige sont entachées d'erreur au regard de la loi fiscale, lesquelles sont constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat vis-à-vis de des requérants.
S'agissant de l'inscription du privilège du Trésor :
6. Les requérants sont fondés à soutenir que l'inscription du privilège du Trésor du 30 octobre 2015 est fautive, dès lors qu'elle procède des impositions illégales mises en recouvrement et a privé l'accès de la société à plusieurs sources de financement. Par suite, la responsabilité de l'Etat doit être engagée à raison de la faute résultant de l'inscription du privilège du Trésor litigieuse.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices de la société Digitechnic :
Quant au préjudice résultant du retard de développement économique :
7. Il résulte de l'instruction que la société Digitechnic a bénéficié du sursis de paiement et ne s'est jamais acquittée des impositions indues, lesquelles ne sauraient donc être regardées comme étant à l'origine de la dégradation de sa situation économique. Si la requérante fait valoir que l'inscription du privilège du Trésor a obéré ses chances de développement, il convient de souligner que la société Digitechnic connaissait des difficultés financières avant même l'intervention de cette inscription. Ainsi qu'elle l'indique elle-même, la société requérante avait fait l'objet d'un plan de continuation à la suite de son litige avec la société Microsoft, lequel a duré de nombreuses années. En outre, si la société Digitechnic se compare avec plusieurs sociétés exerçant une activité dans le secteur du cloud gaming et du cloud computing pour justifier le retard de développement économique qu'elle estime imputable à l'administration fiscale, il ne résulte pas de l'instruction que ces dernières connaissaient des difficultés similaires aux siennes ni qu'elles disposaient des moyens humains et matériels semblables aux siens. Dans ces conditions, l'atteinte au développement économique de la société Digitechnic ne peut être regardée comme étant en lien direct avec la faute de l'administration.
Quant à la perte de commandes résultant de l'inscription du privilège du Trésor :
8. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'inscription du privilège du Trésor, la société requérante a perdu plusieurs commandes du fait de difficultés de trésorerie, ayant été privée de certaines de ses sources de financement, notamment des cessions " Dailly ". La société requérante justifie ainsi avoir perdu une commande auprès du DNCS Naval Group d'un montant de 5 000 euros parce qu'elle ne pouvait pas avancer les fonds nécessaires à sa réalisation en raison de l'inscription du privilège du Trésor. S'agissant de la perte de chance de conclure un contrat avec la société Gamestream, l'expertise produite par la société requérante fait état de prévision de fourniture de 362 serveurs XLR 4, avec des commandes échelonnées sur les années 2017 à 2019, pour des montants de 1,1 million d'euros en 2017, 7 millions en 2018 et 1,3 millions en 2019. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société Gamestream a finalement envisagé de ne commander que 26 serveurs à une autre entreprise en avril 2018. Ainsi, la société requérante établit seulement avoir perdu une chance de conclure une vente de 26 serveurs, dont le prix unitaire hors taxe est de 13 119,60 euros, du fait d'un manque de trésorerie imputable à l'inscription au privilège du Trésor. Il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant de la perte de chance de conclure ces deux commandes du fait de l'inscription du privilège du Trésor, déduction faite des charges nécessaires à la réalisation des opérations, en le fixant à la somme de 170 000 euros.
Quant au préjudice d'image et de réputation de la société Digitechnic :
9. Comme exposé au point précédent, l'inscription du privilège du Trésor dont a fait l'objet la société Digitechnic l'a privée de financements et de certaines de ses commandes. La société Digitechnic est ainsi fondée à soutenir qu'elle a perdu la confiance de certains de ses partenaires financiers et de ses clients et qu'elle a ainsi subi un préjudice d'image et de réputation. Ainsi, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à hauteur de la somme de 5 000 euros.
S'agissant des préjudices des associés de la société Digitechnic :
Quant au préjudice de réputation de M. A, Mme A et de l'ensemble de a famille A:
10. Les requérants ne justifient d'aucun élément de nature à établir que M. A, Mme A et l'ensemble de la famille A auraient subi un préjudice d'image distinct de celui subi par la société Digitechnic. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation d'un préjudice de réputation personnel, ayant affecté M. A, Mme A et leur famille.
Quant au préjudice économique de M. A :
11. Si M. A soutient avoir subi un préjudice économique résultant d'une perte de revenus, du fait de la situation économique de la société Digitechnic, il n'en justifie pas. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'indemnisation d'un préjudice économique.
Quant au préjudice moral de M. A :
12. M. A se prévaut d'un préjudice moral résultant de la situation économique induite par l'administration fiscale, son implication pour assurer la pérennité de la société et les emplois, à la gestion et suivie des procédures collectives, tout en cherchant à maintenir un volume de chiffre d'affaires de la société, ainsi que du " poids de l'héritage familial " et du " poids moral à l'égard de ses parents ". Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à caractériser le préjudice moral allégué, de sorte que M. A ne peut être indemnisé de ce chef de préjudice.
Quant au préjudice financier de Mme A :
13. Si Mme A estime avoir subi un préjudice résultant des sommes qu'elle a dû verser compte tenu des difficultés financières de la société, elle n'en justifie pas. Par suite, Mme A n'est pas fondée à demander l'indemnisation d'un tel préjudice.
S'agissant des préjudices de la société Carri, anciennement dénommée Actina :
14. Si les requérants estiment que la société Actina a subi un préjudice économique résultant du manque à gagner des management fees notamment, ainsi qu'un préjudice d'image, ils ne justifient ni de l'atteinte portée à l'image de la société Actina, ni de la perte de chance de réaliser des prestations au bénéfice de la société Digitechnic, de sorte qu'ils ne sont pas fondés à en demander l'indemnisation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que seule la société Digitechnic est fondée à demander l'indemnisation des préjudices subis à hauteur de la somme totale de 175 000 euros et que les conclusions indemnitaires de Mme A, M. A et la société Actina doivent être rejetées.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
16. Les intérêts, dus en application de l'article 1153 du code civil, courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. La société Digitechnic a demandé le bénéfice des intérêts à compter de la date à laquelle elle a adressé sa réclamation préalable au ministre, soit le 20 décembre 2019. La somme précitée de 175 000 euros portera ainsi intérêts au taux légal à compter du 20 décembre 2019. La société Digitechnic a droit, en outre, à la capitalisation des intérêts demandés à compter du 20 décembre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à la société Digitechnic sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées par Mme A, M. A et la société Actina sur le même fondement, qui sont les parties perdantes, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à la société Digitechnic la somme de 175 000 euros au titre des préjudices subis, assortis des intérêts à compter du 20 décembre 2019. Les intérêts échus le 20 décembre 2020 seront capitalisés à cette date puis à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à la société Digitechnic une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Digitechnic et les requêtes de Mme A, M. A et la société Actina sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B A, à la société Digitechnic et à la société Actina ainsi qu'au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.
La rapporteure,
C. Nour
La présidente,
J. Jimenez Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2014667
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026