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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2014733

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2014733

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2014733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2020, M. A C, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif à compter du 4 février 2020, date de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, et ce dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'OFII d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre à l'OFII d'effectuer une évaluation de vulnérabilité conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 400 euros TTC au bénéfice de Me Semak, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle de

M. C serait définitivement rejetée, de lui verser la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation notamment au regard de sa vulnérabilité, d'une méconnaissance des articles L.744-6 et R.744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposant un entretien préalable, enfin d'une méconnaissance des articles

L. 744-1, L. 744-9, D. 744-17 et D. 744-37 de ce même code.

Par une ordonnance en date du 2 février 2021, le juge des référés a suspendu la décision attaquée aux motifs que le requérant bénéficiait du statut de réfugié et que les conditions matérielles d'accueil lui ont été accordées à titre rétroactif.

Par une décision en date du 22 mars 2021, le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier en date du 10 janvier 2023, il a été demandé au requérant, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, s'il souhaitait maintenir sa requête. Il a répondu par l'affirmative le 8 février 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le requérant bénéficie du statut de réfugié et que les conditions matérielles d'accueil lui ont été accordées à titre rétroactif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant , a déposé une demande d'asile le 23 juillet 2018 et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'office de français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Placé sous la " procédure Dublin ", il a fait l'objet le 4 mars 2019 d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes qui a été exécuté. Revenu en France, il a été enregistré comme demandeur d'asile selon la " procédure normale " le 4 février 2020. M. C a adressé à l'OFII le 17 mars 2020 une demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et une injonction à l'OFII en vue de leur rétablissement rétroactif à compter du 4 février 2020.

I- Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 22 mars 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu de statuer dessus.

II- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre ". Et aux termes de son article L. 744-9, alors applicable : " () Pour les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L.711-1 (), le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche " télemofpra " produite en défense, que M. C bénéficie du statut de réfugié depuis une décision de l'office français des réfugiés et apatrides du 20 juillet 2020, notifiée à l'intéressé le 30 juillet 2020. Par suite, M. C qui n'est plus demandeur d'asile et a la qualité de réfugié ne peut plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil au titre des dispositions précitées. Dès lors,

M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée en ce qu'elle lui refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 31 août 2020.

5. D'autre part, il ressort de ces mêmes pièces du dossier que, par une décision du

4 septembre 2020, l'office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de procéder rétroactivement au rétablissement de l'allocation pour demandeur d'asile de M. C à compter du 4 février 2020, date d'enregistrement de sa demande en procédure normale, et jusqu'au 31 août 2020, correspondant au terme du mois suivant la notification de la décision lui accordant le statut de réfugié. Toutefois, le versement de cette allocation n'a été effectué que le 1er février 2021, postérieurement à l'introduction de la requête. Les conclusions de M. C tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil sont, dès lors, devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

III- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

IV- Sur les frais liés au litige:

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner, dans les conditions prévues à l'article 75, la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à une somme au titre des frais que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Il peut, en cas de condamnation, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre le recouvrement à son profit de la somme allouée par le juge ".

9. Dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C avait obtenu le statut de réfugié le 20 juillet 2020 avant l'introduction de la requête le 24 décembre 2020 et s'est vu verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif dès le 1er février 2021, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C aux fins d'annulation de la décision en tant qu'elle lui a refusé les conditions matérielles d'accueil entre le 4 février 2020 et le 31 août 2020.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. SalzmannLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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