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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100083

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100083

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Boulet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de trente euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer durant le même délai et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme Nour, conseillère,

- et les observations de Me Boulet pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 10 décembre 1981, a sollicité le 27 février 2017 le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2018, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 1802057 du 4 juin 2018, le tribunal a annulé l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis et lui a enjoint de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement. A la suite de ce jugement, M. A a présenté une demande de titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 8 décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a produit une attestation " de suivi individuel de l'état de santé " en date du 13 février 2018, alors qu'il a présenté sa demande de titre séjour en août 2020. Il ne peut donc se prévaloir d'avoir effectué le contrôle médical auquel est subordonné la délivrance du titre de séjour visé par les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.

4. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, que M. A n'a pas présenté un contrat de travail visé par les autorités compétentes, tel que prévu à l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Il ne peut donc prétendre à la délivrance du titre de séjour prévu par ces stipulations. La circonstance qu'il ait occupé l'emploi de manutentionnaire au sein d'une société de janvier à octobre 2018 dans le cadre de contrats à durée déterminée, qu'il ait ensuite recherché un emploi et effectué une mission d'intérim du 9 au 13 mars 2019, en tant que préparateur de commande, est sans incidence sur la légalité du refus qui lui a été opposé.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ressort des termes de l'arrêté attaqué que sa demande a été instruite sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, non sur celui de l'admission exceptionnelle au séjour, au titre du pouvoir de régularisation du préfet qu'il peut exercer à l'égard des ressortissants marocains. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille. S'il allègue avoir sa résidence en France depuis 2012, il ne l'établit pas. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère, sa sœur, sa demi-sœur et son oncle et de ce que ces derniers sont tous en situation régulière ou titulaires de documents d'identité français, il produit seulement la carte d'identité de sa sœur. En outre, il n'établit ni la nécessité de sa présence auprès d'eux, ni la nécessité de leur présence auprès de lui, notamment en raison de son état de santé, ne produisant aucun élément en ce sens. Enfin, il a vécu jusqu'à ses trente ans dans son pays d'origine. Dans ces conditions, quand bien même il a occupé plusieurs emplois en France et maîtrise la langue française, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus opposé à sa demande de titre de séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écartée dès lors que cette décision n'est entachée d'aucune illégalité.

10. En second lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne serait pas spécifiquement motivée doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine- Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

C. NOUR

La présidente,

J. JIMENEZ La greffière,

S. SAIBI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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